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Macron, Montebourg et cie, les "tuer" oui, mais comment faire pour se débarrasser discrètement d'ennemis pourtant plus faibles que soi quand on est le président le plus impopulaire de la 5è Republique ?
©Reuters

Course d'obstacles

Macron, Montebourg et cie, les "tuer" oui, mais comment faire pour se débarrasser discrètement d'ennemis pourtant plus faibles que soi quand on est le président le plus impopulaire de la 5è Republique ?

Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Emmanuel Macron. Trois noms qui pourraient bien causer quelques cheveux blancs à François Hollande dans sa quête de réélection en 2017. Passer l'obstacle signifiera forcément écarter ces trois hommes sans pour autant tourner le dos aux électeurs qu'ils représentent. Une équation loin d'être simple.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections. Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques. Il est notamment l'auteur de Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? (éditions de La Documentation Française, 2014) et Histoire d’une révolution électorale (2015-2018) avec Anne Muxel (Classiques Garnier, 2019).

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Jean-Jérôme Bertolus

Jean-Jérôme Bertolus

Jean-Jérôme Bertolus est un journaliste politique français. Spécialiste des questions de l'Elysée et du Gouvernement pour i-Télé, il a déjà publié divers ouvrages dont Tir à vue: La folle histoire des présidentielles, avec Frédérique Bredin, aux édtions Fayard, 2011 (disponible ici). 

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Atlantico : Avec Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et probablement Emmanuel Macron, François Hollande a désormais au moins trois adversaires dans sa propre famille politique dans la course à l'Élysée pour 2017, même si l'ex-ministre de l'Économie ne devrait pas passer par la case primaire. Comment le Président pourrait-il s'y prendre pour écarter ces concurrents ? Devra-t-il mettre en avant son bilan, son expérience, son positionnement politique, l'importance d'un vote utile... ?

​Bruno Cautrès : La tâche s’annonce bien difficile pour François Hollande. Il fait face à une concurrence venue de son propre parti et de son propre gouvernement avec ces trois candidats. En appeler au vote utile, en misant sur le souvenir du 21 avril 2002, est un argument qui porte moins dès lors que les sondages montrent que, même seul candidat de la gauche de gouvernement, François Hollande ne se qualifie pas nécessairement au second tour. Son expérience politique est un argument de poids pour l’élection présidentielle mais rappelle dans le même temps qu’il est un candidat sortant avec un bilan économique qui n’est pas sans difficultés (la fameuse « inversion de la courbe »).  Son positionnement politique social-démocrate est normalement un bon positionnement pour une seconde candidature car elle montre une capacité de se situer au centre gauche, d’attirer des électeurs qui peuvent redouter le retour de la droite au pouvoir sans être non plus des électeurs de gauche ; mais ce positionnement a ouvert une brèche politique dans son camp et son parti : cela a donné prise à la critique, venue de la gauche du PS et des autres composantes de la gauche, d’avoir « trahi » le discours du Bourget. Dans ce contexte, deux « cartouches » pourraient être utilisées par François Hollande : gagner la primaire du PS et ainsi créer une dynamique lui permettant éventuellement de se qualifier au second tour ; montrer que si plusieurs propositions de sa campagne de 2012 et du discours du Bourget n’ont effectivement pas été suivis d’effets, des éléments importants l’ont été néanmoins. François Hollande avait tenté il y a de nombreux mois de montrer qu’il avait été fidèle à plusieurs points importants du discours du Bourget, puis le contexte économique et les attentats terroristes ont cassé cette stratégie. Enfin, je pense que la stratégie de François Hollande pour se différencier de ses concurrents sera de montrer qu’il est, d’après lui, le seul à incarner les trois facettes du Président protecteur : contre la crise économique et ses effets ; contre le retour de la droite ; contre le FN.

Jean-Jérôme Bertolus : La première manière avec laquelle François Hollande va se mettre en avant, c'est de faire valoir le fait qu'il est le président sortant, avec donc une certaine légitimité teintée d'expérience. Il ne va pas "écarter" ses rivaux, ces trois personnages politiques mais aussi les autres personnalités politiques de gauche qui compteront dans l'élection. Ces quatre hommes politiques ne seront pas tous sur la ligne de départ. Nous aurons véritablement une sorte de "pré-primaire" avant la primaire, avant la présidentielle, qui déterminera qui va pouvoir se présenter. Le juge de paix de cette course (une course de lenteur pour François Hollande, un sprint pour Emmanuel Macron), ce seront les sondages. D'ici trois semaine ou un mois, on saura déjà si Emmanuel Macron est en position de pouvoir se présenter, si sa sortie du gouvernement provoque dans l'opinion une montée en puissance de sa candidature.

Pour lui qui est déjà assez haut dans les sondages en étant la deuxième personnalité politique préférée des Français, s'il n'y a pas une cristallisation dans les sondages, il ne se présentera pas. Il ne peut le faire que s'il a derrière lui un phénomène dynamique, d'autant plus qu'il ne se présentera pas à la primaire. Il ne peut donc pas se présenter sans dynamique, parce qu'il serait alors vraiment désavantagé par les critiques en déloyauté et en traîtrise du camp Hollande et du camp de la gauche. Et il n'est jamais bon d'être un traitre en campagne.

Pour Arnaud Montebourg, c'est un petit peu la même chose. Il a fait acte de candidature sans pour autant clarifier s'il se présentait à la primaire ou à la présidentielle. Il aura toutefois du mal à se présenter à la présidentielle sans passer par la primaire. Là aussi, les sondages compteront.

Il y a de toutes manières une prime à la légitimité. Jean-Pierre Raffarin disait il y a quelques temps : "de toute façon, le costume présidentiel, même s'il n'y a personne dedans, représente 20 points dans une présidentielle". Quelle que soit la personne qui occupe cet habit, quels que soient les sondages négatifs pour cette personne, il y a quand même un socle de légitimité et un réflexe de vote légitimiste pour le président sortant.

Pour revenir à votre question, l'élimination va avoir lieu avant la campagne. Si Emmanuel Macron réussit son pari, il sera compliqué pour François Hollande de se présenter. Il pourra toujours le faire, mais ce serait alors un miracle s'il était élu.

Alors que le dernier baromètre TNS-Sofres pour Le Figaro Magazine (lire ici) crédite François Hollande d'une hausse de 5 points de popularité entre juillet et septembre 2016, le départ d'Emmanuel Macron pourrait freiner cet élan. Le président de la République devra-t-il désormais marcher sur des œufs lors de cette campagne ? Ne sera-t-il pas compliqué pour lui de répondre aux attaques de ses rivaux sans pour autant se couper de toute une partie de l'électorat de gauche dont il aura besoin en 2017 ?

Jean-Jérôme Bertolus : Si François Hollande se présente à cette primaire – et c'est un scénario plus que plausible –, il jouera encore une fois de son expérience dans des domaines où les autres candidats, quelles que soient leurs qualités, ne peuvent pas rivaliser. On peut penser ici à tout l'aspect régalien : la sécurité et l'international, sur fond de crise terroriste. C'est quelque chose qui ne fera pas débat. Bien sûr, Benoît Hamon a critiqué l'état d'urgence, mais il est très compliqué en campagne d'aller contre le sentiment d'insécurité des Français sur cette question.

Sur un thème essentiel, François Hollande aura une parole monopolistique à gauche. À droite, on attaque, mais sur l'aspect "il faut plus de sécurité". Ce qui ne sera évidemment pas la thèse portée par Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon. Il sera compliqué pour eux d'avancer des propositions. On a vu la proposition d'Arnaud Montebourg de porter la durée service national à six mois, mais ce sont des propositions qui se contrent facilement. Quand on a été à la tête de l'État pendant cinq ans avec tous les drames qu'a vécus la France, toutes les mesures ont été passées et repassées au peigne fin au fur et à mesure des conseils de sécurité restreints, des entretiens hebdomadaires avec le ministre de l'Intérieur, des moyens budgétaires et technologiques de l'État, etc. Ce sera un domaine où François Hollande sera seul.

Sur les autres domaines économiques et sociaux, François Hollande refera la même chose que pendant la campagne de la primaire socialiste de 2011. Il mettra en avant son expérience, mais ne va pas du tout se lancer dans une bataille de chiffonniers face à Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg. Ils vont taper un peu dans le vide. Il y aura certes un procès de leur part sur le thème "un quinquennat pour rien" ou "un quinquennat passé de gauche à droite", mais François Hollande sera un Président-candidat. Il ne répondra pas directement à Arnaud Montebourg et Benoît Hamon.

Il va essayer de capter la dynamique d'une primaire et les vertus d'une campagne : se chauffer lui-même en tant que candidat, roder ses propres arguments, et apparaître comme le bon élève de la gauche en acceptant les règles définies par la primaire du Parti socialiste. Mais ce ne sera pas une campagne frontale contre ces deux personnalités de la gauche du PS. François Hollande jouera clairement le centre et fera une campagne pour lui, pas contre les autres.

​Bruno Cautrès : Il me semble qu’il sera plus aisé pour François Hollande de contrer les critiques d’Emmanuel Macron que d’Arnaud Montebourg ou Benoit Hamon. Emmanuel Macron aura du mal à donner du contenu à son départ : il ne peut donner sens à son départ par un désaccord sur les politiques publiques notamment économiques. En revanche, c’est le cas d’Arnaud Montebourg ou Benoit Hamon qui ont quitté le gouvernement sur des désaccords de fond. Il sera néanmoins compliqué pour les uns et les autres de se critiquer et d’éviter de donner un spectacle de division qui peut faire tout le monde perdant. Les électeurs détestent la division au sein de leur propre camp. C’est ici que la primaire peut jouer un rôle : avec ses règles du jeu elle peut à la fois libérer une parole critique les uns vis-à-vis des autres et la réguler.  Pour François Hollande, l’objectif sera de montrer qu’il est le rassembleur, une posture « hollandiste » classique.

Si jamais les sondages à venir venaient à montrer que François Hollande n'était pas forcément le mieux placé pour cette primaire mais qu'il réussissait malgré tout à s'imposer comme le seul candidat de la gauche réformiste, quel est le risque pour lui d'apparaître comme le "fossoyeur" des espoirs de la gauche pour 2017, lui dont le bilan est très critiqué y compris dans son propre camp ?

Bruno Cautrès :  C’est tout le paradoxe de la position de François Hollande : il est à la fois celui dont le positionnement politique (gauche réformiste) correspond le mieux au centre de gravité de son parti et d’une partie importante de l’électorat de la gauche, et en même temps il n’est plus celui qui incarne la victoire et même la présence au second tour de la présidentielle. Le mot de « fossoyeur » me semble néanmoins exagéré. En cas de défaite en 2017, la gauche aura sans doute des occasions avec les élections de midterm du mandat d’Alain Juppé ou de Nicolas Sarkozy, de retrouver les chemins de la victoire….Par ailleurs, François Hollande, comme de nombreux autres chefs d’Etat ou de gouvernement avant lui (y compris Nicolas Sarkozy) a effectué son mandat dans une situation économique très difficile. Comme d’autres en Europe, il en paie le prix. Mais il est vrai que s’il perd en 2017 on retiendra le sentiment d’une responsabilité de François Hollande de n’avoir pas su expliquer aux Français et notamment à son électorat de 2012 le tournant pris en 2014. S’il perd l’élection de 2017, tout dépendra des conditions de sa défaite : éliminé au soir du premier tour alourdira le sentiment de sa responsabilité bien davantage que battu au second tour (par exemple dans un duel face à Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé, bien que ce scénario semble moins probable compte tenu de la qualification vraisemblable de Marine Le Pen pour le second tour). Mais s’il n’est pas qualifié pour le second tour tout dépendra aussi de la configuration des candidatures : en cas de forte dispersion de votes de gauche (cas de figure de plusieurs candidats issus du PS ou d’une candidature simultanée de F. Hollande et E. Macron) alors la responsabilité sera partagée….

Jean-Jérôme Bertolus : Dans une primaire, on vote certes pour le candidat qu'on préfère mais aussi pour le candidat le mieux placé selon soi pour remporter la présidentielle. Ce cas de figure me semble donc assez improbable. Si François Hollande est candidat et s'impose à la primaire, j'ai du mal à imaginer un sondage qui donnerait Arnaud Montebourg le mieux placé pour la gauche. Sachant que si Arnaud Montebourg ou Benoît Hamon gagnaient la primaire, ils auraient des candidats de gauche à leur gauche ! Leur espace électoral réside dans les déçus de François Hollande qui jugent négativement le quinquennat, mais qui votent encore socialiste ! S'il gagnait la primaire, Arnaud Montebourg trouverait sur sa route Cécile Duflot, Jean-Luc Mélenchon et tous les autres… Il serait le mieux placé à gauche si les autres candidats à gauche du Parti socialiste s'effaçaient, mais ils ne le feront pas.

D'ici le premier tour de la primaire de droite, nous aurons la configuration de la présidentielle à gauche. Aujourd'hui, l'entourage de François Hollande tourne l'histoire du départ de Macron en quelque chose de positif, pointant le fait que la multiplication des candidatures sert François Hollande qui apparaît ainsi au centre du jeu, que les appels à sa candidature vont se multiplier, qu'il est le seul à pouvoir réunir la gauche dans les urnes, etc. Mais il y aura quand même une pression sur François Hollande pour qu'il avance sa candidature. En tout état de cause, nous aurons à la mi-novembre une idée très claire, beaucoup plus qu'aujourd'hui, de qui peut se présenter à gauche et avec quelles forces. Nous saurons si Emmanuel Macron peut y aller ou pas, si Hollande a toujours une chance ou pas, et si Montebourg a une chance ou pas. Car même si Emmanuel Macron ne chasse pas sur les terres d'Arnaud Montebourg, il lui fait de l'ombre...

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