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Ryanair forcerait ses pilotes à limiter la consommation de carburant : le modèle low-cost à la limite de la sécurité.
Ryanair forcerait ses pilotes à limiter la consommation de carburant : le modèle low-cost à la limite de la sécurité.
©REUTERS/Albert Gea

Tu pousse le bouchon trop loin !

Ryanair pousse-t-il le modèle low cost trop loin ?

La compagnie aérienne Ryanair est à nouveau dans la tourmente. Des documents relayés dans la presse mettent en lumière des dysfonctionnements dans, la compagnie inciterait les pilotes à limiter la consommation de carburant. Le système low-cost semble être poussé trop loin

Pascal Perri

Pascal Perri

Pascal Perri est économiste. Il dirige le cabinet PNC Economic, cabinet européen spécialisé dans les politiques de prix et les stratégies low cost. Il est l’auteur de  l’ouvrage "Les impôts pour les nuls" chez First Editions et de "Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien" chez Anne Carrière.

En 2014, Pascal Perri a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France au ministre de l’économie.

Il est membre du talk "les grandes gueules de RMC" et consultant économique de l’agence RMC sport. Il commente régulièrement l’actualité économique dans les décodeurs de l’éco sur BFM Business.

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Atlantico : Le Nouvel Observateur a révélé des documents compromettant pour la compagnie Ryanair : la direction envoie des courriers à ses pilotes pour leur demander de limiter la consommation de kérosène. Ce n'est pas la première fois que la compagnie aérienne est remise en cause pour ses politiques douteuses (taxer au poids les passagers). Ryanair pousse-t-il le modèle low-cost trop loin ?

Pascal Perri : La politique de Ryanair est constante. Pour être low fare, il faut être low cost. Les coûts opérationnels de Ryanair sont les meilleurs du marché. Tous ceux qui ont quelques notions d’aéronautique savent que plus un avion est lourd, plus il consomme. Ryanair joue avec les règles depuis longtemps. C’est presque un élément de son ADN. Jusqu’à présent Michael O’Leary s’était distingué par des déclarations tapageuses sur le fait de faire payer ses toilettes en vol, sur son appréciation de la concurrence. La compagnie vient de passer commande de Boeing 737.

L’aménagement cabine sera revu. Un galet et un emplacement toilette seront supprimés pour installer entre 7 et 10 sièges de plus par avion. Ces mesures permettront à Ryanair de baisser ses tarifs de 5% mais au passage O Leary n’a pas pu s’empêcher de brocarder ses concurrents en déclarant que les grands compagnies européennes ne savent pas marcher droit et mâcher un chewing-gum en même temps !

A trop invoquer une politique d'économie, les compagnies low-cost mettent-elles en danger la sécurité des passagers ? (l'enquête du Nouvel Obs montre que plusieurs atterrissages ont du être réalisés en urgence par manque de carburant)

Il faut absolument considérer Ryanair comme un cas à part. Pour commencer, soyons fidèle à la vérité : la compagnie n’a jamais eu d’accident sérieux depuis son lancement : autant d’atterrissages que de décollages !  Mais à l’évidence, O Leary prend des risques inutiles. Le modèle serait prospère sans ces économies inutiles et dangereuses.

Je crois cependant qu’on peut faire confiance aux navigants techniques. Les pilotes ont des défauts mais ils ont l’obsession de la sécurité. Si la sécurité des vols était en jeu, ils le diraient clairement. J’ajoute que pour Ryanair dont le développement commercial est constant, la sécurité est un élément capital de crédibilité. Si un incident venait à se produire, je fais le pari que leurs vols se videraient et que le modèle serait remis en cause.

Quelles doivent être les limites du modèle low-cost dans l'aviation ?

Le transport aérien est une activité réglementée et surveillée par l’administration de l’aviation civile. On ne peut pas faire n’importe quoi et c’est heureux. On parle beaucoup de Ryanair, mais il y a aussi easy Jet dont la flotte est parmi les plus sures et les plus récentes d’Europe. Aux Etats Unis, South West Airlines, le premier transporteur low cost est devenu un acteur majeur du transport domestique en restant fidèle à sa promesse de départ. Le low cost est adapté aux contraintes de pouvoir d’achat sur le court et moyen courrier. C’est avant tout un modèle fondé sur la simplicité de l’offre. Sur des trajets de moins de deux heures, c’est le mode de transport parfait. Air France propose aujourd’hui une version approchante avec l’offre HOP. Lufthansa a logé ses activités de court courrier dans GermanWings, sa compagnie low cost où la productivité est de 20% supérieure.

Qu’on le veuille ou non, le low cost, le vrai, est fondé sur un modèle qui a cassé les codes historiques du transport aérien et qui rencontre son public. Le low cost est la version la plus aboutie d’une offre économique pour des marchés de masse où c’est le prix qui fait la demande.

Ces pratiques douteuses sont-elles propres à Ryanair ? La compagnie va-t-elle, ou paye-t-elle déjà ces politiques ?

Oui, ces pratiques douteuses sont le seul fait de Ryanair. On dit que ce sont des pure Player. Pas de compromis avec l’orthodoxie. La provocation fait partie des outils du champ de bataille. Regardez d’ailleurs la publicité gratuite que nous offrons à cette entreprise ! Pour le moment, Ryanair ne semble pas souffrir de son image. Au contraire même, pour des consommateurs qui veulent payer l’avion au prix de l’autobus, c’est une aubaine.

L’ambition de M. O Leary est d’atteindre les 110 millions de personnes transportées chaque année. C’est beaucoup plus que les compagnies dites Major qui cumulent court, moyen et long courrier. Ryanair, producteur de prix très bas est solidement installé dans l’imaginaire collectif des européens, comme la compagnie la moins chère.

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