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Ordonnances : 94% des entreprises françaises vont enfin pouvoir négocier des accords
©LOIC VENANCE / AFP

At last

Ordonnances : 94% des entreprises françaises vont enfin pouvoir négocier des accords

Les ordonnances qu'Emmanuel Macron va promulguer ce vendredi constituent bien une révolution sociale, contrairement à ce qui en est colporté. Elles font brutalement basculer 94% des entreprises dans le monde de la négociation. Alors ne boudons pas notre plaisir!

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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94% des entreprises vont enfin pouvoir négocier des accords! Par une étrange ironie de l'histoire, facilitée il faut le dire par le vide politique de la majorité parlementaire, cette révolution majeure à laquelle Emmanuel Macron attachera indéfectiblement son nom passe pour une régression sociale.

La France est probablement le seul pays industrialisé où le développement de la négociation avec les salariés est vécu comme une manoeuvre obscurantiste alors que, dans de nombreux endroits du monde, cette possibilité fait rêver. Il faut vraiment détester ses entreprises et ses entrepreneurs pour croire que négocier avec eux ou en leur sein soit toxique. 

Des entreprises interdites de négociation jusqu'ici

Si l'on regarde l'histoire par l'autre bout, pourtant, il y a de quoi pâlir. Il a fallu attendre 2017 pour que 94% des entreprises françaises, dépourvues de représentation syndicale, acquièrent le droit de négocier des accords en dehors des branches. Encore cette étape est-elle franchie en même temps qu'un renforcement effectif des dites branches.

Il est assez confondant de voir les apôtres de la démocratie sociale, du mouvement social, et autres "social" à tous bouts de champ, descendre aujourd'hui dans la rue au nom de leurs idéaux pour combattre une décision pourtant évidente. En vérité, ce qu'ils appellent la démocratie sociale n'est rien d'autre que la grande tradition corporatiste française, celle des professions réglementées qui a fait florès depuis l'Ancien Régime  jusqu'à aujourd'hui en passant par Vichy.

Sur le fond, il ne serait  pas inutile que les entrepreneurs investissent dans un mouvement de fond pour éradiquer ces réactions corporatistes face à l'émergence de la modernité économique.

Développer une culture de la négociation, un enjeu pour demain

S'ouvre aujourd'hui un défi pour les entreprises: apprendre à négocier des accords. Cela suppose de former non seulement les salariés mais les entrepreneurs eux-mêmes au droit de la négociation. Et de clarifier les sujets possibles de celle-ci.

Les sujets ne manqueront pas, sur l'organisation du travail, sur la rémunération, sur les aspects sociaux de la vie en entreprise. Le vrai péril serait aujourd'hui que les entreprises ne s'emparent pas de ce nouveau droit. 

Cet article a été initialement publié sur le site Décider & Entreprendre

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