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Paris 2024 : derrière l'enthousiasme olympique, qui seront les gagnants et les perdants de l'organisation des jeux en France ?
©Reuters

Le rêve et la réalité

Paris 2024 : derrière l'enthousiasme olympique, qui seront les gagnants et les perdants de l'organisation des jeux en France ?

C'est officiel Paris aura les JO de 2024. Les jeux olympiques et la facture qui va avec évidemment. Et celle-ci va être salée. Les retombées pour les grands groupes sont certaines mais pour les Français...

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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Atlantico : Le budget prévisionnel concernant les Jeux olympiques de 2024 à Paris est de 6.6 milliards d'euros. Si la première partie, le Cojo, dotée de 3.3 milliards devrait être à l'équilibre ou bénéficiaire, comme il a pu l'être au cours des dernières éditions, les doutes subsistent concernant les "investissements pérennes". Derrière ces dépenses, comment peut on mesurer les retombées financières globales de l'opération ? Géographiquement, qui seront les principaux bénéficiaires ? Peut-on envisager des "perdants" ?

Alexandre Delaigue : Ce qu’il faut noter, c’est que de manière générale, les JO ont toujours eu tendance à dépasser leur budget, et parfois dans des proportions extrêmement importantes. En moyenne, le taux de dépassement fait qu’on multiplie par trois. Les dépenses sont 170% plus élevées que prévu. Cela inclut Montréal, où ça a été multiplié par huit, et d’autres villes dans lesquelles les dépassements de budget ont été un petit peu moins importants. Tout cela ne présage pas beaucoup d’optimisme pour les JO parisiens. Sachant qu’il y a des variations importantes, et que les JO ont toujours dépassé leur budget. Ce sont en général les constructions d’infrastructures qui augmente le plus les dépenses. Mais contrairement aux Jeux Olympiques traditionnels où des petites villes candidates se retrouvent avec dix, quinze grosses infrastructures à construire à avec d’important dépassement à la clé, dans le cadre de Paris il y a deux grands bâtiments à construire. Donc sur cette première grande source de dépassement, on a quelque chose comme deux milliards d’euros. Ça ne va pas rentrer dans des mêmes proportions que ce qu’on avait pu rencontrer dans des olympiades précédentes. Ensuite, il y a le budget de la sécurité, mais celui-ci est déjà assez élevé. Donc on n’aura pas le même genre de surprise désagréable comme à Londres où ils ont été obligés de débourser quasiment un milliards après les attentats. A Paris, ils ont budgété à peu près dans ces eaux-là. Les dépenses vont donc probablement dépasser le budget. Mais est-ce que ce sera plutôt des dépassements dans la fourchette basse, ou la fourchette haute? Pour l’instant, je suis optimiste et espère - en tant que contribuable français - que ce sera plutôt dans la fourchette basse. 

Accor, Air France, Sodexo, Société Générale, BNP, Atos sont cités parmi les entreprises qui pourraient le plus profiter de l’événement, tout comme l'américain Airbnb cependant, en dehors des grands groupes, quels sont les bénéfices financiers que pourra en retirer la population française ?

Les bénéfices financiers ne sont pas très importants. Il y a effectivement une billetterie et des touristes qui viennent. Mais il faut voir que Paris est déjà une ville extrêmement touristique, donc il n’y a pas de raison particulière pour qu’il y ait plus de touristes à ce moment-là. Autant vous avez des villes qui peuvent essayer de se faire une réputation. Dans le cas de Paris, ce n’est ni nécessaire, ni vraiment effectif. Effectivement, les grandes entreprises comme AirBnb seront bénéficiaires. Ce sont des multinationales, quelque soit le pays où ils travaillent ce sera toujours à leur avantage. Du côté des parisiens, faut pas s’attendre des retombées considérables. Du côté des entreprises, elles vont payer pour avoir un budget sponsoring, et pouvoir utiliser l’image de marque. Il faut surtout nuancer toutes les prévisions optimistes telles que des gains de l’ordre de dix milliards d’euros. Dans la réalité, il faut diviser ça pratiquement par trois. La région ne va rien gagner ; on va construire des infrastructures qui auraient été de toute façon construite. On va construire des bâtiments olympiques qui étaient déjà prévus comme des cité U.

Quels sont les risques de voir s'accroître des fractures au sein des populations, notamment en Seine Saint Denis, notamment au travers des questions de logement, de transports etc...Quels sont les risques de voir la gentrification être accélérée dans le département, de voir une nouvelle population bénéficier des avantages alors que les "anciens" habitants seraient repoussés dans d'autres zones ?

Ce n’est pas impossible. Mais ce n’est quand même pas le Brésil, dans lequel le risque était extrêmement important et les bénéfices pour la population avoisinaient zéro. Du côté de Seine Saint-Denis, on peut prendre l’exemple du Stade de France qui a servi de cas d’école. On ne peut pas dire que ce dernier ait considérablement amélioré les choses. Mais ça n’a pas créé un gouffre. Le processus de gentrification va de toute façon se produire ; les prix du logement à Paris sont tellement élevés qu’automatiquement, toute la petite ceinture est amenée, à terme, à se gentrifier. Ce n’est pas un processus qui ne dépend pas que des JO.

 

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