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Que faire de son épargne quand la déflation menace ?
©Reuters

Inquiétude

Que faire de son épargne quand la déflation menace ?

Actions, biens immobiliers, or... : les placements à privilégier en période inflationniste pourraient perdre de l'intérêt. En période de déflation, ce sont les obligations qui deviennent LE placement à faire.

Charles Gave

Charles Gave

Charles Gave est président de l'Institut des Libertés, un think tank libéral. Il est économiste et financier. Son ouvrage L’Etat est mort, vive l’état  (éditions François Bourin, 2009) prévoyait la chute de la Grèce et de l’Espagne. Il est le fondateur et président de Gavekal Research et de Gavekal Securities, et membre du conseil d’administration de Scor.

 

 

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Les fidèles lecteurs de l’Institut des Libertés savent que je me fais du souci depuis un grand moment sur l’évolution à venir des prix. En termes simples, je me demande si nous ne nous dirigeons pas vers une période durant laquelle la majorité des prix ne vas pas baisser, plutôt que d’être stables ou de monter, comme ils l’ont toujours fait depuis la seconde guerre mondiale. Pour moi, le capitalisme est naturellement déflationniste et est peut être en train de retourner à ses racines…

Je sais que beaucoup de gens ont du mal à envisager une déflation dans la mesure où les bilans des banques centrales explosent à la hausse, mais le vrai problème est que la vélocité de la monnaie dans le secteur privée s’écroule, un phénomène que les instituts d’émission ont bien du mal à enrayer.

Payer ses dettes enrichit, comme le dit le vieux proverbe Français. D’où la baisse de la vélocité…

Mon but dans cette chronique n’est cependant pas d’analyser cette possibilité et de présenter les raisons qui pourraient nous amener à une telle situation, mais d’indiquer aux lecteurs ce qu’il faudrait faire avec leur épargne au cas ou cela viendrait à se produire.

Comme d’habitude, essayons de réfléchir ensemble en utilisant quelques concepts simples. Avec son épargne, le lecteur a le choix soit d’investir comme un Rentier, et dans ce cas là, il utilisera les marchés obligataires qui lui verseront une rémunération fixe (le taux d’intérêt) et qui lui rembourseront son capital à l’échéance de l’obligation, soit au contraire de se transformer en Entrepreneur et d’acheter des actions, et dans ce second cas, il n’est certain ni du remboursement in fine (il n’y a pas de in fine) ni du revenu qu’il va toucher, puisque le dividende peut être supprimé ou réduit. Dans ce deuxième cas cependant, en tant que propriétaire/entrepreneur, il va participer à la croissance des affaires dans lesquelles il a décidé d’investir…

Dans une période fondamentalement inflationniste comme celle que nous avons connu de 1968 à 1981 dans le monde et en France, investir dans des obligations est totalement idiot puisque le pouvoir d’achat de cette forme de placement ne cesse d’être érodé par la hausse des prix, ce que chacun comprend très bien. Il ne faut avoir que des actions, de l’immobilier et le cas échéant du Franc Suisse ou de l’or. S’endetter structurellement pour acheter des actifs dont on espère que le prix va monter à la hausse est la solution.

Dans une période de désinflation comme celle que nous avons connu depuis 1981, les obligations retrouvent un attrait, et il faut les acheter quand les taux sur les obligations longues sont très supérieurs au taux de croissance du PIB nominal. C’est ce qu’il fallait faire depuis trente ans, et cela a marché à chaque fois, du moins pour les pays qui ne menaçaient pas de connaître la faillite.

Dans les périodes de déflation, tout change.

Les obligations deviennent LE placement privilégié, puisque leur pouvoir d’achat monte au travers du temps tandis que les affaires normales, surtout si elles sont endettées se retrouvent avec des coûts fixes qui ne baissent pas et des chiffres d’affaire qui baissent, ce qui rend une compression des marges inévitable. Les périodes de compression des marges sont rarement accompagnées de hausse des cours de bourse….

Mais il y a autre chose.

Dans les périodes de déflation, les marches obligataires et les marchés des actions se mettent à avoir une corrélation NEGATIVE,  ce qui veut dire tout simplement que quand les obligations montent parce que la déflation s’aggrave, les actions baissent et que quand les obligations baissent parce que la  chute des prix se ralentit, les actions montent…Un individu doué de prescience (ce qui n’est pas mon cas) peut essayer de s’amuser à faire du « timing » pour passer de l’un à l’autre.Pour les gens « normaux » , incapables de faire des prévisions ou de prophétiser (moi), la solution est beaucoup plus simple et elle fut suivie sans discontinuer par les  gérants de portefeuille tout au long du XIXeme siècle, grande période déflationniste s’il en fût.

Comme la rentabilité nominale sur le long terme entre actions et obligations tend à être la même pendant les périodes de déflation, la solution était d’avoir un portefeuille investi à 50 % en actions et à  50 % en obligations (ou à 60/40, ou 40/60, ce qui ne change rien au raisonnement), et de  » rebalancer » son portefeuille à intervalles réguliers.Cette technique permet de sortir de l’actif qui est monté et est (peut être) sur évalué pour rentrer dans celui qui a baissé et est (peut être) sous évalué sans avoir d’Etat d’âme sur le ‘timing » des mouvements. Elle offre de plus toute une série d’avantages.Tout d’abord, la rentabilité du portefeuille à l’arrivée est supérieure à la rentabilité que chacun des actifs a atteint sur la période, ce qui est bien normal, puisque le gérant passe son temps à vendre celui qui est monté pour acheter celui qui a baissé… L’hypothèse de base, je le rappelle, est ici que actions et obligations en déflation ont la même rentabilité nominale à long terme.

Ensuite, la volatilité du portefeuille ainsi constitué est bien moindre que celle de chacun des deux autres actifs pris séparément puisque les deux actifs ont une corrélation négative.Donc , je gagne plus sur le long terme et j’ai moins d’arrêts du cœur.Depuis cet automne, et la hausse des taux intervenu au printemps et à l’été aux USA , je soutiens  que cette hausse des taux longs renforce les craintes déflationnistes que je pouvais avoir et qu’il est  donc dangereux de laisser un portefeuille sans une protection obligataire tant les menaces de baisses des prix s’aggravent.

Dans une courte note , Vendredi dernier, j’ai expliqué pourquoi cette protection, à mon avis devait utiliser le marché obligataire US plutôt que les marchés obligataires Allemand ou Britannique.       Voici le résultat d’un portefeuille qui aurait été investi 50 % en actions Françaises et 50 % en obligations US, tout cela recalculé en Euro et ce depuis l’automne dernier, date à laquelle j’ai effectué ce virage.La performance , en Euro , du marché des actions Français, du marché obligataire long Américain et du portefeuille 50 /50 a été exactement la même… Base 100, nous sommes aux environs de 105…

(Cliquez pur agrandir)

http://institutdeslibertes.org/wp-content/uploads/2014/03/1Graph.png

Pour l’instant, l’achat de mon assurance anti déflation ne m’a rien coûté, ce qui est une bonne chose, malgré la baisse du dollar, compensée et au delà par la baisse des taux longs aux Etats Unis de 4% à  3.5%  sur le trente ans.Pour ceux qui s’interrogeraient sur la performance depuis 2003, date du début des tendances déflationnistes (en ce qui me concerne), voici le résultat.

(Cliquez pur agrandir)

http://institutdeslibertes.org/wp-content/uploads/2014/03/2nd-graph.png

Dans la réalité, il eut mieux valu pendant toute cette période détenir des obligations Allemandes qu’Américaines, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui (voir mon article de la semaine dernière).La performance du portefeuille « balanced » a été de 25 % supérieure à la performance d’un portefeuille 100  % actions, alors même que la performance de l’obligation longue US a été inférieure aux deux autres actifs.

Merveille de la corrélation négative entre actifs…Pour résumer, depuis l’automne dernier, je ne cesse de dire qu’il faut faire baisser la volatilité de son portefeuille.  Je l’ai fait, et pour l’instant. cela ne me coûte rien et je dors fort bien la nuit, me contrefoutant de ce que font les banquiers centraux

Ce qui est précieux.

Cet article est précédemment paru sur le site de l'Institut des Libertés

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