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Radiographie de la forte hausse de l'acceptation des demandes d'asile en France
©REUTERS/Benoit Tessier

La surmultipliée

Radiographie de la forte hausse de l'acceptation des demandes d'asile en France

Selon les données publiées en 2016, jamais la France n'avait attribué autant de demandes d'asile depuis le début des années 90. Cette hausse aurait pour cause une combinaison de plusieurs facteurs.

Atlantico : Selon les données publiées en 2016, jamais la France n'avait attribué autant de demandes d'asile depuis le début des années 90, soit 26 499  pour un total de 85 726 demandes (une hausse de 35.9% par rapport à 2015). Comment expliquer une telle hausse ?

Laurent Chalard : Lorsque l’on analyse l’évolution depuis 1992 du nombre d’attribution de l’asile en France, on constate une corrélation certaine avec l’évolution du nombre de demandes d’asile enregistrées la même année. Plus il y a de demandes d’asile, plus il y a d’attribution de l’asile. L’année 2016 ayant vu le plus grand nombre de demandes d’asile en France depuis 1992, du fait de la crise migratoire européenne, il apparaît consécutivement assez logique que le nombre d’attribution de l’asile la même année soit au plus haut.

Cependant, pour analyser de manière plus pertinente ces données statistiques, il convient de calculer un taux d’attribution de l’asile par rapport au nombre de demandes par année. Or, ce dernier calcul est particulièrement intéressant car il s’avère que le taux d’attribution de l’asile a fortement progressé aux cours des dernières années. Relativement stable entre 2011 et 2013, oscillant entre 16 et 19 %, depuis ce taux d’attribution de l’asile progresse régulièrement pour atteindre près de 31 % en 2016, soit un niveau plus élevé que le pic précédent de 2008 à 27 % mais sur des volumes de demandes deux fois moindres. Il s’ensuit que la forte augmentation récente du nombre d’attribution de l’asile en France n’est pas uniquement liée à la hausse des demandes, mais, qu’il est aussi le produit d’une attribution plus large que les années précédentes.

Deux principaux facteurs peuvent expliquer cette dernière évolution. Le premier est, tout simplement, que le nombre de demandes d’asile légitimes a fortement progressé, étant donné la multiplication des conflits en Afrique et au Moyen-Orient, un plus grand nombre de demandeurs pouvant réellement prétendre au statut de réfugiés. Le second est que face à l’ampleur des flux migratoires et aux accords de relocalisation de migrants au sein de l’Union Européenne, le gouvernement socialiste, en place à l’époque, s’est senti obligé d’ouvrir la porte un peu plus grandement. Dans les faits, nous avons probablement une combinaison des deux facteurs.

Les principaux pays d'origine de ces migrants sont, par ordre, le Soudan, l'Afghanistan, Haïti, l'Albanie etc... Peut-on on voir une évolution des nationalités représentées au cours de ces dernières années ? L'immigration française est-elle cours de transformation, en termes de pays d'origine ?

Si l’on compare la liste des principales nationalités des demandeurs d’asile en France en 2013, c’est-à-dire avant la forte hausse des demandes, et en 2016, on constate à la fois le maintien de certaines tendances et quelques évolutions.

Concernant les éléments qui n’évoluent guère, le premier est la diversité des nationalités qui demandent l’asile en France, aucune d’entre elles ne dominant largement les autres, contrairement à ce qui peut se passer dans d’autres pays européens certaines années (les Eyriens en Allemagne en 2015-2016 par exemple). Parmi les principaux pays d’origine des demandeurs d’asile en 2016, la RD du Congo, l’Albanie, le Bangladesh, la Chine et la Guinée figuraient déjà en 2013.

Les nouveautés concernent le Soudan, l’Afghanistan, Haïti, la Syrie et l’Algérie. Si pour la Syrie, ce constat n’a rien de surprenant, dans le contexte de la crise des réfugiés syriens, par contre, pour les autres, deux principales logiques ressortent. Pour le Soudan et l’Afghanistan, nous avons affaire à de nombreuses personnes qui souhaitaient se rendre en priorité au Royaume-Uni, mais, qui n’ont pu s’y rendre suite au démantèlement de la jungle de Calais, et que le gouvernement socialiste a incité à demander l’asile en France. Pour Haïti et l’Algérie, nous avons affaire à deux pays fournisseurs traditionnels de migrants vers la France (plutôt l’Outre-Mer pour Haïti), mais dont l’augmentation des demandes d’asile est difficile à expliquer, si ce n’est peut-être un effet d’opportunité ?

Les demandeurs d’asile ne constituant qu’une part minoritaire des flux d’immigrés qui entrent sur notre territoire chaque année, les éventuelles évolutions de leur origine ne peuvent donc conduire à une transformation totale du profil des immigrés arrivant dans le cadre du regroupement familial, des études ou pour des raisons économiques. Lorsque l’on combine tous les motifs d’immigration, les arrivées du Maghreb et d’Afrique noire francophone demeurent les plus importantes, même si les flux se sont considérablement diversifiés au cours des dernières décennies.

Au regard des tendances actuelles, est-il possible d'anticiper ce que pourrait être le profil de l'immigration en France au cours des prochaines années, aussi bien en termes quantitatifs qu'en termes de nationalités ?

Concernant les demandeurs d’asile, il est, bien évidemment, impossible d’anticiper ce que pourrait être le profil de l’immigration en France, comme dans les autres pays d’Europe, les prochaines années, étant donné la forte dépendance de ces flux aux crises géopolitiques, par définition conjoncturelles. Sans guerre civile syrienne, il n’y aurait jamais eu de crise migratoire de cette ampleur à l’été 2015. Cependant, si les flux de migrants illégaux vers l’Europe poursuivaient leur décrue, constatée depuis le 1° trimestre 2016, on peut penser que le nombre de demandeurs d’asile en France devrait finir par se réduire, 2016 (et peut-être aussi 2017) constituant un pic.

Concernant le reste des flux migratoires, s’il est impossible de faire une hypothèse concernant l’évolution des volumes entrants, qui dépendent fortement des décisions des gouvernements (ouverture ou fermeture aux étudiants et aux travailleurs étrangers, durcissement ou facilitation du regroupement familial), au niveau des origines, ils devraient présenter un peu près le même profil qu’actuellement, au moins en ce qui concerne le regroupement familial, avec une dominante des populations déjà les plus nombreuses sur notre territoire, c’est-à-dire originaires du Maghreb.

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