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crise grande dépression dette argent public relance activité industrie France covid-19 coronavirus Emmanuel Macron Bruno Le Maire
crise grande dépression dette argent public relance activité industrie France covid-19 coronavirus Emmanuel Macron Bruno Le Maire
©YOAN VALAT / POOL / AFP

Signes positifs face à la crise ?

Rebond de l’activité française plus fort qu’espéré en décembre : accalmie avant la tempête d’une récession mondiale où lueur d’espoir pour 2021 ?

Face à la pandémie de Covid-19, le déploiement de la campagne de vaccination et le rétablissement de l’activité commerciale ont poussé la confiance à son plus haut niveau depuis un an. Est-ce le signe d'une sortie de la récession économique ?

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Atlantico.fr : Pour ce mois de décembre, la combinaison déploiement prochainement d’une campagne de vaccination et rétablissement de l’activité commerciale a poussé la confiance à son plus haut niveau depuis un an. Pouvons-nous espérer que cela amorce une sortie de la récession économique  ? 

Jean-Yves Archer : 2020 aura bien été l'année d'épreuves frontales avec un choc sanitaire mondial et une récession économique qui nous replonge dans des chiffres dignes des années 1930 ou de la sortie de la Deuxième guerre mondiale.

Initialement, la récession française était estimée jusqu'à – 14% par l'OCDE. Puis, en cours de second semestre, la quantification s'est affinée et tant la Banque de France que l'Insee tablent désormais sur une récession de -9% pour 2020.

En décembre, on note effectivement l'imminence de la campagne de vaccination ce qui contribue à un mieux-vivre qui jugule partiellement le stress et la lourde morosité présente. Toutefois, je doute que ce fait est déjà percolé dans l'opinion publique que sait analyser Jean-Daniel Lévy : l'idée de se faire vacciner n'est pas largement acquise. Face à des innovations pharmaceutiques, les Français demeurent réticents et cultivent un bon sens d'antan qui consiste en une démarche de "wait & see". Tout ceci sera plus clair après l'Été 2021.

Pour ma part, je ne relie pas l'émergence des vaccins à la poussée de confiance détectée au travers des indicateurs de flux commerciaux. Il faut remonter en cours d'année lors du premier confinement qui a démontré la lucidité du peuple français qui a tout de suite capté qu'il s'agissait d'une vraie crise multifactorielle.

Confinés sévèrement à leur domicile, ils ont eu un réflexe d'épargne de précaution qui est venu s'additionner au réflexe d'épargne contrainte.

Si l'univers de la culture pèse pour un peu plus de 100 Mds dans notre PIB, il est clair que le lock-down a généré un manque à gagner de plus de 20 Mds et symétriquement une épargne du même ordre.

Le "stop & go" et la deuxième vague d'attaques virales, largement sous-estimés par le Gouvernement de Jean Castex ont démoli la confiance et ont accentué le comportement d'épargne précité.

Songeons que près de 100 milliards d'€uros ont été mis de côté !

Les Français n'ont donc nullement été de sinistres benêts : au contraire, ils ont eu l'intelligence de pressentir l'ampleur et la durée probablement triennale de la crise 2020 - 2022, d'où leurs comportements massifs d'épargnants prudents. 110 Mds en 2020 et 70 Mds en 2021 ( source BdF ) seraient les niveaux respectifs d'épargne de précaution placée sur des supports les plus liquides possibles à commencer par les comptes sur livrets et les comptes à vue.

Cette obsession pour la liquidité, qualifiée de " préférence pour la liquidité " par le célèbre économiste britannique John Maynard Keynes est un indicateur de la défiance des agents économiques. En ce moment, les entreprises font le maximum pour rester maître de leur cash ( délais de paiements et notion de crédit interentreprises ) ce qui nuit au flux d'investissements. Du fait des taux d'intérêts, l'argent n'est pas cher mais il est surtout logé dans des vecteurs éloignés de la sphère productive.

Si la consommation repart en Décembre, ceci provient d'un mouvement de balancier intéressant à analyser. Éreintés par les confinements, les citoyens veulent réussir cette fin d'année et ont donc dépensé pour les jouets. Les pointes de surconsommation dans ce secteur démontrent, en creux, que bien des parents culpabilisent d'avoir fait vivre à leurs enfants une année aussi glauque que 2020. Il y a eu cet été des excès sur les plages, il y aura des excès autour des deux réveillons à venir. Parallèlement, la pointe de consommation visant des produits alimentaires témoigne que ceux qui le peuvent se lâchent. A ce stade, comment ne pas avoir une vraie pensée pour les démunis que le Secours populaire chiffre à plus d'un million de plus.

En cette fin d'année 2020, il y a un peu plus de 10 millions de pauvres ce qui nuance l'euphorie de certains politologues – proches du Pouvoir – qui s'extasient parce que Madame Lambda a acheté un bloc de foie gras.

La crise est urticante comme du Scotch-Brite et certains, nourris à la commande publique, sont de tristes sires porteurs de messages à portée euphorisante largement relayés par certaines chaînes d'information.

Dans votre question, vous évoquez une sortie de la récession économique.

Elle n'est pas envisageable dans l'immédiat.

L’argent public distribué est-il en train de fausser les chiffres actuels ? 

Oui, la forte injection de liquidités publiques, pour justifier qu'elle fût, a placé le pays sous une sorte de cloche à fromage ou d'anesthésie dentaire sérieuse.

Avec une récession de – 9% , c'est un volume de destruction de valeurs d'un peu moins de 240 milliards d'€uros. A rapporter aux centaines de milliards d'€uros publics dédiés au soutien à l'économie. Sans omettre les 300 Mds ( consommés à hauteur de 135 Mds ) de PGE ( prêts garantis par l'État via BpiFrance ).

Avec un déficit public figurant dans le PLF 2021 à hauteur de 155 Mds, soit la moitié du total des recettes fiscales nettes de l'État ( ! ), notre pays est dans une posture délicate. Un salarié qui gagne 2.000 €uros nets après impôts et qui aurait un débit bancaire structurel de 1.000 €uros aurait rapidement des tracas voire des impasses de trésorerie.

Face à l'urgence de la crise, l'Exécutif est devenu pleinement keynésien et avec l'assistance de la politique monétaire accommodante de la BCE, il a mené une politique budgétaire débridée allant jusqu'à une forme de socialisation de l'économie. Quand plus de 10 millions de salariés bénéficient du chômage partiel, il faut se souvenir que l'État employeur ne prend habituellement en charge que 5,3 millions de fonctionnaires et agents publics. En clair, 15 millions de Français ont vu leurs revenus mensuels dépendre des contribuables. On frôle le castrisme pur jus d'autant que des malversations ont été détectées tant du côté employeurs que du côté salariés. Et chacun a en mémoire la petite phrase du président Macron : " La France, c'est Cuba sans le soleil ". Manifestement il aime ricaner alors même que l'Histoire lui tend des défis de plus en plus corrosifs. Béthune, et le site Bridgestone, sont dans votre circonscription nationale, Monsieur le Président. Près de 1.000 emplois, cela ne vous concerne pas ?

Le trop fameux rebond de 2021

Courant Octobre – mon fil tweeter en atteste – j'ai eu quelques désaccords avec des économistes publics qui m'ont servi la notion " d'acquis de croissance " pour légitimer un rebond de croissance de près de 9% en 2021. Voire plus.

Alors même que cette prévision se fondait sur des chiffres eux aussi estimés pour le T3 et le T4 de 2020. Quand on estime sur une estimation…

Opposé, suite à mes travaux pour des clients privés et pour des membres du Sénat, à cette vision des choses, j'avais énoncé à mes donneurs d'ordre que j'estimais réaliste une croissance de 4,2% en 2021 du fait des chocs sanitaires anticipés.

J'observe, le temps passant, que la Banque de France vient de ramener à 5% ( soit 9 moins 4 égal 5 …) sa prévision de croissance pour 2021.

Je ne développerais pas ici de commentaires sur ce revirement " franc et massif " comme aurait pu le dire Charles de Gaulle.

Les secteurs industriels non touchés par la crise en 2020, le seront-ils en 2021 par répercussion ? Sommes-nous en train de vivre des similitudes avec la Grande Dépression ? 

Je ne pense pas que des secteurs industriels aient été épargnés par la crise de 2020, à part les producteurs de parois en plexiglass et autres niches heureusement opportunistes.

En 2020, l'État a ouvert les vannes et paré à l'urgence. En 2021, les additions de cette année de turbulences vont se présenter comme une suite de mauvaises ardoises.

Il y aura certes des reports de PGE mais il y aura aussi des canards boiteux ( on dit désormais par anglicisme des firmes zombies ) qui ne pourront honorer leurs échéances et se verront dans l'obligation de produire des déclarations de cessations des paiements. A cet égard, les astuces législatives ayant permis de faire moins siéger les Tribunaux de commerce en 2020 ne pourront se renouveler en 2021.

En clair, comme l'estiment certains experts de la Coface ou des CCI, il y aura un nombre conséquent de PSE et de faillites en 2020.

L'État ne pourra maintenir sa cloche à fromages au-dessus de pans économiques importants. Vous vous imaginez, en 2021, être un sous-traitant d'Airbus ou de Renault ? Ce sont des dizaines de milliers d'emplois qualifiés qui sont en jeu.

" Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'œil intelligent sur soi-même " ( Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien ). C'est le 17 mars que le Haut-Conseil des Finances Publiques a été saisi par le Gouvernement du PLFR1 ( projet de Loi de finances rectificatif n°1 ). Ce lieu de naissance d'une politique keynésienne très volontariste a bien été le siège d'une juste et valable appréciation des risques. Mais les risques de 2021 seront encore plus sociaux et sociétaux.

En 1968, le célèbre éditorialiste du Monde, Pierre Viansson-Ponté, avait su écrire "La France s'ennuie".

En 2021, face à une Asie triomphante et nouveau centre de gravité pour plus d'un secteur, la France est fatiguée et crispée autour de peurs qui pourraient être mauvaises conseillères. Toutes les générations sont en état de désarroi face aux chocs prévisibles de 2021 dont 2020 n'a été qu'une sorte d'apéritif campagnard avant l'explosion du chômage et l'essor de l'inquiétude du lendemain surtout si les élections allemandes du Printemps devaient voir l'émergence d'une coalition plus férue d'orthodoxie monétaire.

Quant aux Plans de relance – national et européen – qui avaient pour essence d'être contra-cycliques, ils sont poussifs dans leur déploiement au point qu'un célèbre éditorialiste s'est ouvertement demandé s'ils viendraient " avant la Saint-Glinglin ". Tout est dit sur l'inertie de ce second trimestre où la sphère publique n'a cru, que tard, trop tard, à la deuxième vague.

Nul ne peut exclure que les fêtes de fin d'année ne soient une sorte de Thanksgiving à la française où le brassage des populations ne relance une vague épidémique. Si nous devons subir cette nouvelle épreuve, le crash de trésorerie sera le nœud gordien que des milliers d'entreprises auront à affronter.

La récession des années 2020 est déjà dans les livres d'économie car elle est intense et durable. Pour l'heure, seule la BCE sauve la zone €uro mais comment ne pas voir que certains de ses apports à l'économie restent dans la financiarisation de notre système et demeure trop peu fléchés vers la sphère productive au plus grand bonheur de certains boursicoteurs.

La production des documents comptables à la fin de l'année ( 85% des entreprises ont un exercice clos au 31/12 ) qui seront connus début 2021 va être la fin de la petite musique jouée par des vendeurs d'illusions. La réalité sera sous nos yeux et des dirigeants devront trancher. Les récentes annonces de Carrefour et de Danone fournissent un avant-goût des sinistres industriels.

Pour conclure, je redoute un relâchement de la part d'un peuple français lassé des injonctions contradictoires ( les masques, les tests, etc ) et épuisé par ces vents issus de l'Absurdistan décrié ici et là, même par Die Welt.

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