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Jean-Luc Mélenchon rencontre le président français Emmanuel Macron à l'Elysée, le 21 novembre 2017, à Paris.
Jean-Luc Mélenchon rencontre le président français Emmanuel Macron à l'Elysée, le 21 novembre 2017, à Paris.
©LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Atlantico Business

Présidentielle très inquiétante si le scrutin est dominé par les partis anti-système

Les chefs d’entreprises vont massivement voter pour Emmanuel Macron, mais ça ne changera rien : le pays sera ingouvernable parce que plus 2 Français sur 3 vont voter pour des candidats et des partis politiques anti-système.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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En 1974, en pleine crise pétrolière, Valéry Giscard DEstaing rêvait dune France dont la gouvernance aurait été assurée et soutenue par 2 Français sur 3. C’était son ambition, son projet que de réunir dans une même coalition, tous ceux qui, sur l’échiquier politique, pensent qu’une responsabilité gouvernementale doit être efficace. Ça devait regrouper la droite libérale dont il était issu, une gauche très sociale-démocrate en passant évidemment par un centre très large et attrape-tout. VGE a sans doute contribué à réformer la France mais na pas gagné son pari puisque les Français ne lont pas reconduit pour un second mandat, préférant confier les clefs de la maison à François Mitterrand qui, lui, a réussi à faire deux mandats, bien aidé par la cohabitation dont on a découvert quelle était une forme de respiration à une démocratie qui peut être sclérosante.

On a beaucoup comparé Emmanuel Macron à Valéry Giscard dEstaing. La jeunesse, la modernité dans la forme, la pratique de langlais, le cursus universitaire, lambition, le goût de la performance. Un peu comme Giscard, Emmanuel Macron a pensé qu’on pouvait gouverner un pays sur le seul critère de lefficacité économique et sociale. Aucune des deux navait tort, certes, lentreprise France a besoin de résultat, cest une condition nécessaire pour réussir, mais pas suffisante. Lentreprise France a aussi besoin que tout le monde soit daccord sur les valeurs qui fondent la cohésion sociale et sur les moyens mobilisés.

Giscard pensait quil pourrait réunir tout le monde sur son logiciel, fondé sur un accord politique et un compromis politique. Macron, lui, a pensé quon pouvait faire du « en même temps » cest-à-dire quon pouvait être à la fois de gauche et de droite. Le premier mandat ne fut pas de tout repos.

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Selon toute vraisemblance, il va réussir à sengager pour un deuxième mandat, ce que navait pas réussi à faire VGE. Mais paradoxalement, il ne sera élu que par moins dun tiers des inscrits.

Si on en croit les sondages, plus des deux tiers des Français sont prêts à voter pour des responsables politiques qui sont, non seulement anti-Macron, mais qui se retrouvent à la tête de formations politiques anti-système. Lesquelles ne sentendent pas et sont même très antagonistes. Leur point commun, cest d’être contre le système politique de la démocratie libérale et évidemment opposés au système d’économie de marché et du capitalisme libéral.

Si on additionne les abstentionnistes, les Français qui se retrouvent dans les formations dextrême droite, les courants de Le Pen ou Zemmour, ou les Français qui sont à lextrême gauche, entre les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon et du parti communisme auxquels il faut ajouter les écologistes déclarés, et aussi tous ceux qui se sont opposés au pass sanitaires ou aux vaccins, on saperçoit que la base électorale dEmmanuel Macron sera très, très étroite.

Parce que tous les opposants à Macron sont à la fois anti-capitalistes, anti-croissance, antimondialistes, très souverainistes, anti-américains et contre lEurope... contre la croissance etc.

Pour les milieux daffaires, et notamment les chefs dentreprises, cette situation porte le risque davoir un pays ingouvernable, parce que ces 2 Français sur 3 sont englués dans la haine de lélite, lignorance de la vérité scientifique, et très souvent, la frustration, parce que la plupart dentre eux veulent néanmoins bénéficier des avantages de la modernité, être protégés par la solidarité et vivre dans la sécurité.

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Alors à qui la faute et comment en sortir ? On touche là au problème qui affecte beaucoup de sociétés démocraties occidentales.

Dans ce groupe des anti-systèmes, on trouve des courants comme la France insoumise qui prône officiellement la fin du système capitaliste, et son remplacement par un système collectiviste et étatique géré dans le cadre dune 6e république. Des communistes nostalgiques des organisations marxistes et planificatrices. On trouve les derniers socialistes qui rabâchent leurs critiques contre l’économie de marché mondialisée sans avoir jamais su proposer une alternative.

On trouve une majorité d’écologistes qui considèrent que le ralentissement de la croissance et par conséquent de la consommation seraient le remède clef pour lutter contre le réchauffement climatique. A droite ou à lextrême droite, on rêve dune société souveraine, protégée par des frontières hermétiques et régie par des régimes plus ou moins autoritaires.

Cette France anti-système ne reconnaît pas les avantages dune Europe plus solidaire, dune croissance plus forte créatrice de richesse, et sans doute pas dindustrie nucléaire alors quelle apporterait quand même une réponse aux besoins en électricité, à un prix compétitif dans des conditions décarbonées, en saffranchissant des approvisionnements en gaz et pétrole.

La conjonction entre tous ces partisans dun autre monde que celui dans lequel nous vivons est très inquiétante, parce quelle noffre pas de visibilité. Elle ne devrait pas empêcher Emmanuel Macron d’être réélu, mais elle n'annonce pas l'émergence dune sociale-démocratie ou même dune composante libérale qui pourrait construire un programme de gouvernement responsable et alternatif...

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