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"Le second tour de l’élection présidentielle nous propose trois possibilités, exprimer le choix entre les deux candidats qualifiés mais également celui de le refuser."
"Le second tour de l’élection présidentielle nous propose trois possibilités, exprimer le choix entre les deux candidats qualifiés mais également celui de le refuser."
©Reuters

Résistance éthique

Second tour : un choix exigeant pour les chrétiens de France

Les électeurs chrétiens ont été peu entendus dans cette campagne. Ils sont pourtant directement préoccupés par un certain nombre de questions sociétales : mariage, euthanasie... Un groupe de chrétiens présente sa position à l'approche du second tour.

Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun anime un groupe de réflexion chrétien baptisé "résistance éthique", né en février dernier suite à des débats et réflexions initiés par monseigneur Scola, l'archevêque de Milan.

Il est aussi docteur en histoire, chef d'orchestre et spécialiste de la doctrine sociale de l'Eglise.

Les membres de ce groupe se définissent comme les défenseurs d'une "convivance politique".

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A quelques jours du second tour, beaucoup de chrétiens se posent la question de leur vote. Faut-il voter pour Nicolas Sarkozy, pour François Hollande, voter blanc, ou s’abstenir ?

Devant ce choix engageant le futur de notre pays, il nous a semblé important de vous proposer notre point de vue sur l’élection présidentielle de 2012.
En effet, à la lecture des 13 points d’attention donnés par la conférence des évêques de France, le 3 octobre 2011, pour éclairer les consciences des catholiques, nous souhaitons aujourd’hui reprendre le témoin pour aider plus clairement les électeurs à exercer leur discernement.

Si l’Église institutionnelle a joué son rôle en nous proposant des balises sur le chemin de notre réflexion, au vu des programmes des deux candidats, nous ne pouvons que nous positionner en faveur de Nicolas Sarkozy.

« Résistance Éthique », qui signe cet appel, est un groupe de réflexion chrétien sans attache idéologique ni appartenance partisane. Ainsi, alors que les chrétiens sont souvent – et à juste titre - perçus comme des citoyens peu engagés dans le débat politique, les co-signataires de ce texte souhaitent porter un éclairage particulier sur cette élection décisive pour notre avenir, à la lumière de la foi chrétienne.

Voter le 6 mai : une importante responsabilité

Les chrétiens au second tour de l’élection se trouvent face à deux questions fondamentales pour eux. D’une part, comme aucun des deux candidats ne semble répondre pleinement à leurs aspirations, il y a une interrogation sur la participation au vote, tant la tentation de l’objection de conscience est forte. D’autre part, la question du choix du mieux possible entre les deux candidats, ne semble pas apparaître clairement aux yeux de tous.

Depuis quelques mois, les catholiques, particulièrement, se sont attachés aux trois points non négociables que l’Église leur a donnés : protection de la famille, liberté scolaire, accueil de la Vie. Cela a eu l’effet positif de camper des positions fortes et claires, des convictions profondes et identitaires. Mais ces points, fortement relayés par l’épiscopat, ont été mis en avant sans être accompagnés de leurs corolaires indispensables, l’inculturation et le principe de réalité. La réalité, c’est que nous ne parviendrons pas en un jour, en un vote, à changer la société. Ce qui compte, c’est la finalité, le point d’arrivée où nous voulons conduire la société et donc l’homme. Perdre de vue cette finalité (tenir les points non négociables), c’est s’ouvrir au relativisme et retirer à l’homme toute possibilité d’avancer vers son bonheur véritable. Mais désincarner cette finalité, c’est oublier que l’homme, la société est en chemin et que des étapes intermédiaires sont nécessaires. Il ne s’agit pas d’un compromis passif, mais de la pose d’une pierre supplémentaire pour construire le bien commun. Or, si cette pierre, dans le contexte social, économique et culturel, ne sera souvent pas le bien parfait et accompli, elle devra être le mieux possible. Et là, il sera moralement bon.

Trop souvent, les chrétiens ont peur de se compromettre en posant des actes intermédiaires et ceci les paralyse

Certains défendent l’objection de conscience comme un choix politique visant à déstabiliser le système, dans l’espoir d’en voir émerger un meilleur. Il faut ici bien proportionner les risques.

Concrètement, si François Hollande est élu, certaines mesures qu’il soutient en matière d’éthique sociale, clairement contraires à la foi chrétienne (remise en question du mariage traditionnel et du principe de parentalité, accès encore facilité à l’avortement, autorisation de recherche sur les embryons, euthanasie…) ne se déferont pas sans mal voire seront sans retour.

Un gouvernement qui succèderait aux années Hollande pourra en effet toujours réorienter une mauvaise politique économique, des choix stratégiques internationaux mal posés, mais ne reviendra que très difficilement sur des choix qui modifieraient en profondeur les structures de notre société. Sans compter les problèmes juridiques et les drames humains que cela impliquerait : comment gérer le cas d’un enfant adopté par des parents homosexuels, si une telle loi était tour à tour votée puis abrogée ?

Les électeurs du Front National qui veulent faire tomber Nicolas Sarkozy, espérant une recomposition de la droite, doivent mesurer avec gravité les conséquences d’une telle attitude et les proportionner aux résultats qu’ils en espèrent. Ceux du Modem qui se posent la question de l’humanisme chrétien, attentif au sort des plus fragiles, doivent aussi prendre en compte l’irréversibilité de certains points du programme socialiste qui contreviennent aux valeurs qu’ils défendent.

L’objection de conscience est malheureusement trop souvent une inconsciente démission. Clairement, ceux qui n’iront pas voter le 6 mai porteront la responsabilité morale et politique des actes de celui qu’ils auront laissé élire.

Nicolas Sarkozy : un choix raisonnable et exigeant

Pour se décider dans un vote entre les deux candidats, deux ressorts déterminants émergent : celui des convictions et celui de la raison.
Certes, l’expression d’un vote est avant tout un choix de convictions. Pour cela, il faut bien comprendre sur quelles valeurs reposent les programmes des candidats. Il s’établit clairement deux visions différentes, l’une relativiste, l’autre réaliste.

Pour un chrétien, le principe de réalité, depuis longtemps intégré à la doctrine sociale de l’Eglise, doit éclairer les consciences. En effet, le christianisme n’est pas une idéologie, mais propose un cheminement dans l’existence qui nécessite toute notre attention. En cela, le chrétien refuse toute vision relativiste qui conduit à un enfermement de la personne humaine.

Par ailleurs, l’expression du vote est aussi un choix raisonnable. Dans le sens ou nous nous devons d’étudier les circonstances que nous traversons pour juger de l’opportunité d’un changement. Notre société occidentale est confrontée à une période de crise majeure. Cette crise revêt différents aspects, bien sûr économique et social mais également culturel et moral. Notre choix électoral, en ce sens, est déterminant pour la préservation de notre modèle de société, qui, s’il n’est pas parfait, est, en comparaison de celui que propose François Hollande, celui qui respecte le mieux la dignité de la personne humaine.

Aux Français s'offre donc aujourd'hui le choix entre un candidat sortant, dont le bilan économique est honorable, dans un contexte international lui-même très défavorable, et un candidat peut-être sincère, mais dont les propositions généreuses sont irréalistes et augmenteront la dette et le déficit de l’Etat. Il s’agit donc de faire un choix entre un risque calculé et un risque hasardeux.

Notre choix se portera donc sur la candidature qui respecte le mieux nos convictions morales comme notre raison.

CECI DIT, voter Nicolas Sarkozy ne doit pas être un simple pis-aller. Il faudra donc que les chrétiens, après le 6 mai, s’engagent fermement dans une posture vigilante pour rappeler sans cesse leurs exigences. Nous avons les moyens de peser dans la balance électorale, nous avons surtout la possibilité de poser une première pierre ce 6 mai ! Quel avenir voulons-nous pour notre pays ?

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