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Sarkozy, Fillon : cette double inspiration du peuple de droite que les grands élus censés les représenter comprennent si mal
©Reuters

Socle électoral

Sarkozy, Fillon : cette double inspiration du peuple de droite que les grands élus censés les représenter comprennent si mal

Selon un sondage Ipsos pour Le Point, Nicolas Sarkozy serait la seule figure politique capable d'endosser le rôle d'Emmanuel Macron. Les cadres du parti Les Républicains ne suivent plus pourtant la ligne de Nicolas Sarkozy et semblent donc se couper de leur base électorale.

Michèle Cotta

Michèle Cotta

Michèle Cotta est journaliste et écrivain.

Elle a notamment présidé la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, prédécesseur du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), de 1982 à 1986.

Elle a également été directrice de l'information à TF1 entre 1987 et 1992 et directrice générale de France 2 de 1999 à 2002

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Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et auteur de nombreux ouvrages historiques, dont Histoire des présidents de la République Perrin 2013, et  André Tardieu, l'Incompris, Perrin 2019. 

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Atlantico.fr : Dans le sondage Ipsos pour Le Point, paru ce jeudi, Nicolas Sarkozy est donné comme la seule figure politique capable d'endosser le rôle d'Emmanuel Macron. Pourtant si les cadres du parti LR, semblent nostalgiques du sarkozysme sous certains aspects, ils refusent d'en suivre la ligne, entrant de fait en désaccord avec leur base électorale.

Si les partisans LR sont nostalgiques du sarkozysme, ils apparaissent également proches de certaines valeurs portées par le fillonisme. Or aucune de ces tendances politique n'est représentée aujourd'hui dans ligne actuelle du parti. Comment explique ce paradoxe?

Maxime Tandonnet : Le sarkozisme me semble se caractériser par un discours de fermeté sur l’autorité de l’Etat et le fillonisme par le libéralisme économique. La priorité de la direction actuelle du mouvement LR ne semble pas être à la définition d’une ligne ou d’un projet. D’ailleurs, à la veille des municipales, on peut penser que les instances dirigeantes de LR sont tout normalement plus préoccupées par des questions d’arbitrage et de fonctionnement interne que par la définition d’une ligne générale. Par la suite, que va-t-il se passer ? Il est à craindre que LR soit emporté dans un phénomène plus général d’affaiblissement des partis politiques classiques. La vraie question : les partis peuvent-ils jouer un autre rôle que celui de tremplin électoral? Ont-ils encore une mission, fondamentale en démocratie, d’exprimer les attentes du pays, de relais entre le peuple et les institutions, et de les traduire en projet politique ? Leur déclin et celui de LR en particulier, est sans doute lié à l’affaiblissement du Parlement et plus largement, de la démocratie française.

Michèle Cotta : Le gaullisme, ou ce qu’il en reste chez les Républicains a toujours voulu être un rassemblement. Chacun, Sarkozy, Fillon, mais avant eux, Debré, Chaban, Pompidou y exprimait sa sensibilité, tout en parvenant, in fine, à une unité. QU’est ce qui sépare le fillonisme du sarkozisme a partir du moment où les deux ont gouverné ensemble pendant cinq ans? Des différences programmatiques certes, mais surtout des divergences d’égo, des combats pour le pouvoir. Aujourd’hui, Christian Jacob, on le comprend, cherche plutôt a refaire une unité malmenée par le dernier combat présidentiel. Il se garde bien de ranimer les différentes chapelles. Du coup, il se contente d’être  le plus petit commun dénominateur à la tête d’un mouvement malade. 

Les luttes de clans basées sur des questions de charisme ne sont-elles pas un frein à la reconstruction d'un parti capable de présenter une alternative crédible au macronisme?

Maxime Tandonnet : Il me semble que la politique française dans son ensemble connaît une profonde dérive et dénaturation. En principe, le fondement de toute politique devrait être le projet de société qui s’incarne dans une ou plusieurs personnalités chargées par l’électorat de le mettre en œuvre. La personnalité n’est rien d’autre, dans une authentique démocratie, que l’outil d’accomplissement d’un choix collectif. Elle n’est pas une fin en soi. Des personnages comme Poincaré, Blum de Gaulle, Pompidou se considèrent comme au service d’une cause, la nation. La confiance est le lien qui devrait unir le peuple à ses représentants. Quand celle-ci est rompue, le responsable politique se retire et disparaît. La vie politique actuelle n’a plus rien à voir avec cela. Désormais, la politique sombre dans l’idolâtrie : la vanité devient la fin en soi. Le spectacle a pris la place du débat d’idées ; la séduction celle de la confiance ; l’obsession narcissique celle de la nation ; et les gourous celle des hommes d’Etat. Si l’avenir de LR devait se résumer à choisir entre trois ou quatre marques de savonnettes, sans contenu, sans projet pour la nation il est à craindre que les Français préfèrent l’original, le macronisme à ses copies. 

Michèle Cotta : Les luttes de clan ont bien sur dominé, depuis des années maintenant, la vie des Républicains. Elles l’ont amené à une impasse dont ils sont tous conscients. Pourtant, même larvées, elles continuent. Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, François Baroin : on voit bien qu’au lieu de cheminer ensemble pour redonner un poids politique à la droite classique, ils continuent d’accentuer leurs divergences, d’animer des courants différents, alors qu’il leur faudrait faire le contraire: proposer une alternative crédible au marcronisme, au moment où précisément une partie de leur électorat est tenté par Emmanuel Macron, et une autre par  le rassemblement national

En refusant d'écouter les attentes des sympathisants, et en cédant à la personnalité du candidat plutôt qu'à son programme, les dirigeants LR ne risquent-ils pas de voir leur base se dissoudre totalement?

Maxime Tandonnet : C’est bien le risque : celui de la disparition totale de LR et d’ailleurs, des autres partis politiques à l’exception de ceux dont l’existence est vouée à la prosternation devant une idole. La vie politique se limitera à une affaire de courtisanerie et l’éblouissement devant un gourou. La déconnexion entre le peuple et la classe dirigeante ne cessera de s’aggraver. Le pays continuera à s’enfoncer dans les profondeurs de son naufrage – la dette publique, la violence, l’exclusion, la haine, l’effondrement scolaire, l’incapacité à maîtriser les frontières – tandis qu’en surface, les grimaces et les psychodrames continueront à l’enfumer. Mais justement, dans ce climat délétère, une formation politique comme LR pourrait offrir un contre-modèle, montrer que la vie politique peut être autre chose qu’un grand cirque mégalomane. Il faudrait pour cela placer au premier rang de ses priorité la réconciliation entre la nation et sa représentation politique, refonder la démocratie française dans ses profondeurs. Avec un message : les politiques ne sont pas des gourous et la politique n’est pas une affaire d’idolâtrie ni de roitelets narcissiques. Les politiques ne sont rien d’autre que les humbles serviteurs de la nation, au service, le temps nécessaire, de son redressement. 

Michèle Cotta : La base en effet se reconnait mal dans ces luttes partisanes, et pourtant elle y participe. Encore une fois la primaire de la droite l’a bien montré en 2016: ce sont les militants qui les accentuent en prenant fait et cause pour leur champion. On l’a bien vu avec Fillon, présenté comme le pur et le dur dans la dernière campagne présidentielle. C’est aux dirigeants de proposer a leur base un programme commun à tous, seul moyen d’éviter que les luttes de clan partagent autant l’électorat que les candidats à l’élection.

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