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"Le Patronat Français, comme la droite politique, est médiocre."
"Le Patronat Français, comme la droite politique, est médiocre."
©Reuters

Partner in crime

Ras-le-bol fiscal : la trahison des patrons, devenus complices de l'étatisme

Le patronat français n'a pas compris que ce qu’il faut faire, ce n’est pas déjeuner entre énarques pantouflards, inspecteurs des finances, polytechniciens ou centraliens. Non, ce qu’il faut, c’est gagner le cœur et la tête des gens, des citoyens.

Bruno Bertez

Bruno Bertez

Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.

Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il rédige de nombreux articles en économie et finance.

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Où il est question des  erreurs stratégiques du Patronat. 

"Ils n’ont pas compris le tourniquet des politiciens, ils n’ont pas compris que la spécialité de la classe politique, c’est de prendre ce que les gens gagnent par eux-mêmes et ensuite de le rendre sous forme de cadeau qui abaisse et rend dépendant. Ils confisquent, puis rendent, mais l’opération n’est pas nulle, car au passage ils raflent le pouvoir. Le patronat est complice du dirigisme, il s’en nourrit, mais au passage il étouffe la France et les Français !"

C’est vrai, théoriquement, pour être lu, il faut commencer par l’exposé des faits; seulement après, on enfile les commentaires. Nous aimons faire l’inverse, débuter par nos réactions, nos émotions et ensuite, seulement ensuite, en venir aux faits. Pourquoi ? Pour donner le "la", pour mettre tout de suite dans l’ambiance, pour être lu dans un certain état d’esprit. 

Le Patronat Français, comme la droite politique, est médiocre. Il n’a aucune vision, aucune stratégie. Il est dénué de vrai sens politique, dénué de sens social. Il ne "sent" pas le pays, le peuple, les salariés. Souvent, pour le qualifier, nous disons que les organisations patronales françaises pratiquent un socialisme cooptatif d’entreprise. C’est une élite étriquée, plus soucieuse d’ambitions et de rémunérations personnelles, que de mission de direction de l’économie du pays. En fait, ces gens ont renoncé. Au lieu d’être perçu comme le fer de lance du pays, le phare, le patron français est considéré comme un profiteur, sans cœur et sans conscience. 

La classe des patrons  n’a pas compris que dans un pays divisé, clivé, polarisé, il faut savoir nouer des alliances, il faut participer à un ou des fronts sociaux. Elle  n’a pas compris que sur le long terme, faire copain -coquin- avec la finance, la banque, les politiciens, cela ne suffit pas. Ce qui protège contre le socialisme, c’est le peuple, les classes moyennes, les entrepreneurs individuels, les petites entreprises, les artisans. Ce qui protège des hold-up des Sarkozy, des Hollande, c’est la vaste  classe qui produit, qui entreprend, qui risque, celle qui accepte les responsabilités. 

Dans une optique de long terme, ce qu’il faut faire, ce n’est pas déjeuner entre énarques pantouflards, inspecteurs des finances, polytechniciens ou centraliens. Non, ce qu’il faut, c’est gagner le cœur et la tête des gens, des citoyens. C’est avec les bataillons de la classe moyenne que l’on gagne la bataille de la liberté d’entreprendre, la bataille de l’économie de marché, la bataille de l’initiative privée. Et la bataille du profit. 

Le patronat français est absent de tous les combats culturels, de tous les grands débats, comme si ce qui se passe dans la société civile ne le concernait pas. Les choses se sont encore aggravées depuis que le MEDEF ou l’UIMM ont été pris la main dans le sac en train de distribuer des enveloppes. La découverte d’un pot aux roses, que tout le monde connaissait, a donné raison à ceux qui défendent l’idée que le patronat ne doit s’intéresser et ne défendre que l’entreprise. 

Comme si l’entreprise existait en dehors des hommes qui la composent ! 

Ah le mythe de l’entreprise, comme il est utile pour défendre le profit tout en niant le capitalisme, comme il est utile pour défendre le salaire des dirigeants, mais pas la richesse des propriétaires. Comme il est utile pour passer les plats aux socialistes qui ne demandent que cela, que l’on défende les entreprises parce qu’elles créent des emplois, mais qu’on leur crache dessus parce qu’elles gagnent de l’argent et enrichissent leurs propriétaires.  

L’erreur majeure du patronat est de ne pas comprendre que tout se tient, précisément réuni dans un entité concrète, une vraie réalité qui est celle de l’entreprise et cette réalité englobe les salariés, les clients, les propriétaires et les managers. Et pas seulement Gattaz, Moscovici, Sapin, Hollande ou Gallois. Lorsque le gouvernement a voulu spolier les salariés au niveau de leur salaire direct ou indirect, avez-vous entendu une voix de ces gens pour s’y opposer, pour dire : Attention, gare! Non l’austérité, le rabotage des salaires, des retraites, des prestations, ils aiment cela, ils aiment jouer à la lutte des classes, grimacer avec le couteau entre les dents. Ils aiment apparaître comme les ennemis du peuple, voilà leur ligne directrice. Pas un n’a dit attention, si vous réduisez le pouvoir d’achat, vous réduisez nos débouchés, vous nous forcez à licencier. Le mythe de l’exportation est complémentaire du mythe de l’entreprise. Avec l’entreprise, on occulte la nécessité du capital et de l’accumulation et de la richesse. Avec l’exportation, on se permet d’oublier qu’il faut d’abord et avant tout un marché national fort, prospère. Une base pour étaler ses frais, ses charges, ses coûts. Il faut que les salariés gagnent de l’argent. 

Avez-vous entendu un officiel du patronat prendre position, débattre de la financiarisation, du poids du secteur bancaire, s’indigner que l’on presse le citron des citoyens pour honorer les créances des banques? Non, pas un n’a élevé la voix. La malheureuse ancienne présidente, Parisot, n’est intervenue que pour mentir et oser affirmer, avant d’être démentie 15 jours plus tard par le FMI, qu’il n’y avait pas de problème chez les banquiers. C’est là où l’on voit le glissement, glissement qui fait que le pouvoir passe de la production à la finance et à la banque. Sûr, qu’ils seront contents quand on confisquera 10%  des dépôts bancaires des Français, cela évitera les augmentations de capital et les managers pourront rester en place. 

Le 1er Décembre, les gens qui sont contre le système libéral, contre le système capitaliste, contre la propriété privée vont défiler. Le thème de leur rendez-vous sera  "Pour la Révolution Fiscale". En clair, ils vont défiler pour que ce soient les autres qui paient, pas eux. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Alors que le vécu de la société civile, c’est le ras le bol fiscal, ce que veulent ces gens, c’est que les autres paient, pas eux. Pas les troupes des socialistes solfériniens, pas les troupes de Mélenchon, pas celle de Sud ou des syndicats de fonctionnaires. Non la révolution fiscale à laquelle ils pensent, c’est celle qui tondra encore plus les classes moyennes supérieures et les classes moyennes tout court. Avec encore plus de surveillance, de contrôles et de brimades. 

Et eux ne se gêneront pas pour faire les amalgames avec les fameux cadeaux aux patrons : les sociétés globales qui ne paient pas d’impôts, les sociétés qui bénéficient de dégrèvements fiscaux  et sociaux, les managers du CAC 40 qui se versent des millions d’euros  plus ou moins fiscalisés, etc.  Ils feront tout pour vous enfoncer, pour vous faire passer pour des profiteurs,  comme si c’était vous qui bénéficiez de tout cela. 

L’un des thèmes majeurs, et ils ont bien choisi, ce sera le cadeau aux patrons des 20 milliards du CICE, le Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi. Quoi de plus scandaleux,  en effet, que ce cadeau financé par les citoyens, par la hausse de 7 milliards de la TVA au premier janvier. Le CICE, c’est la moitié de l’impôt sur les sociétés, ce n’est pas rien.  Est-ce que cela va améliorer la compétitivité, créer des emplois ? Bien sûr que non, car, en l’absence de demande, il faudrait être idiot pour investir. Les bénéficiaires de la CICE seront d’abord  le commerce, puis la construction. Seuls 20% du CICE irait à l’industrie. Parmi les firmes, celles qui seront les plus favorisées seront GDF, EDF, Vinci et Carrefour. Ont-elles vraiment besoin d’aide? D’aide sur le dos des contribuables et des consommateurs? 

L’exemple de ce qui s’est passé avec le cadeau fiscal aux hôteliers et restaurateurs n’a pas servi de leçon. On leur a fait un cadeau idiot qu’ils ont accepté en échange d’embauches et de hausses de salaires, et pendant deux ans, on les a traités de voleurs, de profiteurs, leur image déjà mauvaise a encore trouvé le moyen de se dégrader. 

Celui qui donne tout, peut aussi tout reprendre et tout cadeau a une contrepartie, en particulier en terme de perte de liberté. Au lieu de ne demander qu’une chose, la liberté de gérer, les patrons français baissent la tête et tendent la main. Ils n’ont pas compris le tourniquet des politiciens, ils n’ont pas compris que la spécialité de la classe politique, c’est de prendre ce que les gens gagnent par eux-mêmes et ensuite de le rendre sous forme de cadeau qui abaisse et rend dépendant. Ils confisquent, puis rendent, mais l’opération n’est pas nulle, car au passage ils raflent le pouvoir. Le patronat est complice du dirigisme, il s’en nourrit, mais au passage il étouffe la France et les Français.

*Cet article a précédemment été publié sur le blog A Lupus

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