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Liberté de conscience ou réintroduction du blasphème ? Ce discret racisme inconscient qui se niche chez Mme Belloubet et autres SJW
©LUDOVIC MARIN / AFP

Réaction protectrice

Liberté de conscience ou réintroduction du blasphème ? Ce discret racisme inconscient qui se niche chez Mme Belloubet et autres SJW

Si vous ne connaissez pas les SJW (Social Justice Warriors), il s’agit de ces activistes toujours prompts à enfermer les minorités dans un statut de victimes, quitte à les traiter comme des mineurs tout en rejetant systématiquement la faute sur les moins minoritaires.

Vincent Tournier

Vincent Tournier

Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.

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Atlantico.fr : La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, s'est attirée de nombreuses critiques au sein de la classe politique pour avoir suggéré que l'insulte à la religion était un délit, ce qui n’est pas le cas en France ? Cette réaction protectrice ne démontre-t-elle pas un traitement infantilisant des populations musulmanes de la part de la justice dès qu’il s’agit de critiquer l’islam?

Vincent Tournier : Les musulmans ont-il vraiment besoin de protection ? Sont-ils menacés par Mila ? En réalité, la réaction de Nicole Belloubet ressemble plutôt à de l’électoralisme assez classique. En disant que les propos de Mila relèvent d’une « atteinte à la liberté de conscience », elle fait passer un message très clair : le gouvernement n’entend pas soutenir la critique de l’islam. Rappelons d’ailleurs que le parquet a engagé une procédure contre Mila pour incitation à la haine raciale, ce qui est non seulement absurde en soi puisqu’une religion n’est pas une race, mais en plus parce que Mila a elle-même clairement indiqué qu’elle n’était pas raciste et n’assimilait nullement la religion à une race.

Certes, la ministre de la justice a fermement condamné les menaces de mort, ce qui est bien le minimum qu’elle pouvait faire, mais le problème est qu’elle n’a rien dit sur le harcèlement dont cette jeune fille est victime, sur l’obligation qui lui est faite de changer de lycée, ou sur la diffusion de ses informations confidentielles. Que propose la ministre pour assurer la protection de cette jeune fille ? Quel est son plan pour empêcher que ce genre de situation ne se reproduise ? Quelles mesures compte-t-elle adopter pour préserver la liberté d’expression, liberté dont on imagine qu’elle figure en bonne place dans les programmes d’éducation civique ? Là-dessus, c’est le silence radio. 

Peut-on tirer des leçons de cette affaire ?

L’affaire Mila est tristement intéressante parce qu’elle constitue une sorte de test. Elle permet de savoir où en est la société, quelles sont ses valeurs et ses priorités, notamment du côté des élites. Or, le résultat n’est pas franchement rassurant. D’une certaine façon, cette affaire fait franchir un palier supplémentaire par rapport à celle des caricatures de Charlie Hebdo.

Mila est en effet une personne anonyme et inoffensive. Qu’une jeune femme inconnue de 16 ans déclenche un tel déchaînement de haine en dit long sur l’ampleur de la radicalisation religieuse et obscurantiste qui gangrène désormais notre pays. Cela permet incidemment d’avoir un aperçu sur le climat de terreur qui doit régner dans certains quartiers et au sein même de la communauté musulmane. L’affaire Mila donne ainsi un aperçu très concret de ce que Bernard Rougier et Hugo Micheron analysent dans leurs derniers ouvrages, à savoir qu’il existe toute une faune d’islamistes au petit pied qui mène un djihad du quotidien, que ce soit chez eux, dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Mila montre aussi que les élites qui nous gouvernent n’ont tiré aucune leçon des attaques contre Charlie Hebdo, dont on vient à peine de commémorer le cinquième anniversaire : malgré les beaux discours, on en est toujours à considérer que le plus grave danger vient de ceux qui critiquent l’islam. C’est sans doute ce qui explique que Nicole Belloubet plaide en faveur du retour des djihadistes partis en Syrie, s’opposant sur ce point au ministre des affaires étrangères.

En sachant que la jeune Mila est homosexuelle, ce cas ne démontre-t-il pas une certaine hiérarchisation des minorités?

Cette affaire démontre surtout que les causes des minorités ne sont pas toujours compatibles entre elles. On est très loin de l’image simpliste que veulent imposer certains cercles militants, qui soutiennent l’idée que la lutte politique se résume au clash entre deux camps : d’un côté les méchants nationalistes oppresseurs, généralement des hommes blancs, et de l’autre les minorités oppressées. Il est d’ailleurs possible que Mila, comme beaucoup de jeunes de son âge, était persuadée que la plus grave menace pour les gens comme elle venait du camp nationaliste. Peut-être pensait-elle aussi que la cause homosexuelle rejoignait celle des musulmans, et que tous deux subissaient la même domination blanche, hétérosexuelle et patriarcale. La réalité est pourtant bien différente. Les minorités ne sont pas toujours favorables aux femmes et aux homosexuels. Mila découvre qu’elle a peut-être moins à craindre des électeurs nationalistes que de certains musulmans. Pour les jeunes qui, comme elle, ont été nourris au petit lait de l’idéologie post-coloniale, cette découverte doit être un choc.  

Emmanuel Macron s’était emporté dans l’avion le ramenant d’Israël, affirmant avoir donné « 40 discours » sur la laïcité. La sortie de Nicolle Belloubet n’est-elle pas la démonstration d’une certaine vision de la laïcité de la part de ce gouvernement ?

Si Emmanuel Macron a le sentiment de ne pas avoir été compris après avoir prononcé 40 discours, c’est peut-être qu’il y a un problème de son côté. A force de dire tout et son contraire, il pouvait se douter que plus personne ne saurait quelle est la pensée présidentielle. Le problème est amplifié par le fait que, au sein du gouvernement, les voix sont discordantes. On le voit bien dans l’affaire Mila. Nicole Belloubet est intervenue au lendemain d’une autre intervention remarquée : celle de Marlène Schiappa qui, elle, est allée exactement dans l’autre sens en accusant Abdallah Zekri, le délégué général du Conseil français du culte musulman, d’avoir tenus des « propos criminels » pour avoir dit à propos de Mila : « elle l’a cherché, elle assume ». On peut d’ailleurs se demander si Marlène Schiappa ne devrait pas accuser Nicole Belloubet d’avoir elle aussi tenu des propos criminels : si un malheur venait à frapper Mila, jusqu’où ira la responsabilité ?

Et puis pour finir, on a vu Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, donc chargé des cultes, répondre à Nicole Belloubet en disant que le délit de blasphème n’existe pas. Bref, en 24 heures, on a eu tout et son contraire. Donc, bien malin qui peut dire quelle est la ligne de ce gouvernement et celle du président de la République. 

De toute façon, de manière générale, on voit bien que notre législation n’est pas adaptée. Ce n’est pas seulement un problème de laïcité. Certes, celle-ci devra forcément être revue pour tenir compte des nouveaux défis qui se posent à nous, et qui ne sont plus les mêmes que ceux que lançait le catholicisme au début du XXème siècle. Mais les réformes devront aller bien au-delà. On le voit avec l’affaire Mila : ce n’est pas la loi de 1905 qui est en jeu ici, mais la loi de 1972 sur le racisme. Cette loi a-t-elle toujours sa raison d’être ? De quoi avons-nous le plus besoin aujourd’hui : d’une loi qui protège les minorités de l’oppression ou d’une loi qui interdit aux minorités d’opprimer les dissidents et les esprits libres ?

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