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Bruno Le Maire, avec le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, et le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, lors de la réunion d'été du Medef à Jouy-en-Josas, le 29 août 2018.
Bruno Le Maire, avec le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, et le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, lors de la réunion d'été du Medef à Jouy-en-Josas, le 29 août 2018.
©ÉRIC PIERMONT / AFP

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Medef : La catastrophe économique et sociale n’aura pas lieu, mais les entreprises qui marchaient mal avant le Covid auront encore besoin de béquilles après

La grande majorité des chefs d’entreprises qui vont se retrouver à l’Université du Medef, demain, rejoignent Bercy et considèrent que la reprise permettra de retrouver le niveau d’activité dès la fin de l’année. Les vagues de faillite et de chômage prévues n’auront pas lieu.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le Medef va tenir son université d’été dans un climat plus éclairé et optimiste que l’an dernier. Il n’empêche que si les problèmes liés au Covid disparaissent, les difficultés antérieures vont resurgir. Les miracles n’existent pas. Les problèmes d’avant non résolus vont revenir à la surface.

N’en déplaise à tous ceux qui avaient, au départ de la crise du Covid prédit une catastrophe économique faite de faillites et de chômage, l‘apocalypse n’aura pas lieu. L’activité devrait retrouver son niveau d’avant la crise dès la fin de l’année. Dès cet été, beaucoup d’entreprises se sont retrouvées en tension avec même des difficultés de recrutement. Tous les moteurs se sont allumés avec la perspective du recul du Covid, et surtout de la généralisation de la vaccination.

Le mouvement de redressement s’explique très simplement par une série de facteurs que les prévisionnistes ne voulaient pas voir et intégrer, préférant ajouter de l'angoisse économique et sociale à l’inquiétude sanitaire. La combinaison funeste entre le risque du virus et les risques sociaux ont très souvent servi de catalyseurs à la colère politique contre une gouvernance qui paraissait trop incertaine et hésitante, tout simplement parce que le virus lui-même était imprévisible.

La catastrophe économique et sociale n’a pas eu lieu pour trois raisons.

La première était que le cœur de la crise était essentiellement sanitaire. C’est parce qu’on n’avait pas d’autres moyens de freiner la circulation du virus que l’Etat français, comme beaucoup d’autres, s’est résolu à stopper l‘activité par le confinement ou les restrictions d’activité. La conviction de beaucoup d’acteurs était de penser que l’activité devait reprendre dès que la menace du virus serait écartée.

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La deuxième raison est que l’Etat a tout fait pour protéger les systèmes de production et de distribution, y compris les contrats de travail. Il n‘y a pas eu destructions d’actifs. C’est unique dans l’histoire des crises économiques. Dès qu'on a tourné les clefs de contact parce que la visibilité était meilleure, les moteurs ont redémarré. Ce choix du « quoi qu’il en coute » a été décisif. L’Etat a soutenu les acteurs à l’arrêt et leur a donné les moyens de supporter la « jachère forcée » en 2020, et négocié avec les partenaires européens un plan de relance pour 2021, de 750 milliards d’euros pour l’Union Européenne. Beaucoup se sont plaint de la lenteur administrative pour libérer les fonds. Fin aout, 13 mois après l’accord, les premiers versements ont été faits par Bruxelles et la France a touché un premier acompte de 5 milliards. La part globale du plan pour la France représente 100 milliards, la moitié (qui sera financée par l’Europe) a déjà été engagée. Et les fonds ont été fléchés vers des investissements dans l’écologie, la compétitivité et la cohésion géographique, c’est à dire des opérations de relocalisation dans l’Hexagone.

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a confirmé que l’économie tournait déjà aujourd’hui à 99 % de ses capacités de production, avec un taux de croissance supérieur à 6%.

La troisième raison est que la majorité des entreprises ont fait preuve d’une résilience insoupçonnée. Elles se sont adaptées très vite au changement qui sera forcément durable et notamment à la digitalisation. Et beaucoup d’entre elles ont su, par leurs innovations et l’efficacité de leur organisation, pallier les défaillances de l‘administration publique.

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Maintenant, il reste évidemment beaucoup d’incertitudes et de risques. Et pas seulement politique.

1° Il existe des hypothèques prises sur l’avenir à cause d’un endettement contracté mais lourd. Il faudra évidemment les lever. Le pari du gouvernement est de réussir à éponger cet endettement sans impôts nouveaux, grâce à une combinaison entre des taux zéro, une mutualisation européenne et un taux de croissance de l’activité économique soutenu. Le pari engagé par Bruno Le Maire paraît fou à beaucoup d’opposants politiques, sauf que le ministre de l’Economie n’a rien d’un excentrique. La force de cet argument repose sur le fait que ce logiciel macroéconomique est partagé avec le président de la République, avec l'idée que l’activité dépend avant toute chose de la force des entreprises qu’il faut laisser travailler.

2e Il faudra traiter et décider du sort des entreprises en difficultés. Celles qui sont en difficultés aujourd‘hui étaient déjà malades avant le Covid. La conjoncture financière ne permettra pas de continuer à les perfuser. La conjoncture politique n’autorise pas le gouvernement à abandonner le corps social.

3e Il faudra, enfin, faire face à des points de ruptures très structurelles. La tension sur l’emploi et sur les approvisionnements risque de ralentir l’activité.

Sur l’emploi, il manque chaque année près de 500 000 candidats à des offres d’emplois qui restent insatisfaites, alors que le nombre de chômeurs longue durée est encore de 3 millions. Affaire d’éducation, de formation et d’allocations géographiques.

Sur les approvisionnements, nous sommes en rupture de produits composants en provenance des pays émergents (Chine et Inde) et ces ruptures d’approvisionnement freinent l’activité. Décider sur une tribune de produire français ne fait de mal à personne, mais ne résout pas le problème.

Le retour à un niveau normal d’activité n’exonère pas le système économique de poursuivre ou de reprendre ses réformes. Au contraire, mieux vaut réparer les maisons, en période de beau temps, plutôt que de le faire sous l’orage.

Il n’y aura pas de catastrophe économique et sociale. Le Covid ne provoquera pas d’apocalypse dans le système de production, mais il n’y aura pas de miracle. Ceux qui marchaient mal avant, auront encore besoin de béquilles après.  

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