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Le métro de Lille.
Le métro de Lille.
©Jérémy Jännick / Wikimedia Commons

Nausée

Scènes de lâcheté ordinaire dans le métro de Lille…

Ils n’ont rien vu. Ou plutôt n’ont pas voulu voir. Ils pensaient sans doute à autre chose quand une jeune femme a été victime d’une agression sexuelle.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Un fait divers peut en cacher un autre. Celui, particulièrement odieux, d’Evry n’a guère laissé de place à ce qu’il s’est passé dans le métro lillois. Un homme essaye de violer une jeune femme sur le quai. Personne ne bouge. Il la bouscule, la frappe. Personne ne bouge. Il la poursuit dans le wagon. Personne ne bouge. Finalement l’agresseur a été arrêté et condamné à 18 mois de prison.

Ils étaient combien les passagers et passagères du métro ? Nombreux. Et l’agresseur ? Il était tout seul. Non pas une bande dont on aurait pu avoir peur. Personne n’a bougé. Personne même n’a tiré sur le frein d’urgence qui aurait arrêté la rame.

Un petit, tout petit, événement qui en dit tout autant sur les braves gens que celui d’Evry en dit sur la racaille. Mais ces braves gens là n’ont, selon leur conscience corrompue, rien fait de mal. Ils n’ont pas violé, pas frappé. Même qu’ils ont pudiquement détourné leur regard de la scène des fois qu’on les auraient accusés de vouloir se rincer l’œil.

Il y a des lâches répertoriés. Les voyous, les assassins, les violeurs. Il y a des lâches qui n’ont pas droit à cette AOC. Ils sont de loin les plus nombreux. Ils sont éternels et de tous les temps. Et s’invitent régulièrement au bal des cloportes. Ceux d’aujourd’hui ont de célèbres ancêtres. Car la veulerie est une des choses les mieux partagée du monde. On en a connus dans des périodes plus troublées de notre Histoire. Le boutiquier ou le bistrotier qui servait tranquillement le pastis pendant qu’on raflait des gens dans la rue : « Moi, Môssieur, je ne fais pas de politique ! ». La populace qui, après avoir acclamé Pétain, allait, la Libération arrivée, tondre les filles coupables d’avoir couché avec des Allemands. Ces « salauds de pauvres » que Gabin écrasait de son mépris dans La traversée de Paris.

Certes à cette époque un peu difficile il y avait peut-être quelques menus risques à ne pas se vautrer dans la lâcheté. Mais aujourd’hui ? Les cloportes du métro lillois sont sans doute très occupés à faire leur sudoku, à regarder un feuilleton télévisé ou à se plonger dans les textes de qualité de Gala ou de Closer. Mais on ne sait jamais. Peut-être trouveront-ils le temps de lire ce poème du pasteur Niemöller  évoquant la période nazie. "Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste / Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate / Lorsqu'ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste / Lorsqu’ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester."

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

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