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Quand un proviseur invite une de ses élèves juives à changer de lycée pour éviter d’être la cible de ses camarades
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L'école pour tous ?

Quand un proviseur invite une de ses élèves juives à changer de lycée pour éviter d’être la cible de ses camarades

Il paraît que c’est la loi du genre. Pouvez-vous faire en sorte qu’on change de genre ?

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Madame la Ministre. Je mets "la" car si j’avais écrit "le", vous m’auriez aussitôt assimilé à un quelconque député UMP sexiste et ma lettre serait allée immédiatement au panier. Donc, ayant fait le nécessaire, j’espère que vous me lirez.

Madame la Ministre. Je suppose, vous sachant très occupée, que vous n’avez pas le temps de lire la presse de province, en l’occurrence deux excellents journaux, la Provence et le Midi Libre. Pour vous faire gagner du temps, je vais vous résumer l’histoire qu’ils racontent.

Il s’agit d’Esther, 16 ans, scolarisée dans un lycée d’Avignon. Un jour, elle eut le malheur de confier – l’inconsciente ! – à une de ses condisciples qu’elle était juive. C’est alors que commença pour elle une période infernale. Insultée, humiliée, harcelée pendant des mois. Messages antisémites sur sa page Facebook.

Sa mère alla voir le proviseur. Il compatit, leva les bras au ciel et suggéra qu’Esther change de classe. Ce fut fait. Mais ses tortionnaires (vous avez un autre mot ?) ne désarmèrent pas. Esther fit une dépression. Et le proviseur demanda que, "pour sa sécurité", elle quitte l’établissement.

Vous ne connaissiez pas cette histoire, Madame la Ministre ? L’inspection académique ne vous a pas alertée ? Des professeurs indignés ne vous ont pas écrit ? Des fédérations de parents d’élèves n’ont pas hurlé ? Manifestement non. Sinon – je ne veux pas en douter un seul instant – vous auriez, Madame la Ministre, fait une déclaration solennelle pour dire que tous les enfants de la République avaient droit à l’école de la République. Maintenant, si j’en crois les deux journaux déjà cités, Esther est chez elle à la maison. Elle sait que ses bourreaux (je ne trouve pas ici non plus d’autre mot) sont toujours au lycée d’où ils l’ont chassée. Sa mère cherche pour elle un autre établissement. Il est possible – et c’est triste – qu’elle regarde de près la composition ethnique des classes de lycée où elle envisage de mettre sa fille.

Voyez-vous, Madame la Ministre, il est probable qu’Esther sorte de l’enseignement public, laïc et républicain. Apparemment, il n’y a pas à Avignon de lycée juif. En revanche, les établissements catholiques ne manquent pas. Ils accueillent aussi des enfants juifs et musulmans. Aucune insulte antisémite n’y est tolérée. Vous voulez vraiment, Madame la Ministre, qu’Esther soit scolarisée chez les curés ?

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