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Quand François Hollande relance la mode des leçons de morale, c’est mauvais signe pour tout le monde
©REUTERS/Ralph Orlowski

Ridicule et néfaste

Quand François Hollande relance la mode des leçons de morale, c’est mauvais signe pour tout le monde

Avertissement à Macron, menaces de sanction à Barroso, délation fiscale encouragée ... le pouvoir n’en finit pas de donner des leçons de morale à tout le monde, et ce faisant, encourage le populisme.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Avertissement à Emmanuel Macron. C’est ce qu’on retiendra du discours traditionnel du président de la République, pour le dernier 14 juillet de son quinquennat.  En fait, une leçon de morale assez prétentieuse à l'encontre d’Emmanuel Macron son ministre de l'Economie.

François Hollande s’est contenté de dire que son ministre de l’Economie était jeune, qu’il devait tout à la famille et qu'il devait respect et fidélité à ceux qui l’ont fait entrer à la cour du roi. François Hollande considère Emmanuel Macron comme un adolescent brillant mais qui fait une crise et remet en cause l'autorité des parents. Bref, un épisode de la vie banal, presque nécessaire. Mais un jour viendra où, comme les ados, il reviendra dans le rang.

"Donc, mon petit, tu as compris, tu ne recommence pas à humilier ou provoquer ta famille, Papa n’est pas content. Donc tu t’habilles proprement, tu restes poli et tout ira bien". 

François Hollande s’est fendu d’une leçon de morale à son ministre de l'Economie. C’est nul, ridicule et néfaste comme comportement. Il avait deux solutions :  

-Ou bien il l’ignorait en faisant mine qu’il n’y attachait aucune importance

-Ou bien il le mettait à la porte

Il a choisi la pire des solutions. Il lui a donné de l’importance, en le gardant sous sa protection au risque d’aggraver sa relation avec Manuel Valls d’un coté et les frondeurs de l'autre.

La vérité dans cette affaire est que François Hollande ne sait pas quoi faire, il compte sur le temps qui passe pour arranger la situation. La vérité est que Macron occupe, (en théorie) une petite part du marché politique dont il aura forcement besoin.

Après tout, Macron défend une offre politique fondée sur la prise en compte des contraintes et la modernisation de la vie économique et sociale. Ça convient très bien à Hollande pour 2017.

Faute d’en discuter sur le fond et de l'annoncer clairement, le président de la République tombe dans la morale. Ça n’est pas son job, un président de la République ne fait pas dans la morale, il devrait faire dans l’efficacité.

Mais la morale est dans l’air du temps en France. La gauche -et parfois la droite- ont très souvent un discours moralisateur à la place d’un discours de gestion efficace.

La classe politique s’octroie une obligation de moyens parce qu'elle est incapable de s’engager sur une obligation de résultats.

Macron c’était hier, mais faut pas oublier qu'il y a quelques mois, le gouvernement a encouragé la délation fiscale. Pour débusquer les fraudeurs, elle envoie un discours moral et demande à tous de faire respecter des comportement d’honnêteté. Formidable ou fort minable !!! 

Pour être clair, le gouvernement encourage, pour des raisons morales, la levée du secret de la vie privée.

Un think-tank a récemment demandé la suppression de l’article de loi permettant à chacun de connaître les impôts de son voisin. Parce que c’est ainsi en France. N’importe qui peut aller à la direction des impôts et demander à consulter les déclarations de n’importe lequel de ses voisins. Il doit simplement prouver qu’il habite à proximité et il doit s'engager à rester discret. 

Cet engagement est une foutaise. Tout le monde peut, avec cette loi, savoir combien son voisin a d’argent, d’enfants, combien il paie de pensions alimentaires et à qui. Bref, si cette pratique se généralisait (et l’idée circule), tout le monde pourrait se méfier de tout le monde, le jalouser, l’espionner, le haïr. Tout cela pour des raisons morales. Mais qu'est- ce que la morale vient faire là-dedans ? Le contribuable n’a qu'une obligation, respecter la loi et payer ses impôts.

La réaction française à l’arrivée de Juan Manuel Barroso, l’ancien président de la Commission de Bruxelles, à la banque Goldmann Sachs est une caricature. Que n’a -t-on entendu comme fadaises ? Et perles de la démagogie : ça n’est pas bien, pas moral (encore), pas éthique, pas correct, "il ne devrait pas en avoir le droit". Du coup, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Harlem Désir, annonce que la France s’opposera à cette nomination ... bien sur. Sauf que la France ne peut rien faire. Et heureusement !

Si on revient sur terre, le sujet du débat est simple. Dans l’état actuel de la règlementation, peut-on s’opposer à l’embauche d’un ancien fonctionnaire de Bruxelles par une grande banque privée ?

Si oui, ça voudra dire que tous ceux qui ont exercé une fonction publique ne peuvent pas retrouver de travail. Il faudra donc les payer à vie. Ce qui est ridicule et couteux. Ce qui voudrait dire que les anciens Premiers ministres, ex président ou anciens commissaires européens auraient dû rester au chômage : Bill Clinton, Tony Blair, Gerhard Schröder et d’autres sont hors la loi. Il y a quelques Français aussi mais assez peu. Pourquoi ? Pas pour des raisons morales mais pour des vrais raisons bien concrètes :  ils ne parlent pas bien l’anglais et les grandes entreprises internationales n’en veulent pas.

Sinon, ça veut dire qu’il faudrait quelques règles et quelques principes, mais surtout pas d’interdits, ou d’incompatibilités pour des raisons morales ou éthiques. La France, une fois de plus, s’est ridiculisée grâce à monsieur Harlem Désir.

Pour en revenir à Jean Manuel Barroso, il ne renoncera pas à son projet. Les seuls qui pourraient le faire capoter, ce sont les dirigeants de Goldman. Ils peuvent se rendre compte que le président de Commission européenne qui aura été le plus inutile de l'histoire de l’Union européenne ne leur servira à rien. Ça n’est pas exclu.

Dans ce cas-là, son éviction n’aura rien à voir avec la morale, mais avec l'intérêt bien compris de la banque.

La gouvernance française donne dans la morale publique parce qu’elle n’a pas de résultats. Ce faisant, elle encourage ceux qu’elle prétend combattre et qui donnent dans le populisme.

Le rappel répété a la morale conduit au harcèlement. Un gouvernement démocratique a d’autres missions que de se trouver des fausses raisons à son impuissance.

Un gouvernement démocratique a pour mission de protéger l’exercice des libertés individuelles. Qu’on arrête de tout contrôler, tout administrer et tout réglementer.

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