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Mais pourquoi Laurent Wauquiez veut s'opposer à la privatisation de l'aéroport de Lyon ? Bizarre, non ?
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L'édito de Jean-Marc Sylvestre

Mais pourquoi Laurent Wauquiez veut s'opposer à la privatisation de l'aéroport de Lyon ? Bizarre, non ?

C'est n'importe quoi... Alors que le ministre de l'Economie et celui des Finances, messieurs Macron et Sapin, ont réussi la privatisation de l'aéroport de Nice et de Lyon, Laurent Wauquiez veut s'y opposer. Décidément, la droite ne se grandit pas.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le parcours politique de Laurent Wauquiez est intéressant. Il montre que la nouvelle génération est déterminée à changer les choses et les projets qu'il développe pour la région Rhône-Alpes ou même ceux qui concernent l'organisation de la société prouvent que très souvent, il s'inscrit dans une modernité à laquelle il a, au moins, compris qu'on n'échapperait pas à condition que cette modernité n'hypothèque ni nos traditions, ni nos valeurs morales, culturelles et historiques. Cette position est donc intéressante.

Le problème, c'est que dès qu'il ouvre un dossier économique, il se perd et ne réussit pas à être cohérent. Sa préoccupation est tellement et strictement politique qu'elle l'aveugle et l'empêche d'être courageux.

Exemples : lui et ses amis défendent une certaine rigueur budgétaire, ok ! Ils pourfendent l'endettement public qui va nous étouffer, ok ! Mais à une seule condition : que ça n'empiète pas sur les dépenses publiques ou sociales. Cette droite-là aime les entreprises à condition que les entreprises pratiquent des prix toujours plus bas, qu'elles maintiennent des salaires toujours plus hauts et créent des emplois. Au passage, cette droite n'accepte pas les délocalisations, elle serait même légèrement protectionniste mais à condition que les entreprises puissent continuer d'exporter.

Eh bien les logiques économiques ne fonctionnent pas de cette façon. L'indépendance nationale ne passe pas par des politiques défensives, mais offensives. Pour assurer son indépendance et protéger son identité, commençons par ne dépendre financièrement de personne. Remboursons nos dettes, que l'Etat arrête de vivre au-dessus de ses moyens et on se sentira beaucoup mieux. L'Allemagne n'a pas de problème d'indépendance. Elle n'a pas de dettes. Ella a même les moyens de payer celles des autres.

Bref, tout cela mériterait d'être clarifié parce que ça va un peu dans tous les sens au gré de vos auditoires.

On peut changer la loi, oui. Et même la Constitution pour améliorer les conditions de sécurité publique, mais on ne peut pas changer la recette pour créer des richesses, faire de l'activité économique et créer des emplois.

Alors quand Laurent Wauquiez vient déclarer qu'il va s'opposer à la privatisation de l'aéroport de Lyon, lancer un recours administratif et saisir la semaine prochaine le tribunal administratif de Paris, il dérape complètement et sort de la route. Quelle histoire, encore un effort et il va comme en Loire-Atlantique inviter les manifestants locaux à venir occuper l'aéroport actuel pour empêcher les acquéreurs capitalistes de s'installer.

Cette prise de position est stupide, réactionnaire et préjudiciable au développement économique. Le plus grave, c'est qu'il le sait. Le plus grave, c'est qu'il est obsédé par le besoin de caresser dans le sens du poil tous ceux qui dans sa région sont encore souverainistes et pensent que la propriété de l'Etat des infrastructures est sacrée. Le plus grave, c'est qu'il a un tel besoin d'exister qu'il est prêt à tout. Les fonctionnaires et tous ceux qui vouent au gémonies le capitalisme privé vont l'applaudir. Ce faisant, s'il a raison je ne suis pas sûr que leurs enfants puissent trouver du boulot.

On a déjà un peu de mal à réduire le chômage, c'est peut-être parce que notre économie est trop socialisée. Le secret de la réussite pour la grande majorité des responsables politiques, y compris de droite, passe par les emplois publics.  

Alors s'opposer à la privatisation des grandes infrastructures comme les aéroports appartient à la catégorie des grandes bêtises. Pour trois raisons.

1) Le gouvernement, au terme d'une procédure très longue et très sérieuse, a vendu à des actionnaires privés les aéroports de Nice et de Lyon. Le gouvernement l'a fait dans d'excellentes conditions, l'opération va rapporter plus d'un 1,7 milliard d'euros à l'Etat, donc au contribuable. Les actionnaires qui arrivent sont des Français (Vinci, Edf, Crédit Agricole) ou Italiens, puisque le principal est la famille Benetton.

2) Ces actionnaires n'ont qu'un souci, que les aéroports marchent le mieux possible. Personne ne peut imaginer qu'ils viennent à Lyon ou à Nice pour détruire un outil qui ne demande qu'à se développer, créer de l'activité et des emplois. On ne peut pas les soupçonner d'avoir des intentions politiques derrière leur projet économique.

3) Les aéroports sont des entreprises comme les autres. Elles ont des clients. Deux types de clients. D'un côté, les compagnies aériennes qui utilisent l'aéroport, et de l'autre les passagers de ces compagnies. Les premiers attendent un service au sol, zéro défaut, et les passagers veulent passer une ou deux heures agréablement et en sécurité en attendant leur avion, sans perdre leur bagage.

Tout cela s'inscrit dans des métiers qui demandent une organisation humaine et technique, un professionnalisme et une culture de la concurrence. La  compagnie aérienne n'est pas obligée de se poser dans tel ou tel aéroport et le passager aérien peut aussi choisir un autre moyen de transport.

Bref, la gestion d'un aéroport est à cent lieues de la logique administrative dans laquelle vous semblez vouloir l'enfermer.  

Le passager se moque complètement si l'aéroport est géré par la droite ou par la gauche, par l'Etat ou par le privé, il veut que tout fonctionne.  Et l'expérience nous a montré que le privé avait plus de compétence que le public pour que ça marche. Roissy coté en Bourse marche très bien, c'est Air France qui "beugue". Bizarre, non ?

Maintenant, les responsables de la droite comme Laurent Wauquiez peuvent plaider pour une nationalisation des aéroports, puis des compagnies aériennes et pourquoi pas des hôtels qui sont construits sur l'aéroport, et des boutiques de luxe, vous pouvez tout nationaliser… Mais il va falloir expliquer pourquoi ils demandent à l'Etat de laisser vivre les entreprises, pourquoi ils se sont élevés avec tant de véhémence contre les opposants à Notre-Dame-des-Landes. En bonne logique, la droite aurait dû être avec eux.

On ne peut pas critiquer en permanence le gouvernement de Manuel Valls parce qu'il est extrêmement mauvais dans la gestion d'une politique pro-business, et en même temps lui tirer dessus quand par hasard, il finalise très correctement un dossier de privatisation.

Il faut de toute urgence laisser à l'Etat ses fonctions régaliennes, oui bien sûr, et se féliciter quand il se retire des activités qui appartiennent au marché.

Ou alors soyez logique : que certains à droite rejoignent le Front de gauche. Sauf que personne à gauche, ni les frondeurs, ni les écolos, ni les amis de Jean-Luc Mélenchon n'ont critiqué Emmanuel Macron et Michel Sapin sur cette opération. Bizarre, non ?

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