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Pourquoi l'absence de légitimité du professeur l'empêche de mener à bien sa mission
©Reuters

Bonnes feuilles

Pourquoi l'absence de légitimité du professeur l'empêche de mener à bien sa mission

Pendant l'été, Atlantico publie les bonnes feuilles d'ouvrages remarquables. Aujourd'hui, "L'Ecole à la ramasse", de Michel Fize, publié aujourd'hui 21 août aux éditions de l'Archipel.

Michel Fize

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont La Démocratie familiale (Presses de la Renaissance, 1990), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Jeunesses à l'abandon (Mimésis, 2016), La Crise morale de la France et des Français (Mimésis, 2017). Son dernier livre : De l'abîme à l'espoir (Mimésis, 2021)

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Le métier d’enseignant – qui est celui d’un « transmetteur » – est en crise. Métier déconsidéré s’il en est. La déconsidération est déjà dans les mots : le maître est devenu le prof.

Déconsidération dans le traitement : un stagiaire commence à environ 2 000 € brut par mois, un professeur après trente ans de carrière touche 4 500 € brut. Selon l’Insee, les profs perçoivent une rémunération inférieure de 35 % à celle d’un cadre non-enseignant de la fonction publique. Déconsidération dans la fonction : le maître enseignait, le prof fait cours. À l’occasion de l’agression violente commise par un garçon de 15 ans sur une professeur au lycée Branly de Créteil (Val-de-Marne), en octobre 2018, les langues se sont déliées sur twitter, #PasDeVague.

Des milliers d’enseignants, principalement du second degré, ont raconté leurs difficultés quotidiennes : manque de soutien de leur hiérarchie qui minimise leurs problèmes ou, tout simplement, les « met sous le tapis », manque d’écoute des élèves. Les conclusions des études Pisa (programme international du suivi et des acquis des élèves) menées par l’OCDE dans plus de 70 pays sont sans appel à cet égard. Si l’on excepte la Tunisie, c’est en France que l’indiscipline en classe est la plus répandue. Établissements publics et privés sont touchés (un peu moins pour ces derniers). La salle de classe française est ainsi caractérisée par un désordre permanent, fait de bruits et de chuchotements, de bavardages constants. Une prof, Florence Ehnuel, explique qu’une salle de classe, c’est un brouhaha permanent, tout juste ponctué de quelques pauses de silence, « un amoncellement de détritus formé par toutes ces phrases inutiles, intempestives, simultanément envoyées de toutes parts ». Le bavardage est désormais général, banal. Bien sûr, « il y a peut-être des degrés de chaos sonore selon les matières, selon les personnalités des enseignants, mais tous les cours sont touchés ». Seule une minorité des élèves, ajoute Mme Ehnuel, ne bavarde pas en cours aujourd’hui, ceux que l’on appelle les « intellos ». C’est fort lucidement que cette prof note que le bavardage des élèves en classe n’est pas une question d’autorité du prof (ou plutôt d’absence d’autorité), mais une question d’époque.

Assurément, nous vivons dans une société bavarde, la palme revenant désormais aux réseaux sociaux, devenus le lieu de rencontre de tous les bavards de la planète. On bavarde actuellement comme on respire ! Et cela vaut tant pour les smartphones : le nombre des textos envoyés, et biensouvent leur longueur, est proprement hallucinant (constat qui vaut pour toutes les générations).

Selon Florence Ehnuel, les élèves bavardent pour trois raisons : par provocation (bravade), par ennui, par impatience (ce que l’on a à dire, on veut le dire tout de suite pour ne pas l’oublier).

Absence d’autorité des profs ? Nullement donc, comme le dit Florence Ehnuel.

Les enseignants, c’est sûr, souffrent moins de carences d’autorité que d’une perte de légitimité. Autrefois, c’est le statut qui conférait l’autorité au maître et le faisait respecter par les élèves. C’est son savoir qui lui donnait son pouvoir. Placé dans une situation d’ascendance « naturelle » sur l’élève, le « hussard de la République » transmettait sa discipline sans heurt ni contestation. « L’ascendant que le maître a naturellement sur son élève, par suite de la supériorité de son expérience et de sa culture, écrivait Durkheim, donnera naturellement à son action la puissance efficace qui lui est reconnue. »

Extrait de L'Ecole à la ramasse de Michel Fize, paru aux éditions L'Archipel, le 21 août 2019.

 

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