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Le marché mondial du Luxe reste épargné par la crise.
Le marché mondial du Luxe reste épargné par la crise.
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Décoiffant

Luxe : les vrais riches se foutent des marques, ce qui les intéresse ce sont les expériences ébouriffantes

Le marché mondial du Luxe ne connait pas la crise, notamment les services de luxe, comme le voyage à la demande et vip. Le réseau Traveller Made vient tout juste de réunir 47 agences dans son consortium et va très bientôt proposer ses services à sa clientèle privilégiée. Les services deviendraient-ils le nouveau visage du luxe?

Quentin Desurmont

Quentin Desurmont

Président fondateur de Peplum, créateur de voyages sur-mesure de luxe, Quentin Desurmont agit activement pour l’entreprenariat. Il a fait partie de la délégation du G20 YES à Moscou en 2013 et  à Mexico en 2012, est membre de Croissance + et des Entrepreneurs et Dirigeants Chrétiens. Quentin contribue aussi à l’émergence du tourisme de luxe en Europe, il est membre de Traveller Made.

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Atlantico : Le marché mondial du Luxe reste épargné par la crise, il prévoyait en mai dernier une hausse de 5% au cours de l’année. Cette situation est d’autant plus vraie dans le secteur du tourisme, ainsi que la création du réseau Traveller Made, expert en voyage de luxe et sur mesure, le prouve. Ce dimanche, 40 agences ont été retenues pour se joindre au projet. L’avenir du marché de luxe réside-t-il donc dans le domaine des services ?

Quentin Desurmont : Traveller Made, le premier réseau des meilleurs créateurs de voyages sur-mesure et très haut de gamme avait promis d’annoncer 40 agences membres et a finalement annoncé 47 agences dans 19 pays de la grande Europe compris entre l’Oural et l’Atlantique. D’autres créateurs de voyage sur-mesure pur sont en cours de validation. Cette initiative est inspirée des consortia américains tels que Virtuoso. Ceux-ci ont participé il y a 25 ans à la révolution du tourisme haut de gamme. De nombreux acteurs américains de la création de voyages sur-mesure et luxueux ont atteint des tailles impressionnantes grâce à cette impulsion. On compte aux USA plusieurs acteurs réalisant entre 500M USD et 1.200M USD. Mais il est vrai que les américains ont toujours, semble-t-il, valorisé le service contrairement aux Européens, alors que les Européens sont à la pointe du luxe, pas du service de luxe, mais des biens de luxe. Traveller Made a fait le pari que les habitudes changeaient en Europe. L’étude du BCG « Luxe Redux » explique que la tendance dans la consommation du luxe dans le monde est en train de connaitre un changement profond. Si le luxe semble voué à des croissances solides dans les années à venir, tout le monde ne sera pas logé à la même enseigne. En effet il apparaît que de plus en plus de personnes fortunées cherchent à consommer plus d’« expériences à vivre » que de « biens de luxe à acquérir ». Et cette tendance est particulièrement saillante en Europe. Et dans cette catégorie de « Luxe à vivre » les voyages ont une belle part. Mais voilà, en Europe, la vaste majorité de l’offre n’a pas évolué en 30 ans. Les voyages vendus sont toujours les mêmes, ils sont pré-packagés ou désossés pour le low cost et rebaptisés « à la carte » car c’est plus sexy. Certes ils se sont adaptés à internet mais ils galvaudent à outrance les termes de sur-mesure et de luxe. Seulement, les clients fortunés ne se retrouvent pas dans ce paysage, car ils veulent du vrai service.

La France, célèbre pour ses grandes marques de luxe, est-elle compétitive dans le milieu des services de luxe ? Si non, serait-elle sur le point de manquer un tournant dans l’offre de luxe ? Quelles en seraient les conséquences ?

La France et tous les pays d’Europe sont en retard. Cependant on aperçoit depuis 5 à 10 ans l’émergence de petits acteurs puristes qui parviennent à répondre avec brio aux besoins des fortunés pour leurs voyages. Avec brio car ils obtiennent la reconnaissance ultime de leurs clients à savoir une fidélité indéfectible. « Quand on a gouté à ce niveau de service, on tombe en addiction, tout devient facile, alors pourquoi changer de créateur de voyage » me confiait récemment un client. Oui, mais la question est de faire connaitre ces artisans du service, ces artistes du voyage de luxe, passionnés et toujours prêts à venir en aide à leurs clients et à leur proposer les plus beaux voyages. Car une industrie ne peut changer que quand ses « meilleurs ouvriers » sont reconnus et suffisamment grands pour se structurer et faire face aux externalités. Il y aurait 40.000 UHNWI (« ultra high net worth individuals », soit des foyers possédant plus de 50 millions de dollars d’actifs) aux USA et entre 25.000 et 35.000 dans la grande Europe. Presque 15 milliards de dollars de chiffre d’affaire de ces foyers fortunés passent entre les mains des agents américains affiliés à ces consortia haut de gamme. Qu’en est-il de l’Europe ? Soit une insatisfaction car les fortunés passent par des voyagistes non-qualifiés ou en direct auprès de prestataires qui ne les reconnaissent pas, soit un abandon et un repli vers la maison de campagne, de bord de mer ou le bateau. L’enjeu est donc de fédérer les acteurs de ce nouveau tourisme de qualité, de sur-mesure, de voyages d’exception pour débloquer la consommation et la satisfaction.

La demande en France est-elle effective ? Quels services sont proposés et qu’est-ce que recherche en particulier la clientèle de luxe ?

Justement la France est un cas à part. Surtout dans le climat actuel où les « riches » sont montrés du doigt. Dans ce contexte il est de plus en plus difficile de faire l’acquisition de biens de luxe visibles sous peine d’être accusé de tous les maux. En revanche, quoi de plus discret qu’un voyage en famille à l’autre bout du monde. La clientèle fortunée doit tout d’abord être segmentée. Un entrepreneur propriétaire d’entreprise (discret par nature) a des besoins différents des ceux d’une célébrité qui mettra facilement son image en jeu. Les entrepreneurs ou grands dirigeants recherchent le sur-mesure, le vrai sur-mesure, des idées uniques qui relèvent plus de l’événementiel que du simple voyage, un accueil téléphonique 24/24 et une transparence des prix. Bref ils veulent du vrai service et sont enfin prêts à en payer le prix.

Ce marché du Luxe cherche-t-il à acquérir une identité française, à l’instar du marché des grandes marques ? Quels en sont les codes ?

C’est très compliqué et plein de paradoxes. Les grandes marques de biens de luxe semblent tourner autour du service et du voyage depuis quelques temps, il suffit de voir leurs différentes campagnes de publicité systématiquement orientées vers les expériences de voyage. Seul LVMH a sérieusement fait le pas en acquérant un hôtels à Courchevel il y a plusieurs années, le Cheval Blanc, avec la ferme intention de déployer une marque internationale – acquisition de l’Hôtel Saint Barth en Isle de France cet été, projet de l’hôtel dans la Samaritaine et d’autres encore. Armani et Bulgari sont aussi dans cette mouvance. Mais on reste au niveau de l’hôtellerie, qui pour le coup excelle en France au niveau du service de luxe. Seulement, l’hôtellerie n’est qu’une petite facette d’un voyage « expérientiel » pour reprendre un nouveau mot clé. La solution est entre les mains des nouveaux artisans du voyage de luxe. Traveller Made a la ferme intention de les aider à se déployer et à trouver leurs marques et leur style. Quant aux grandes marques françaises de biens de luxe, peut-être se décideront-elles un jour à franchir le pas vers ce nouveau secteur plein d’avenir ?

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