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Numérique, Ubérisation : Fin du monde français ? Comment pouvons nous muter pour rebondir ?
©geralt - Pixabay

Les entrepreneurs parlent aux Français

Numérique, Ubérisation : Fin du monde français ? Comment pouvons nous muter pour rebondir ?

Chaque vertu, chaque qualité, dans un monde éternellement dual, porte en elle son contraire, tapi dans l’ombre. Ce double maléfique, qui fait la magie de l’humanité, et ses pires cauchemars, attend toujours le pire moment pour le révéler, surtout aux impudents et arrogants, qui avancent avec des certitudes dans un monde incertain.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Avancer à vive allure sur une route mouillée quand on souhaite se persuader que la route est sèche et le temps ensoleillé, vous mène à coup sûr vers le mur le plus proche. On le voyait bien ce mur, mais l’arrogance et l’aveuglement vont de pair.

C’est ce qui pourrait arriver à la France. Ou pas. Tout dépend de notre capacité à accepter la réalité ou à continuer à la nier.

La réalité, la route mouillée, c’est la domination mondiale des USA et de la Chine. Trump ou pas, l’Amérique avance, et l’investissement ne dort jamais. Les acteurs américains sont imperméables aux coups de menton de leur « N°1 », et ne sont pas décoiffés par sa coupe invraisemblable. 

Bien plus impressionnante, la Chine, avance à pas de géants, grâce à l’argent que les économies développées lui ont donné, en lui léguant leur industrie depuis 30 ans au nom de la productivité et du pouvoir d’achat. Nous nous sommes achetés, à crédit, notre pauvreté, et dans ce monde décidément dual, la pauvreté des uns, fait la richesse des autres. Forte de sa réserve de devises, la Chine achète tout, partout, sans état d’âme, au service d’un capitalisme d’Etat, qui va donner des leçons à l’Ouest. Le projet Route de la Soie (Silk Road), à lui seul, représente 900 milliards d’investissement pour relier la Chine à 65% de la population mondiale et 70% de ses ressources.

La seule différence entre la Chine et les USA, qui explique la domination maintenue des USA, c’est que personne ne rêve d’être Chinois. Les USA fascinent, culturellement, le monde, par sa musique, ses films, son « American dream ». Pas une personne pour se brider les yeux ou se « jaunir » la peau, en revanche des légions d’Asiatiques, et d’Africains, à travers le monde pour se blanchir la peau, se débrider les yeux. Ou s’injecter dans le « fondement » de quoi imiter la partie corporelle basse de Kim Kardashian. Ce qui en dit long, sur le niveau moyen de la population mondiale et de ses repères.. Mais c’est une autre histoire !

Face à cela. L’Europe. Une belle construction artificielle, qui n’est en rien un continent uni, incapable de véritables décisions communes, sauf pour interdire ou punir, réglementer le fromage ou la hauteur des échelles. Pas de langue, de culture, commune. Autant de marchés à aborder pour la conquérir et une indécrottable volonté d’être la seule à appliquer des règles que les autres bafouent. Au nom de la vertu, même au détriment de l’avenir de ses concitoyens. Qui du coup, votent pour en sortir.

Face à cela. La France. Une belle endormie qui peut-être, se réveille en ce moment, sous le rythme de réformes tous azimuts, peuplée d’un Etat surpuissant et de grands groupes magnifiques. C’est là que notre monde dual, reprend et démontre son pouvoir paradoxal. Notre force d’hier devient notre faiblesse d’aujourd’hui ! Le référentiel habituel disparaît progressivement. Nos groupes et nos états vivent de et dans ce référentiel. La vitesse s’accélère, or un état et un grand groupe, c’est lent. Enfin, les frontières disparaissent et elles nous protégeaient. La monnaie, les métiers, tout est rebattu. Orange devient une banque, Amazon veut avoir sa monnaie, les monnaies ne sont plus l’apanage des Etats, les frontières n’existent plus pour le numérique, chacun vient « voler » la donnée afin de l’enlever à l’autre et lui revendre. Etc.

Notre défi est immense, car il faut changer la culture, la structure, les habitudes, vite et profond. Un défi immense pour un pays que Chirac considérait comme « irréformable ». Pourtant ce sont les hommes attachés aux structures en question qui sont difficilement réformables, pas les autres ! Et les autres, sont nombreux, même si ils, nous, sommes moins puissants. Pour le moment.

Ce que nous devons faire :

Faire muter l’Etat. Avant que d’autres, ne le fassent. Notamment les GAFAM. Ils envahissent progressivement, la sécurité, l’éducation, la monnaie et la santé, piliers traditionnels de l’Etat. Et le font mieux que l’Etat. Même un libéral doit accorder plus de crédit à son gouvernement qu’à une entreprise étrangère !

Aider à la mutation des grands groupes. Ils en parlent, l’ont souvent compris au plus haut niveau et bien plus encore à des niveaux moins élevés, mais faire du digital n’est pas singer les offres des GAFA, c’est changer la culture et l’organisation. Et cela, c’est plus dur. Nous devons nous battre pour nos grands groupes et les aider à muter.

Aider à la « championnisation » des start-up. Cesser avec cette politique qui n’accorde que de la valeur à l’infiniment petit et passer à l’accompagnement vers l’infiniment grand. Pas de champions sans start-up, certes. Mais cela doit être un passage et un état temporaire. Il faut passer cette économie du liquide au solide. Et pour cela éviter de les tuer ou étouffer dès qu’ils passent la tête par la fenêtre des grands et les aider, en investissant massivement, au niveau Européen, à leur succès et en leur DONNANT UNE PREFERENCE EUROPENNE. Le mot est lâché. Même par un libéral. Non pas le protectionnisme, mais l’accompagnement, la préférence, jusqu’à « leur majorité », comme nous le faisons pour nos enfants. Afin qu’ils ne finissent pas en pupille de la nation ravagée par une révolution que nous  nous serons refusé. Par confort. Aveuglement. Paresse.

 

 

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