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©GERARD JULIEN / AFP

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Mark Zuckerberg demande aux Etats de jouer leur rôle de régulateur, mais prépare en secret le lancement d’une monnaie Facebook qui s’affranchira de tout contrôle de l’Etat...

Le patron de Facebook est sur le point de créer une cryptomonnaie transfrontalière pour son milliard et demi d’utilisateurs. Un outil qui vise aussi à s’affranchir de tous les contrôles d’Etat.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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L’habileté de Mark Zuckerberg, le président fondateur de Facebook, frise la provocation. Deux jours après avoir lancé un appel argumenté envers les gouvernements pour qu’ils régulent et contrôlent plus précisément l’activité des grandes entreprises de l’internet, il laisse filtrer la sortie imminente d’une nouvelle activité qui va évidemment provoquer de grands bouleversements, puisqu’il s’agit d’une monnaie Facebook utilisable dans tout le réseau pour assurer les paiements et les échanges entre les adhérents. Et comme les utilisateurs approchent désormais des 2 milliards dans le monde, le projet est pharaonique. D’autant qu’il s’affranchit de tout pouvoir politique. C’est un bitcoin à la puissance 10, avec la double garantie d’une blockchain d’une part et de la puissance de Facebook d’autre part.

La mécanique de communication mise au point par Mark Zuckerberg est remarquable parce qu’implacable. En début de semaine, il publie dans le Washington Post une tribune dans laquelle il demande aux gouvernements de réguler, beaucoup plus qu’ils ne le font, l’activité des réseaux sociaux dont Facebook. Les contenus sont de plus en plus offensants, les questions de vie privée sont publiées au risque de créer des déstabiliser les communautés et de trahir les libertés individuelles en favorisant la délation, sans parler de la portabilité et de l’exploitation sans contrôle des données privées.

Mark Zuckerberg suggère même dans cette tribune que les gouvernements du monde s’inspirent du Règlement général sur la protection des données, la RGPD mise en place par les Européens en 2018.

Le patron de Facebook ne sort pas de son silence par hasard. Il sait très bien que Facebook est l’objet de critiques dont il n’a pas su se défendre avec efficacité. Quand Facebook est accusé d’avoir permis que des données privées soient utilisées à des fins de manipulation politiques dans la campagne pour le Brexit, ou même pendant la campagne présidentielle américaine, sa défense ne va convaincre personne. Si au Sénat américain, ni au Parlement européen. Quand Facebook est montré du doigt pour avoir participé à l’élection américaine ou plus précisément encore pour avoir contribué à l’élection brésilienne, les dirigeants ne réagissent pas ou mal. Idem lorsque Facebook retransmet en direct l’assassinat de 50 musulmans dans deux mosquées à Christchurch en Nouvelle Zélande.

Mark Zuckerberg fera part de son émotion aux familles des victimes mais pas un mot sur la responsabilité du réseau qu’il dirige dans la diffusion de ce type de haine. Il en conclut simplement de la nécessité d’adopter une démarche plus standardisée pour les utilisateurs de ce type de plateforme. Ce qui ne peut passer que par la mise en place de nouvelles législations dédiées. 
Il appelle aussi les acteurs majeurs du web social à publier chaque trimestre des rapports pour de proposer un état des lieux régulier et formaté concernant leur activité. Une bonne manière selon lui de constater quels sont les contenus préjudiciables et quelles sont les entreprises qui agissent efficacement pour lutter contre leur prolifération. Moralité, ce serait donc à l’Etat ou au législateur d’établir des standards, et d’organiser une collaboration ou une coordination entre les grands acteurs du Web. Bref, c’est aux Etats d’assumer leur rôle.

Alors cette démarche est intéressante mais on s’étonne qu’elle arrive si tard après un développement qui s’est opéré au mépris des frontières et des législations nationales, fiscales notamment.

On s’en étonnera encore davantage quand trois jours après cette tribune, les dirigeants de Facebook ne vont pas démentir le projet qui leur est prêté de mettre en place une monnaie mondiale. C’est à dire offrir l’outil clef pour s’affranchir de la souveraineté nationale.

On sait donc désormais qu’une cinquantaine d’ingénieurs vaillent d’arrache pied à la création de la Facebook coin. C’est David Marcus, l’ancien patron de PayPal, qui est à la manœuvre et qui laisse entendre que le lancement de cette monnaie mondiale aura lieu l’été prochain. Ce sera donc la première fois qu’une monnaie sera lancée à l’échelle de la planète par une entreprise privée. L’objectif est très simple, il s’agit de prendre position dans le paiement en ligne et d’effectuer toutes les transactions financières quotidiennes correspondant au e-commerce généré sur ou via Facebook. A noter que le chinois Wechat ( du groupe Tencent) offre déjà ce service à ses usagers chinois.

Pour Facebook, il s’agit là de tenter une première diversification qui sera quasi révolutionnaire, lucrative et surtout politique. Jusqu'à preuve du contraire, la monnaie était l’attribut principal du pouvoir de l’Etat. Avec cette monnaie maison, Facebook entre de plein pied sur le territoire de l’Etat. D’autant qu’il entend bien fédérer autour de cette crypto monnaie l’ensemble des autres réseaux sociaux (ceux qui dépendent de lui et les autres). Pour Facebook, l’enjeu est considérable, depuis le scandale Cambridge analytica, il ne peut pas prendre le risque d’un nouveau bad buzz. D'autant qu'Amazon, Alibaba, Google et Apple commencent, eux aussi, à se positionner sur la blockchain, et lorgnent sur le marché des crypto monnaies. L’appel à la réglementation de Zuckerberg n‘a donc pas été lancé par hasard.

 

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