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Saint-Valentin : un chercheur canadien découvre le moyen d’effacer de nos mémoires les chagrins d’amour
©LIONEL BONAVENTURE / AFP

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Saint-Valentin : un chercheur canadien découvre le moyen d’effacer de nos mémoires les chagrins d’amour

Un docteur aurait trouvé un moyen de réduire la tristesse provoquée par une rupture émotionnelle. Cette "thérapie de reconsolidation" utilise un béta-bloquant.

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Atlantico.fr : Un docteur montréalais, Alain Burnet a trouvé le moyen de réduire la tristesse... que provoque une mauvaise rupture émotionnelle en "éditant" des souvenirs à l'aide d'une thérapie et d'un bêta-bloquant. Il a étudié le trouble de stress post-traumatique (SSPT). Une grande partie de sa recherche s'est concentrée sur le développement de ce qu'il appelle la "thérapie de reconsolidation", une approche innovante qui peut aider à éliminer la douleur émotionnelle d'une mémoire traumatique. Il a par ailleurs trouvé un médicament du nom de propranolol - un bêta-bloquant. Les patients le prennent environ une heure avant une séance de thérapie. Ils rédigent un compte-rendu détaillé de leurs traumatismes, puis les lisent à haute voix. Le Dr Brunet explique que les souvenirs ne sont pas partis après la thérapie de reconsolidation, ils arrêtent simplement d'être nuisibles.

Que pouvez-vous nous dire sur la "thérapie de reconsolidation" qu'utilise le docteur Alain Burnet ? 

Pascal Neveu : Alain Brunet est connu mondialement pour ses recherches et études sur les PTSD (Syndrôme de stress post traumatique). Etudiant, il a connu les événements les plus tragiques d’une tuerie de masse au Québec (14 morts et 14 blessés) et n’a eu de cesse de travailler sur les conséquences chez les victimes et celles et ceux ayant assisté à un tel événement. Il est à l’origine de très nombreuses publications sur le sujet.

Ce qu’il souhaite c’est permettre au patient de calmer sa tension psychique afin d’aborder avec lui la remémoration de l’événement vécu.

Il est essentiel pour cette « population » de victimes de pouvoir revivre les événements afin de les abréagir, précisément de libérer toute la charge émotionnelle, notamment la crainte de la mort à laquelle ils ont été confrontés.

C’est un combat entre la vie et la mort qu’ils mènent et nous devons les amener à retrouver l’énergie de vie (la libido) contre la destrudo ou thanatos (la mort).

Certains utiliseraient le terme de résilience pour évoquer le fait que nous sommes capables, différemment, de sombrer profondément dans les abysses de la mort pour mieux rebondir et revivre. Certes changés car la confrontation à la mort nous impacte et modifie notre relation au champ de la vie. N’importe quel patient « survivant » d’une catastrophe, d’un attentat, d’un accident, d’un viol, d’une maladie… vous le dira.

Il y avait l’avant, et il y a maintenant l’après.

Le docteur demande à ses patients d'ingérer le propanolol qui est un béta-bloquant une heure avant la thérapie. Que pouvez-vous nous dire sur ce béta-bloquant ? 

C’est le béta-bloquant le plus utilisé au monde. Il sert dans le traitement de l'hypertension, l'anxiété et les attaques de panique, mais est une substance considérée comme dopante. Le médecin qui a découvert cette molécule dans les années 60 a d’ailleurs obtenu le prix Nobel de médecine.

Par exemple des chercheurs ont mené une étude sur  les effets du propranolol utilisé comme anti-phobique. Il ressort que ce médicament amnésique donné en même temps que la réactivation de la mémoire transforme un comportement d'évitement en comportement d'approche chez les personnes ayant une réelle peur par exemple des araignées (c’était le sujet de l’étude).

Les volontaires qui avaient reçu du propranolol avaient beaucoup moins de comportements d'évitement et plus de comportements d'approche. C’est à dire qu’ils étaient capables de corriger cérébralement et de manière comportementale leur relation à « l’objet » craint et évité, voire fuit.

Les américains ont beaucoup travaillé sur ce médicament, montrant qu'il permettrait de se remémorer des situations stressantes déjà vécues tout en gommant l'impact émotionnel. Certaines études ont montré que les individus qui prenaient du propranolol juste après une expérience traumatique ont moins de symptômes de syndrome de stress post-traumatique et diminuent par exemple e nombre de cauchemars.

Les chercheurs européens restent plus mesurés, évoquant une forme d’anesthésie cerébrale. En effet, nous considérons que cette molécule serait un pansement chimique qui empêcherait cette fameuse abréaction. Nous sommes dans une clinique psy qui défend le fait que le patient doit revivre totalement l’événement traumatique et non pas l’approcher en surface, cette molécule l’en empêchant en grande partie, créant cette « anesthésie » émotionnelle.

Aussi ces techniques empêcheraient le patient de « parler vrai » émotionnellement, et de se libérer totalement. Comme colmater une fissure qui risque de ressortir.

Cette méthode est-elle inoffensive pour la santé mentale du patient ? Fonctionne-t-elle de manière irréversible et est-elle réellement efficace ? 

Ce médicament est un des plus contrôlés au monde. Il sert à des patients cardiaques, à des étudiants qui doivent passer des concours, à des sportifs… bien évidemment sous contrôle médical… car il ne faut pas s’en servir occasionnellement.

Il est prescrit afin de réguler, canaliser et calmer l’activité cardiaque. Il ne semble pas y avoir d’effets sur l’activité cérébrale. Cependant cela reste un médicament. Cependant je reste très « Européen » et Freudien dans ma pratique.

La technique psychanalytique telle que définie, cadrée, où le patient est placé dans un cadre rassurant pour revivre des événements passés, avec un psy qui le guide et le mène à se libérer de son affect « handicapant », remplacera toute molécule qui a forcément un impact.

Si le psy reste en surface, s’il ne sonde pas les profondeurs, s’il n’est pas actif dans son activité, n’aidera pas, ne soulagera pas, ne guérira pas ces souffrances. Nous devons être le meilleur bêta-bloquant possible.

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