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Classes préparatoires

Les élites françaises se shootent aux classements

Les résultats aux concours des grandes écoles viennent d'être rendus publics. La plupart des élèves sélectionnés viennent de classes préparatoires. Leurs choix ont été décortiqués pour dresser un classement entre écoles. Une obsession contre-productive ?

Robin Rivaton

Robin Rivaton

Robin Rivaton est chargé de mission d'un groupe dans le domaine des infrastructures. Il a connu plusieurs expériences en conseil financier, juridique et stratégique à Paris et à Londres.

Impliqué dans vie des idées, il écrit régulièrement dans plusieurs journaux et collabore avec des organismes de recherche sur les questions économiques et politiques. Il siège au Conseil scientifique du think-tank Fondapol où il a publié différents travaux sur la compétitivité, l'industrie ou les nouvelles technologies. Il est diplômé de l’ESCP Europe et de Sciences Po.

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Ça y est, célébrant deux ans d’efforts, une vague d’élèves de classes préparatoires est venue s’échouer sur les rivages des « grandes écoles » dans notre douce France. Quelques semaines après le baccalauréat tant décrié, cette fois on célèbre le mérite et l’excellence. Près de deux siècles déjà qu’on forme cette future élite [1].

Mais alors que font ces jeunes gens, une fois leurs précieux sésames en poche ? Sans doute prennent-ils des vacances, découvrent le monde, travaillent, vivent des expériences qui leur serviront plus tard. Et bien non, une petite plongée sur quelques forums Internet et dans les discussions des futurs et des anciens élèves, et vous découvrirez que ce que chacun attend, c’est le classement du SIGEM. Pardon ? Oui le Système d'Intégration aux Grandes Écoles de Management[2], base de données qui rassemble les choix de tous les "préparationnaires" et permet donc de classer les établissements.

Vous connaissiez déjà les marronniers, classements des écoles de management, d’ingénieurs, qui illuminent la couverture d’une dizaine de magazines de novembre à mars. Et bien on remet cela dès juillet. Disons le tout de suite, de tels classements existent de manière similaire aux États-Unis ou au Royaume-Uni pour les universités. Ils sont toutefois bien moins présents et moins pesants sur le choix des candidats.

L'obsession du rang

Quel est donc intérêt de savoir si 10 admissibles ont préféré telle école prétendument moins bien classée ou s’il faut distinguer un top 6 plutôt qu’un top 7 des écoles de management (sic) ? Et bien cela satisfait une vieille passion française, l’obsession du rang. D’origine aristocratique au même titre que l’honneur, elle s’est renforcée au contact de la République[3] et de la « passion française pour l’égalité » comme l’évoquait Philippe d'Iribarne[4].

Et cette passion pour le rang et le classement est extrêmement forte parmi « l’élite ». En effet, quoi de plus rassurant que de se dire, j’appartiens à l’établissement n°1 du classement, au top 3, 5, 7, surtout quand la concurrence s’est densifiée et internationalisée. Alors c’est une peur douce, agréable même, loin de celle brutale qui menace l’euro, ou celle insidieuse des délocalisations. Non, ici, une peur savamment maitrisée, amusante, mélange de compétition aux résultats inaltérés depuis des décennies.

Un modèle à renouveler

Hélas, se complaire ne suffit pas et la crise de l’enseignement supérieur touche aussi les écoles de management. A la lecture des chiffres du SIGEM, il est frappant de constater que les écoles de fin de classement ont de plus en plus de mal à attirer des élèves de classe préparatoire. D’ailleurs, ce phénomène n’épargne pas des écoles traditionnellement réputées qui ne rempliront pas le quota de places affectées aux élèves de classes préparatoires. En outre, il faut souligner que le nombre de candidats aux concours des écoles de commerce a globalement baissé cette année (-1%). Que cela reflète une concurrence renouvelée des filières universitaires, revigorées grâce à la loi sur l’autonomie, ou des formations à l’international voilà une question intéressante.

En tout cas, cela pousse les écoles de commerce à réfléchir à leur modèle, pour les plus grandes à imaginer de nouvelles stratégie (rapprochements, fusions…) pour gagner en visibilité à l’étranger, trouver des débouchés d’avenir et densifier la taille des promotions. De nombreux projets sont en germe, fondation de SKEMA en 2009, rapprochement des écoles de Reims et Rouen d’un côté, de Marseille et Toulouse de l’autre, pôle ARTEM à Nancy [5]

Pour les moins connues, le constat est encore plus difficile, elles doivent mieux définir leur rôle de formation dans un tissu économique avant tout local, trouver de nouveaux viviers de recrutement tout en abaissant les frais de scolarité qui ne les rendent plus attractives. Voilà ce à quoi devraient penser les élèves et les dirigeants de ces écoles au lieu de s’attarder sur des classements qui loin de stimuler la compétition, paralysent les initiatives.




[1] Arrêté du 8 septembre 1852, publié au Bulletin administratif de l'instruction publique, quiofficialise23 classes de mathématiques dites spéciales, postérieures au baccalauréat, dédiées à la préparation des concours d'entrée à l'École polytechnique et à la section des sciences de l'École normale

[2] http://www.sigem.org/pdf/SIGEM-Recapitulatif_final.pdf

[3] Et de l’Empire, pour rappel, « Les hommes sont comme les chiffres, qui n’acquièrent de valeur que par leur position » extrait des Maximes de guerre et pensées, de Napoléon Ier

[4] Directeur de recherches au CNRS et auteur de L'étrangeté française paru au Seuil en 2006

[5]  Rapprochement de trois grandes écoles de Nancy (Beaux-Arts, l'École des mines et l'ICN Business School) sous un projet pédagogique commun

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