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Mais à quoi joue la Corée du Nord ?
©JUNG Yeon-Je / AFP

Tensions subites

Mais à quoi joue la Corée du Nord ?

La Corée du Nord a fait exploser le bureau de liaison avec le Sud à Kaesong, une ville située près de la frontière. Cette décision intervient après des menaces d'actions militaires à la frontière coréenne.

Juliette Morillot

Juliette Morillot

Juliette Morillot est journaliste, historienne et écrivaine spécialiste de la Corée du Nord et du Sud. Elle a publié aux éditions Robert Laffont "Le monde selon KimJong-un" coécrit avec Dorian Malovic.

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Atlantico.fr : Comment expliquer cette action de la Corée du Nord ?

Juliette Morillot : Depuis une semaine, la Corée du Nord fait monter très clairement les tensions sur la péninsule. Il y a ici deux lectures à avoir :

- sur le plan international,  en provocant le sud, la Corée du Nord s’adresse indirectement aux États-Unis. Les nord-coréens ont toujours considéré la Corée du Sud comme une marionnette dans les mains de Washington même si cela ne les empêche pas de jouer la carte de l’apaisement lorsque cela sert ses intérêts. Cela explique cette lune de miel diplomatique que nous avons pu observer en 2018 entre les deux Corées, période durant laquelle le bureau de liaison qui vient d’être détruit a été créé. Cette lune de miel s’est arrêtée en 2019 avec l’échec du sommet d’Hanoï. Sur le plan concret, les promesses sont restées lettre morte, malgré les espoirs, rien ne s'est concrétisé sur la péninsule.

- sur le plan intérieur, la Corée du Nord doit réagir car elle traverse une crise économique importante : les sanctions qui pèsent sur son économie n’ont pas été allégées et la crise du coronavirus, qui lui a coupé toute relation avec la Chine (dont dépend 80% de ses échanges commerciaux ). Cet isolement a marqué le pays. L’approvisionnement du pays reste difficile et il de fait important pour les dirigeants nord Coréens de faire diversion en focalisant l'opinion publique sur un danger, en l'occurrence un conflit contre l'ennemi historique. 

Durant cette crise, la soeur du dictateur nord-coréen Kim Jong Un, Kim Yo Jong, a été placée au premier plan de la scène politique. Pourquoi ? 

Kim Yo Jong apparaît depuis quelques semaines sous son propre nom dans plusieurs articles du journal officiel du parti unique. Cela signifie qu’elle apparaît sur la scène politique nord-coréenne comme une voix à part et surtout comme l’interlocuteur de la Corée du Nord face au ministère de l’Unification sud-coréen. Elle est la porte parole officielle des relations inter-coréennes en Corée du Nord. 

Face à la crise du coronavirus, la Corée du Nord a réalisé l’importance d’avoir un successeur à Kim Jong Un. Il est important qu’elle apparaisse sur la scène politique coréenne comme un personne appartenant à la lignée du Mont Baekdu ( la dynastie régnante ) comme pouvant succéder à Kim Jong Un. Avec cet éclat militaire, elle devient légitime. Cela ressemble beaucoup à une stratégie de tension développée par le Nord, bien préparée. D’autant plus qu’elle s’exécute sur un fond de tension entre Pékin et Washington dans la perspective des élections de Trump en novembre. Nous sommes aujourd’hui aux prémices de cette stratégie de la Corée du Nord. 

À quelles conséquences peut-on s’attendre à la suite de cet acte ?

La Corée du Sud qui a tout fait pour éviter cette crise en envoyant de multiples signaux d'apaisement à la Corée du Nord l'a finalement menacée  de représailles s’il devait y avoir une nouvelle provocation militaire. Pour autant, il faut rester mesuré: pour l'instant la cible de Pyongyang avait été annoncée à l'avance, et seule une partie du building a été détruite, sans faire de victime. Il s’agit avant tout d’une action symbolique, d’autant que cela se passe en territoire nord-coréen. Nous sommes loin du pilonnage d’une île ou d’une attaque militaire comme cela a pu être le cas en 2010! À ce niveau, il s’agit d’abord d'une forme de rhétorique. Une rhétorique que les sud coréens n'apprécient pas forcement : Kaesong, le bureau de liaison, avait été construit avec les impôts des sud coréens. Un mauvais calcul pour le président sud-coréen Moon Jae in dont la politique de main tendue avec Pyongyang  est critiquée. 

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