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Pourquoi les islamistes n'ont pas réussi à garder le pouvoir en Egypte et en Tunisie
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Éditorial

Pourquoi les islamistes n'ont pas réussi à garder le pouvoir en Egypte et en Tunisie

Que les deux pays déclencheurs des "printemps arabes" soient justement ceux qui ont rejeté l'islam politique au pouvoir après une expérience désastreuse n'est pas anodin.

Yves Derai

Yves Derai

Yves Derai est éditorialiste à Atlantico. Chaque semaine, il écarte les lourds rideaux de velours des palais de la République pour nous en révéler les secrets.

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Même si le retournement de situation n'a pas pris la même forme au Caire et à Tunis, le fait que ces deux pays aient résisté à l'offensive des fous d'Allah n'est pas le fruit du hasard.

La Tunisie et l'Egypte figurent, au sein du monde arabe, parmi les rares pays qui revendiquent une forte identité nationale forgée au cours d'une longue histoire que le monde entier connaît, ces deux pays ayant pour autre caractéristique commune d'être des destinations touristiques très fréquentées. La grande civilisation égyptienne est fortement ancrée dans la mémoire collective du peuple égyptien, ahuri, pendant la période Morsi, d'entendre chaque jour les Frères musulmans proposer des projets les uns plus saugrenus que les autres visant à  gommer petit à petit un passé aussi prestigieux .

Un exemple? Les proches de l'ancien président Mohamed Morsi, actuellement jugé au Caire pour son évasion de prison en 2011, avaient envisagé de recouvrir de cire les statues représentant des pharaons et dieux de l'Ancienne Egypte, monuments par eux considérés comme idolâtres et donc, incompatibles avec l'application de la Charia! La majorité des Egyptiens ont refusé l'ensevelissement de leur passé au profit d'une renaissance "panislamique" et ont donc soutenu le coup de force de l'armée dirigé par le Général Sissi qui a fait arrêter la plupart des leaders islamistes.

En Tunisie, l'on est très attaché à la figure de Didon, princesse phénicienne arrivée sur les côtes tunisiennes en 814 avant JC, qui deviendra la première reine de la Grande Carthage. Tous les spectacles présentés à Tunis retraçant l'histoire du pays commence par l'épopée de Didon qui s'immola par le feu pour ne pas avoir à épouser un seigneur local. Leïla ben Ali, l'épouse de l'ancien président tunisien, avait favorisé la création d'un club de femmes de pouvoir appelé le club Elyssa, l'autre nom de la reine Didon, ce qui lui valut des critiques acerbes des islamistes tunisiens qui se retrouvèrent après la chute des Ben Ali sous la bannière du parti Ennahda.

En Tunisie, le peuple n'a pas eu besoin de l'armée et d'un général à la poigne de fer pour infliger une sévère défaite à Ennahda qui s'est retiré du pouvoir sous la pression conjuguée de la société tunisienne et des autres forces politiques du pays. La constitution qui sera prochainement votée par le Parlement défend des principes de pluralisme, d'indépendance et de parité/hommes femmes jamais vus dans aucun pays arabe. Puis auront lieu, courant 2014, les élections présidentielles et législatives qui devraient porter au sommet de l'Etat une coalition en phase avec cette nouvelle constitution.

Que les deux pays qui ont allumé l'incendie des "printemps arabes" soient justement ceux qui rejettent l'islam politique au pouvoir après une expérience désastreuse est, à mon sens, un événement majeur sur lequel on ne braque pas suffisamment les projecteurs. Et que l'Europe - et notamment la France - hésite à accompagner ce mouvement historique est un symbole éloquent de la faiblesse de sa diplomatie.

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