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Panne du satellite européen Galiléo : pas grave pour cette fois mais l’apocalypse par les bugs de géolocalisation nous guette
©Esa

Chaos en vue ?

Panne du satellite européen Galiléo : pas grave pour cette fois mais l’apocalypse par les bugs de géolocalisation nous guette

Selon l'Agence spatiale européenne, plusieurs horloges atomiques de certains des 18 satellites européens Galileo (le fameux GPS européen, récemment lancé dans l'espace), sont en panne. Si cela "n'affecte pas pour le moment" le système de navigation, cet incident rappelle la dépendance dangereuse de notre monde aux systèmes GPS.

Michel Nesterenko

Michel Nesterenko

Directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

Spécialiste du cyberterrorisme et de la sécurité aérienne. Après une carrière passée dans plusieurs grandes entreprises du transport aérien, il devient consultant et expert dans le domaine des infrastructures et de la sécurité.

 

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Atlantico : Fin janvier 2016, le système GPS mondial a connu une situation presque inédite et s'est temporairement déconnecté. Les conséquences ont été multiples et dispersées partout sur la surface du globe. Dans quelle mesure une déconnexion plus longue du système GPS pourrait-elle impacter un pays comme la France ? Quel en serait l'impact réel ?

Michel Nesterenko : C'est un système électronique utilisé dans tous les pays de la planète qui est concerné. Un dysfonctionnement grave affectera tous les pays sans discrimination y compris le pays émetteur s'il s'agit d'une attaque informatique. Même le hackeur sera affecté très rapidement et rendu inopérant.

L'impact réel sera un chaos temporaire de courte durée, c'est-à-dire quelques jours au plus. Tous les pans de la société humaine seront affectés plus ou moins et au bout de deux ou trois jours les dysfonctionnement seront sporadiques. Il est peu probable que tout s'arrête car les systèmes informatiques, plus ou moins complexes, seront affectés de manière différente en fonction de leur version et de la date de mise en service. Dans certains secteurs comme par exemple pour les avions dans l'aéronautique, il existe des systèmes de plateformes inertielles (pas de GPS) ou radio-électriques d'ancienne génération qui ne seront pas affectés et qui permettront de naviguer comme par le passé. 

La désorganisation produite par les pannes électroniques aura un impact économique de grande ampleur. Peu de secteurs ne seront pas affectés. Le retour à la normale économique prendra plusieurs mois. 

Quelles peuvent-être les raisons d'une telle déconnexion systémique ? Les risques d'attaques numériques visant à mettre un pays comme la France à genoux sont-ils réels ?

Seuls trois pays ont vraiment les moyens de produire de telles pannes sur commande. Ce sont en tout premiers les Etats-Unis, puis la Russie et la Chine. Aucun de ces pays ne tenterait une telle attaque car ses propres armées seraient substantiellement neutralisées du fait de leur grande dépendance sur les satellites et les systèmes GPS.

Le président Obama vient de nous en donner l'exemple, quand après avoir publiquement menacé la Russie d'une telle attaque, il fut immédiatement forcé d'oublier sa menace face aux conseils des experts militaires. Si une telle attaque américaine avait lieu, c'est l'Europe et la France qui auraient payé le prix fort car les systèmes russes essentiels sont largement protégés. Et pourtant, ni le président Hollande ni la chancelière Merkel n'ont réagi.

Ce n'est pas là un type d'attaque affectionné par les terroristes car ce n'est pas glorieux. De plus, une telle attaque demande des années de préparation et beaucoup de moyens financiers. Il est beaucoup plus simple et peu coûteux de conduire un camion volé sur un trottoir ou dans un marché. 

Comment expliquer une telle fragilité et une telle dépendance mondiale à l'égard du système GPS ? Comment s'en affranchir (et donc se protéger) davantage ?

Le GPS, comme la micro-informatique, a permis des gains de productivité phénoménaux et ces gains ne font que commencer.

Au-delà de la sécurité du système GPS, se pose la question de la sécurité informatique. La menace est réelle et présente. Les parades efficaces existent mais sont coûteuses et exigent une formation de tous. Et pourtant, pratiquement rien n'a été fait. Le Pentagone et les ordinateurs de l'armée et du gouvernement américain sont régulièrement visités en toute impunité. Le système financier, les banques et encore plus les hôpitaux ne sont pratiquement pas protégés.

Les dirigeants politiques qui ont le pouvoir de changer les choses aujourd'hui n'ont pas grandi et fait leurs études dans la société informatique. La sécurité informatique n'est toujours pas une matière principale du curriculum de nos écoles secondaires et collèges. Donc il faut s'attendre à peu de changements.

De plus, il s'agit là d'un phénomène considéré comme accidentel et comme il y a peu (ou pas) de morts, la parade peut attendre car nos leaders politiques ont leur attention focalisée sur des questions avant tout politiques.

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