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Peut-on espérer recruter 12 000 personnels d'éducation par an alors qu'à peine 6 000 décrochent les concours ?
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Mathématique

Peut-on espérer recruter 12 000 personnels d'éducation par an alors qu'à peine 6 000 décrochent les concours ?

La mesure de François Hollande consistant à permettre le recrutement de 60 000 personnels d'éducation au terme de son mandat prend du plomb dans l'aile. En effet, actuellement, seuls 6 000 enseignants arrivent à passer le cap des concours. La faute à un faible niveau global des candidats.

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli est professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français.

 Il est l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment  La Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch, 2005) et La société pornographique (Bourin, 2012)

Il possède également un blog : bonnet d'âne

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François Bayrou n’a même pas eu à utiliser l’humour, sur France 2 jeudi dernier, pour envoyer en l’air la promesse faite par François Hollande d’embaucher en cinq ans 60 000 enseignants (ou assimilés — et nous verrons que la nuance n’est pas accessoire), soit 12 000 par an.

Que dit la réalité, l’âpre réalité — qu’il faut entendre, de temps en temps ? Que nous avons aujourd’hui le plus grand mal à en trouver la moitié. Et que c’est déjà au prix d’acrobaties docimologiques : les correcteurs aux divers CAPES se voient imposer des moyennes largement artificielles, qui les obligent à remonter — parfois de quatre ou cinq points — des copies souvent très médiocres. Tout cela afin de qualifier pour l’oral assez de candidats pour que l’ultime épreuve ne tourne pas à la farce. Et encore, avec ce luxe de précautions, ne se protège-t-on pas toujours du ridicule, avec des concours de recrutement offrant plus de postes qu’il n’y a de candidats.

Moralité, les jurys, malgré leur bonne volonté, leur complaisance et leur compassion, refusent de doter la totalité des postes mis à leur disposition, tant le niveau réel des derniers admis est faible. Qui reprochera auxdits jurys de songer à la qualité des enseignants qui, l’année d’après, se retrouveront face à des élèves — vos enfants?

Pourquoi cette érosion de plus en plus prononcée des candidatures ? Pourquoi le CAPES de Lettres, par exemple, est-il en dix ans passé de 12 000 candidats pour 1000 postes à moins de 1500 pour 750 ?

Comment pouvons-nous demander pourquoi ? Qui ambitionne réellement, en dehors de quelques illuminés — dont l’auteur de cet article — de faire classe dans la cage aux fauves que sont les trois-quarts des collèges, payés 1700 euros par mois, à cheval parfois sur deux ou trois établissements, tout cela pour faire du patronage ? Ils avaient rêvé transmettre des savoirs ? On leur propose de faire passer des « savoir-être » et autres balivernes « citoyennes ». Ils pensaient travailler 18 heures — ce qui, d’après les calculs mêmes d’un ministère peu suspect d’aimer ses troupes, correspond à 39 heures de travail effectif — afin de continuer à se former, à travailler, à se maintenir au courant des dernières recherches… Et voilà que tous les candidats — sauf François Bayrou, qui, enseignant et père d’enseignant (et ancien ministre de l’Education) sait ce qu’une heure de cours veut dire — annoncent qu’ils « toiletteront » les décrets de 1950 qui régentent l’exercice de la profession, et les mettront à la schlague au moins 25 heures par semaine…

C’est peut-être dans les disciplines scientifiques — le cœur même de la modernité — que le déficit de gens capables est la plus criante. Les bons matheux vont vers les écoles d’ingénieur, sauf exception. Les autres… ma foi, ils sont moins bons, voire franchement insuffisants : de ceux-là on va donc faire des enseignants ?

Parce qu’à vouloir recruter en masse (comme si le quantitatif était la pierre de touche du qualitatif), ce sont des Licenciés que l’on recrutera — que ‘on recrute déjà, via Pôle Emploi. Des Licenciés formés dans des facs qui bavent de jalousie devant les classes préparatoires, parce qu’elles savent bien qu’on y travaille comme on devrait partout travailler, et comme on ne le fait pas dans toutes les universités. Ou peut-être embauchera-t-on des « grands frères », comme dans les années 1997-2002 ? Pour éduquer les enfants — à quoi ?

C’est l’envie d’enseigner qu’il faut ré-instiller dans les projets de vie des Bacheliers à venir et des étudiants en formation. On ne pourra le faire (et ce sera lentement, pas en cinq ans ni à marches forcées) qu’en réinstituant l’Ecole de la République, en comprenant par exemple que la discipline se fonde dans le respect des disciplines et des enseignants qui les professent. Et qu’il faut rémunérer les profs au niveau de leur qualification — une vraie qualification, une vraie formation au contact de leurs pairs — et non dans des Ecoles de Professeurs qui sont juste la résurrection des IUFM de sinistre mémoire.

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