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Enfin !

Ouf, le baril de brent baisse !

Baisse de la demande à cause de la crise de la zone euro ou encore apaisement des tensions avec l'Iran ... Le prix du Brent est actuellement en baisse à 105 dollars contre plus de 120 dollars il y a quelques semaines. Malgré tout, ce prix reste toujours quatre fois plus élevé qu’il y a dix ans. Idem, pour le litre d’essence...

Thomas Porcher

Thomas Porcher

Thomas Porcher est Docteur en économie, professeur en marché des matières premières à PSB (Paris School of Buisness) et chargé de cours à l'université Paris-Descartes.

Son dernier livre est Introduction inquiète à la Macron-économie (Les Petits matins, octobre 2016) co-écrit avec Frédéric Farah. 

Il est également l'auteur de TAFTA : l'accord du plus fort (Max Milo Editions, octobre 2014) ; Le mirage du gaz de schiste (Max Milo Editions, mai 2013).

Il a coordonné l’ouvrage collectif Regards sur un XXI siècle en mouvement (Ellipses, aout 2012) préfacé par Jacques Attali.

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Le prix du Brent est actuellement en baisse à 105 dollars contre plus de 120 dollars il y a quelques semaines. Cela s’explique d’une part par une pression à la baisse sur la demande de pétrole due à l’instabilité de la zone euro avec la crise grecque et d’autre part, par le relâchement de la pression sur l’offre due à un apaisement des tensions en Iran notamment avec l'annonce par l'AIEA de l'envoi d'une mission d'inspection du programme nucléaire iranien. La « prime de risque », ou plutôt la « bulle », qui s’était formée sur le marché du pétrole au début de l’année semble avoir disparu. Pourtant la baisse risque de ne pas durer car le scénario ressemble étrangement à celui du dernier trimestre 2011.

En effet, entre septembre et novembre 2011, le cours du Brent avait entamé une baisse faisant dire à certains spécialistes que nous étions face à un scénario proche de 2008 où le prix du pétrole avait chuté de 148 à 40 dollars. En 2011, la baisse des prix s’expliquait d’une part par une baisse de la demande à cause de la crise de la zone euro et d’autre part, par une augmentation de l’offre grâce à une reprise plus rapide que prévu de la production libyenne. Nous étions donc dans une configuration proche de celle d’aujourd’hui avec un prix du pétrole qui subissait une pression à la baisse sur la demande et un relâchement sur l’offre. Mais le prix n’a pas entamé de forte baisse comme en 2008 et le baril est reparti rapidement à la hausse à partir de janvier 2012. Avant d’anticiper une chute d’une grande ampleur du prix du Brent, plusieurs facteurs sont à prendre en compte :

  • Premièrement, le comportement des opérateurs de marché. Dans le contexte économique et géopolitique actuel, les opérateurs de marché les plus puissants –c’est à dire ceux qui ont la capacité d’influencer le marché- ont anticipé une baisse du prix et liquidé leur pétrole, le prix a baissé. D’autres opérateurs ont ensuite suivi. La prophétie des opérateurs puissants devient auto-réalisatrice et les mouvements sur les prix du pétrole sont amplifiés à la baisse par les comportements moutonniers. Mais à terme, ce sont ces mêmes opérateurs (les puissants) qui décideront de siffler la fin de la partie en rachetant leur pétrole à un prix plus faible –et jugé suffisant pour réaliser une plus value convenable- et feront ainsi remonter les prix. Ne l’oublions pas : les spéculateurs n'ont pas intérêt à une situation stable car ce sont les mouvements sur les marchés et donc l’instabilité qui permettent au plus rapide de réaliser des plus-values. Il faut, bien sûr, noter que les actions des opérateurs dépendent des anticipations des mouvements sur les fondamentaux et une explosion de la zone euro entraînerait très probablement une forte baisse du prix du pétrole.

    • Deuxièmement, il faut noter que l’OPEP ajuste ses quotas en suivant l’évolution de la demande, de sorte que l’offre égale tout juste la demande. Un niveau de prix précis est difficile à établir car il dépend de l’action non-coordonnée de l’OPEP et des compagnies pétrolières mais également de la force de la crise qui pèse sur la demande. A cela, il faut également ajouter la spéculation. Mais on peut assurément prévoir que si le prix subit une forte variation à la baisse –qui proviendrait d’une forte baisse de la demande à cause de la crise- l’offre rééquilibrera le marché et le prix remontera. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé entre décembre 2008 et juin 2009 où le prix -après avoir dégringolé de 150$ à 40$- était passé de 40$ à 70$ à cause de la double compression de l’offre. Le problème est que, face à la crise inédite de 2008, l’OPEP avait tardé à réagir et avait du se réunir deux fois pour réduire son offre ce qui n’aura probablement pas lieu cette fois-ci (en cas de grave crise).

      • Troisièmement, il ne faut pas oublier que depuis 2004, malgré des fluctuations à la baisse, le prix est structurellement orienté à la hausse : en 2011, le prix moyen du baril de Brent s’élevait à 112 dollars contre 79 dollars en 2010, 61 dollars en 2009 (année de la crise) et 97 dollars en 2008 (année du pic à 148 dollars). Même si depuis trois semaines, le pétrole baisse, le trend (tendance de longue durée) reste à la hausse et les coûts d'extraction des pétroles ne font qu’augmenter. Dans ce contexte, la tendance moyenne sur le long terme du prix du pétrole reste à la hausse.

Derrière les périodes ponctuelles de baisses des prix du pétrole se cachent donc une tendance à la hausse depuis huit ans. Il faut le rappeler : aujourd’hui le prix du Brent est en baisse et vaut 105 dollars, mais ce prix reste toujours quatre fois plus élevé qu’il y a dix ans. Idem, pour le litre d’essence, le SP95 est en baisse à 1,56 euro mais reste supérieur au prix moyen de 2011 et de 2010 (respectivement 1,50 et 1,35 euro). Les fluctuations des marchés à court terme ont depuis trop longtemps dictés les agendas des politiques, il est temps d’entamer une véritable réflexion sur la transition énergétique et la composition des prix des carburants.

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