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La croissance structurelle eurolandaise est passée de 2,5% au début des années 1990 à 2% dix ans plus tard et à environ 1,3% aujourd’hui.
La croissance structurelle eurolandaise est passée de 2,5% au début des années 1990 à 2% dix ans plus tard et à environ 1,3% aujourd’hui.
©Reuters

Rêve européen

Restaurer la croissance de la zone euro : ce défi que les candidats n'ont pas compris

Les dirigeants européens ont cumulé les erreurs depuis 20 ans, et finalement conduit à la destruction du cercle vertueux « investissement-emploi-consommation ». Pour renouer avec la croissance, ces derniers vont devoir se résigner à abaisser la valeur de l'euro et les taux de refinancement de la BCE, tout en poussant cette dernière à racheter directement la dette des pays européens en difficulté.

Marc Touati

Marc Touati

Marc Touati est économiste et président fondateur du cabinet ACDEFI (aux commandes de l'économie et de la finance). Il s'agit du premier cabinet de conseil économique et financier indépendant au service des entreprises et des professionnels.

Il a lancé en avril 2013 la pétition en ligne Sauvez La France.com pour diminuer "les impôts", les "dépenses publiques superflues" et "retrouver le chemin de la croissance" afin de "sortir par le haut de cette crise".

Il est également l'auteur de Quand la zone euro explosera, paru en mars 2012 aux Editions du Moment. Son dernier livre est Le dictionnaire terrifiant de la dette (Editions du moment, mars 2013).
 

 

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Mais à quoi jouent les dirigeants politiques et monétaires de la zone euro ? Depuis déjà une décennie, ils semblent prendre un malin plaisir à cumuler les erreurs stratégiques. Ces dernières ont notamment conduit à réduire la croissance structurelle eurolandaise, qui est passée de 2,5% au début des années 1990 à 2% dix ans plus tard et à environ 1,3% aujourd’hui.

Dans le même temps, le taux d’investissement a baissé, atteignant un plus bas de 19% depuis 2009, contre 22% en 2000. Ce mouvement a grippé durablement le cercle vertueux « investissement-emploi-consommation ». Conséquence logique de cette dégradation, le taux de chômage est passé de 8,2% en 2001 à plus de 10,8% actuellement.

Le pire est que ces piètres résultats ont été réalisés en dépit d’une forte augmentation des dépenses publiques.En effet, de 46% en 2000, leur poids dans le PIB atteint désormais plus de 50%. Et encore, cet accroissement aurait pu être bien plus grave, si les Allemands n’avaient réduit le poids de leurs dépenses publiques à 46%, contre, par exemple, 56% pour la France. Dès lors, les comptes publics eurolandais n’ont cessé de se dégrader, générant une dette publique pléthorique qui frôle aujourd’hui les 90% du PIB, contre 69% en 2000. A l’évidence, le bilan économique de la zone euro au cours des dix dernières années est loin d’être positif.

Et pour ceux qui croient ou essaient de faire croire que plus l’économie va mal, plus la bourse se porte bien, il faudra simplement ajouter que l’indice EuroStoxx 50 est passé de 5 460 points en mars 2000 à environ 2 300 points actuellement. Autrement dit, si la croissance structurelle de la zone euro a été divisée quasiment par deux, l’indice boursier eurolandais a chuté d’environ 60%. De quoi rappeler que l’évolution des marchés boursiers reflète généralement bien la réalité économique. Et celle-ci est donc loin d’être glorieuse au sein de l’Union économique et monétaire (UEM).

De surcroît, comme si ces échecs cuisants ne suffisaient pas, les dirigeants eurolandais continuent de déraper et semblent tout faire pour casser définitivement la croissance, l’emploi et l’existence même de l’UEM. Ainsi, en se contentant d’augmenter les impôts pour tenter de sortir de la crise, les dirigeants eurolandais continuent d’oublier l’essentiel : la restauration de la croissance. Or, sans croissance, pas de réduction des déficits et encore moins de la dette. Pis, débutée en 2008, la récession va forcément s’aggraver, le chômage encore augmenter et la situation sociale devenir intenable. En d’autres termes, il ne sert strictement à rien de mourir guéri. En clair : à quoi bon, vouloir réduire les déficits, si cela se traduit par une explosion sociale et a fortiori une guerre civile.

Mais, est-il encore possible d’éviter une telle issue ? A cette question, nous répondons par l’affirmative. Mais, à une condition : il va falloir agir vite et bien : principalement en restaurant la croissance. Pour y arriver, nous ne cesserons de le répéter, l’euro doit baisser fortement. Au moins à 1,15 dollars pour un euro. Il faut effectivement savoir que ce dernier niveau correspond à la parité des pouvoirs d’achat (PPA) à l’échelle de l’ensemble de l’UEM. En revanche, pour la Grèce, ce niveau de la PPA est d’au mieux 0,70 dollar pour un euro. Autrement dit, même à 1,15 dollars, l’euro sera encore trop cher pour l’économie grecque. Cependant, une telle dépréciation permettra d’amorcer la pompe de la croissance.

Quant à la manière de faire baisser l’euro, « il n’y en a pas trente-six », mais seulement deux, qui doivent être menées conjointement : une baisse du taux refi de la BCE (taux de refinancement) au minimum de 0,5% et des accords internationaux entre l’UEM, les États-Unis, le Japon, la Chine et le Royaume-Uni. L’extraordinaire paradoxe de cette crise grecque réside d’ailleurs dans le fait que dès qu’un accord est signé, l’euro s’apprécie de nouveau, ce qui casse encore l’activité de la Grèce et l’éloigne de la sortie de crise.

De plus, pour éviter une nouvelle tension des taux d’intérêt obligataires, la BCE devra forcément finir par acheter des bons du Trésor en direct, notamment de la Grèce, mais aussi des autres pays en difficulté, à commencer par le Portugal, l’Espagne et bientôt l’Italie. Pour comprendre le caractère inévitable de cet effet domino, il suffit de passer quelques jours dans ces trois pays pour comprendre que la récession et la rigueur deviennent insupportables et que la grogne sociale monte dangereusement.

Enfin, pour parachever ce véritable sauvetage de la Grèce, et plus globalement celui de la zone euro, cette dernière devra engager une politique de relance de l’investissement à l’échelle de l’UEM financée par des Eurobonds.

Nous devons avouer que nous commençons à être « fatigués » de rappeler ces évidences et de devoir subir l’incompétence des dirigeants eurolandais qui préfèrent miser sur le marketing et finir par mourir guéri.

La France ne doit pas faire l’erreur de croire que rien de tel ne pourrait lui arriver. Car, une fois l'élection présidentielle passée, l’heure de vérité sonnera. Or, ce ne sont certainement pas les créations de postes de fonctionnaires, promises par M. Hollande, ni la réforme de la prime pour l’emploi, annoncée par M. Sarkozy, qui nous permettront d’éviter le scénario catastrophe.

En d’autres termes, nous sommes au regret de dire que si les mesures évoquées plus haut ne sont pas appliquées et si le Président qui sortira des urnes en mai prochain ne change pas son programme, la France n’échappera pas au pire…


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