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Le ministre juge "digne d'intérêt" la proposition du Haut conseil à l'intégration sur l'interdiction du port du voile à l'université alors que bon nombre d'élus de gauche y sont hostiles.
Le ministre juge "digne d'intérêt" la proposition du Haut conseil à l'intégration sur l'interdiction du port du voile à l'université alors que bon nombre d'élus de gauche y sont hostiles.
©Reuters

Pas folle la guêpe

Manu le malin : la stratégie aoûtienne du ministre de l'Intérieur par le menu

Manuel Valls juge "digne d'intérêt" la proposition d'interdire le voile dans les universités avancée par le Haut conseil à l'intégration. 78% des Français y sont favorables, selon un sondage Ifop pour Le Figaro publié vendredi.

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier est professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Institut Français de Presse, à l'université Panthéon-Assas, Paris. Responsable de la Licence information communication de l'IFP et chercheur au CARISM, il est aussi président du site d'information The Conversation France.

Il est l'auteur de La communication politique (CNRS Editions, 2008) et Le journalisme(CNRS Editions, 2009), Médias et opinion publique (CNRS éditions, 2012).

Le journalisme, Arnaud Mercier

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Atlantico : Manuel Valls juge digne d’intérêt les douze propositions du Haut conseil à l'intégration (HCI) sur l’interdiction du port du voile à l’université alors que bon nombre d’élus de gauche sont hostiles au principe d’une loi proscrivant le foulard islamique dans l'enseignement supérieur. Comment l'expliquer ? Faut-il y voir une volonté d'obtenir des voix d'un électorat qui n'est pas le sien ? Peut-on parler de tactique aoûtienne ?

Arnaud Mercier : Manuel Valls est ambigu. L’ensemble des propositions ne sont pas uniquement sur l’interdiction du voile à l’université. Il va à contre-courant d’une partie de la gauche et en même temps, sa position est habilement conforme à celle d’une majorité des Français qui se retrouvent à droite comme à gauche. Il existe un banc laïcard à gauche et un banc qui refuse le communautarisme et les signes distinctifs. En ce sens, cette position est assez habile. Il ne prend pas position, et le fait de manifester son intérêt le place dans une posture consensuelle.

Le ministre de l’Intérieur est aussi le ministre des cultes depuis la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, il y a dans son ministère la question des relations avec les religions. On peut donc comprendre sa prudence. Le mois d'août est stratégique car en plein été, la question n’a pas pu être débattue au gouvernement.

Quand on sait que 78% des Français sont opposés au port du voile à l’université, peut-on parler d'un coup de communication ? Pourquoi ?

Manuel Valls joue sa carte personnelle. Son jeu depuis les primaires est de trouver le point d’équilibre entre solidarité gouvernementale, solidarité avec le PS, valeurs de gauche etc. L’affirmation d’une posture spécifique le conduit à être dans un registre qui plait à un électorat de droite. Il agit comme un funambule et cherche à se distinguer personnellement en prenant des positions plus valorisées à droite qu’à gauche. C’est une façon d’être bien vu dans un électorat qui n’est pas l’électorat naturel d’un candidat comme Manuel Valls.

Il s’agit bien sûr d’un coup de communication, ceci est une façon de continuer à se positionner. Mais derrière cette communication, il y a aussi de l’action.

Pourquoi Manuel Valls n’a-t-il pas affirmé de position tranchée sur la question? Que cela signifie-t-il lorsqu'il estime qu'il faudrait au moins "mettre de la cohérence" selon les types d'établissements, "avec méthode et en recherchant le consensus si possible" ?

Cela signifie qu’il essaye de satisfaire une partie de cet électorat laïcard violemment hostile aux signes religieux et en même temps ne pas déplaire à un électorat de droite qui, pour des convictions plutôt nationalistes, refuse l’idée du communautarisme. Ce qu’il gagne d’un côté, il le perd de l’autre. Lorsqu’il dit que c’est "digne d’intérêt", il donne un signe encourageant auprès de toute une partie de l’électorat français sans insulter la communauté musulmane puisqu’il en est responsable en quelque sorte. En parallèle, il n’insulte pas l’électorat de gauche tolérant et laïcard. Il est important d’ajouter que la Conférence des présidents d’université a déjà pris position contre cette décision d’interdiction. Il faut être prudent sur ce dossier puisque les principaux concernés ne sont pas pour. 

Propos recueillis par Karen Holcman

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