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En Tunisie, la contestation contre le gouvernement islamiste prend de l'ampleur.
En Tunisie, la contestation contre le gouvernement islamiste prend de l'ampleur.
©Reuters

Révolte

Printemps arabe, saison 2 : les indignés tunisiens se rebellent contre les islamistes pour sauver la démocratie

C’est à nouveau l’embrasement au sein de la localité de Sidi Bouzid, cœur « historique » de la révolution de Jasmin en Tunisie. Entre protestations à caractère social et tentation de faire vivre la révolution, la contestation à l’encontre du gouvernement islamiste semble prendre de l’ampleur malgré un relatif retour au calme.

Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui

Abdelmalek Alaoui est directeur général du cabinet de communication d'influence Guepard Group.

Il est l'auteur du livre Intelligence Economique et guerres secrètes au Maroc (Editions Koutoubia, Paris).

 

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Sidi Bouzid, située au centre ouest du pays a été considérée pendant longtemps par Ben Ali comme faisant partie de la Tunisie « inutile ». Ce n’était donc par véritablement une surprise que le « printemps arabe » y trouve sa genèse le 17 Décembre 2010, car tous les ingrédients de l’insurrection s’y trouvaient réunis : sentiment d’abandon de la part du pouvoir central, taux de chômage élevé et corruption endémique.

Depuis fin juillet néanmoins, les observateurs concordent pour dire que la deuxième révolte de Sidi Bouzid comporte une composante additionnelle : l’émergence d’un  front du refus à l’encontre des islamistes d’Ennahda, accusés de mener une campagne de réislamisation rampante de la Tunisie.

En effet, au delà des revendications sociales ou sectorielles – de nombreux travailleurs de Sidi Bouzid réclament le paiement de leurs allocations-  l’on constate que le projet de criminalisation des « atteintes au sacré », porté par les islamistes d’Ennahda aura permis de cristalliser un bloc attaché au maintien de libertés individuelles, alors même que beaucoup croyaient que la Tunisie était désormais quasiment entièrement acquise aux islamistes après le score fleuve enregistré par ces derniers lors des élections de l’automne dernier.

Il faut donc croire qu’un phénomène de reflux, une sorte de prise de conscience des risques de confiscation de la démocratie par le « péril vert », est en train de toucher la société civile tunisienne, symbolisé par la deuxième révolte de Sidi Bouzid. Car si les islamistes d’Ennahda ont remporté les élections tunisiennes, il convient de ne pas oublier que ce pays et ses citoyens restent très attachés aux avancés enregistrées dans le domaine des libertés individuelles et de l’égalité de genre, notamment lors de la période d’autoritarisme bon teint de Habib Bourguiba.

Or, une proposition de réforme de la constitution dans laquelle le terme  « complémentarité » viendrait remplacer « égalité » pour qualifier la relation hommes-femmes fait naitre de nombreuses inquiétudes quant au véritable agenda nourri par les islamistes d’Ennahdha. Attachés à leur modèle de société, il semblerait que les Tunisiens prennent peu à peu conscience du risque que leur pays court si un bloc de « vigilance démocratique » ne voit pas le jour au plus vite.

Les quelques huit cent manifestants dispersés par les balles de caoutchouc dans la localité de Sidi Bouzid ont également rappelé au gouvernement d’Ennahdha qu’il se doit d’adresser les chantiers économiques et trouver le moyen de redémarrer la machine tunisienne. Tétanisés par la dureté de la crise et la capacité de résistance au changement de la technostructure, les islamistes se sont soudainement retrouvés aux affaires sans y avoir été véritablement préparés. Ceci expliquerait sans doute leur glissement sur le terrain de la moralisation de la société.

Faute de ne pouvoir trouver des solutions rapides à la crise économique, les islamistes veulent distribuer les obligations et les interdictions, ce qui finalement ne coute rien et permet de maintenir soudé le bloc le plus radical de leurs soutiens.

Beaucoup considèrent que cette surenchère islamiste peut s’avérer dangereuse. Les indignés de Sidi Bouzid viennent de rappeler de manière cinglante que la Tunisie ne basculera pas dans l’obscurité sans livrer le combat en faveur de la démocratie.

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