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Des ouvriers du bâtiment travaillent sur un chantier de construction à Saint-Denis le 05 mai 2020.
Des ouvriers du bâtiment travaillent sur un chantier de construction à Saint-Denis le 05 mai 2020.
©BERTRAND GUAY / AFP

Déclin démographique et pénuries de main d’œuvre

Plus d’immigration pour soutenir l’économie européenne : le énième rapport qui prend le problème à l’envers

Selon une étude du Center for Global Development, les pays européens seront bientôt confrontés à un manque de main-d’œuvre. L'Europe comptera 95 millions de travailleurs de moins en 2050 qu'en 2015. Le Center for Global Development préconise le recours aux migrants face aux tensions budgétaires. Dans un récent rapport, François Bayrou, Haut-Commissaire au Plan, a indiqué que la natalité et les migrations doivent « assurer l'avenir démographique » de la France.

Arnaud Lachaize

Arnaud Lachaize

Arnaud Lachaize est universitaire, spécialiste de l’immigration. 

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Atlantico : Selon une étude du Center for Global Development, les pays européens à la population vieillissante feront bientôt face à un manque de main-d’oeuvre. Ainsi leur solution à la chute de la natalité est la migration. En parlant de cette option prennent-ils en compte les coûts réels de l’intégration et la formation des populations ? 

Arnaud Lachaize : Depuis les années 2000, ce genre de rapport préconisant une large ouverture de l’Europe à l’immigration pour des raisons démographiques et économiques abonde. L’un des plus connus est le rapport de la division des populations de l’ONU du 21 mars qui estimait nécessaire l’arrivée de 1,3 milliard d’immigrés pour préserver le ratio actifs/retraités sur le continent européen avant 2050. De fait l’approche semble plus idéologique que scientifique. Elle sublime l’immigration comme remède miracle mais semble tourner le dos au monde des réalités. Depuis la crise sanitaire, l’Union européenne compte 16 millions de personnes privées d’emploi et la France compte 4 à 6 millions de chômeurs selon les modes de décompte. Quel sens il y aurait-il à ouvrir davantage l’immigration de travail tant que tant de personnes sont exclues du marché du travail y compris de nombreux descendants des immigrants précédents ? En outre, ce genre d’étude ferme les yeux sur une évidence : l’Europe comme la France en particulier, accueillent déjà des populations immigrées en grand nombre. Selon eurostat, 2,9 millions de migrants se sont installés dans l’Union européenne en 2019, soit un doublement par rapport aux flux du début des années. Accueillir encore davantage ? cela n’a pas beaucoup de sens. Quant au raisonnement de très long terme, il est toujours le même : on se projette à l’aveuglette dans l’avenir sans avoir la moindre idée des crises et des drames de demain.

Une politique nataliste a-t-elle un meilleur effet sur le long terme ? 

C’est un sujet absolument tabou en Europe. L’idée de politique nataliste renvoie à des souvenirs maudits : les nationalismes totalitaires des années 1930 et 1940. Donc il n’est pas question d’en parler. Là aussi l’idéologie est omniprésente. C’est oublier que les gouvernements de la Libération, issus de la résistance française, y ont abondamment recouru dans les années de reconstruction. Les politiques publiques dans ce domaine ont un effet sensible. Ainsi, on voit bien que les mesures adoptées par les gouvernements français depuis quelques années, notamment le conditionnement des allocations familiales au revenu du foyer ont favorisé une baisse de la fécondité. Or, si l’on raisonne à échéance de 2050, les naissances d’aujourd’hui feront les compétences de demain il y aurait donc tout intérêt à favoriser une politique de croissance démographique naturelle. Mais l’idéologie dominante est totalement verrouillée là-dessus. En vertu de la repentance et de la haine de soi, il est honteux de vouloir favoriser les naissances en Europe et la seule solution moralement acceptable – comme le dit ce rapport – c’est le recours à l’immigration.

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Le recours aux populations immigrés ne risque-t-il pas d’exacerber les tensions politiques à ce sujet très présentes en ce moment sur le continent ?

Le décalage entre les idéologies dominantes, portées par le pouvoir médiatique, la gauche intellectuelle et politique bien-pensante et largement, les équipes au pouvoir en Europe veulent plus d’immigration en excluant toute idée de politique nataliste. Mais les opinions européennes ne l’entendent pas ainsi. Le sondage CEVIPOF sur « les fractures françaises » montre que pour 66% des Français « il y a trop d’étrangers ». Ce niveau est stable dans le temps, plutôt en hausse dans les périodes de crise et il se retrouve partout dans les autres pays de l’Union européenne. Les populations européennes veulent préserver un mode de vie, de valeurs et de croyances s’attachant aux traditions européennes. Elles redoutent les phénomènes d’exclusion et de communautarisation liées à l’arrivée en grand nombre de populations venues d’autres continents sans les moyens de s’intégrer et encore moins de s’assimiler, surtout dans le contexte européen de chômage massif et d’explosion de la pauvreté. Alors que faire ? Pour les idéologues et les élites dirigeantes l’immigration se confond avec le bien. Le peuple, lui, n’en veut pas. Il reste à faire taire le peuple et à abolir la démocratie de fait en faisant prévaloir les normes bureaucratiques et les jurisprudences sur le suffrage universel. C’est toute la tragédie de notre temps.

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