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Monsieur le Président, saurez-vous vous souvenir que les entreprises françaises ne sont pas des adversaires mais la solution ?
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Compétitivité

Monsieur le Président, saurez-vous vous souvenir que les entreprises françaises ne sont pas des adversaires mais la solution ?

Les dirigeants d'entreprises scruteront avec attention trois signaux de votre début de mandat : le choix du Premier ministre, la conférence nationale sur la croissance et l'emploi et la fiscalité.

Pascal Perri

Pascal Perri

Pascal Perri est économiste. Il dirige le cabinet PNC Economic, cabinet européen spécialisé dans les politiques de prix et les stratégies low cost. Il est l’auteur de  l’ouvrage "Les impôts pour les nuls" chez First Editions et de "Google, un ami qui ne vous veut pas que du bien" chez Anne Carrière.

En 2014, Pascal Perri a rendu un rapport sur l’impact social du numérique en France au ministre de l’économie.

Il est membre du talk "les grandes gueules de RMC" et consultant économique de l’agence RMC sport. Il commente régulièrement l’actualité économique dans les décodeurs de l’éco sur BFM Business.

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Monsieur le président, au cours de votre campagne, vous avez désigné la finance comme l'adversaire à vaincre. L'opinion, souvent prompte aux raccourcis, a pu comprendre que la finance s'incarnait non seulement dans les conseils d’administration des banques, mais aussi dans les entreprises. Or, les entreprises ne sont pas l'adversaire, elles sont au contraire la solution. Pardon de le rappeler aussi brutalement, mais les entreprises du secteur marchand forment le seul espace économique de la nation où la richesse se crée et se partage (certes parfois de façon inégale). Les chefs d'entreprises sont membres à part entière de la communauté nationale et non des membres entièrement à part. Ils sont partagés sur le terrain politique comme toutes les autres catégories de la communauté nationale, même s'ils se reconnaissent plus facilement dans le programme de la droite. Les dirigeants d'entreprises, en particulier les entreprises familiales, seront sensibles à vos premiers signaux. Ils observeront en premier lieu votre choix pour Matignon.

La nomination de Mme Aubry comme Premier ministre serait perçue majoritairement comme une provocation. Mme Aubry a non seulement endossé la paternité des 35H, mais elle continue de prétendre, 15 ans plus tard, que sa réforme a été utile pour l'économie française. Oui, les 35H ont créé de l'emploi en France, mais de l'emploi public. En revanche, dans nos entreprises de main-d'œuvre, dans nos entreprises de taille intermédiaire, dans les plus de 3 millions d'entreprises de moins de 9 salariés, elles ont soit détruit des emplois, soit détruit de la valeur. Dans des secteurs vitaux comme l'agriculture et l’agroalimentaire, le renchérissement du coût de notre main-d'œuvre a été un facteur d'aggravation des différentiels compétitifs avec nos voisins. L’ambition des chefs d'entreprises n'est pas d'enchaîner la croissance, mais au contraire de la libérer, elle n'est pas davantage de réduire les salaires, mais au contraire de solvabiliser la demande. Un premier ministre idéologique serait assurément perçu comme un signal négatif.

Dans le même esprit, la communauté des affaires observera avec attention le rendez-vous de la conférence nationale sur la croissance et l'emploi. De nombreux chefs d'entreprises ne se sentent pas représentés par l'organisation patronale dominante. Il n'empêche que ces mêmes dirigeants, très souvent propriétaires de leurs entreprises et à ce titre engagés dans leur patrimoine personnel, attendent des mesures claires pour libérer la création d'emploi et simultanément protéger les employeurs. Serons-nous les seuls en Europe à maintenir un carcan administratif sur le contrat de travail ? L’Espagne paye au prix fort la rigidité de ses statuts, proches des nôtres. Ne faudrait-il pas s'inspirer des bonnes pratiques de nos voisins sans abjurer notre modèle social et favoriser des salaires flottants adaptés à des conjonctures volatiles que ni vous ni les entreprises ne maîtrisent ? Grâce à des dispositifs pragmatiques, les industriels allemands sont parvenus à faire le gros dos en période de vaches maigres, évitant ainsi les plans sociaux qui nous menacent, et leurs entreprises ont pu conserver leur main-d'œuvre qualifiée pour repartir à l'assaut des grands marchés quand le vent arrière s'est remis à souffler.

Le troisième signal fort que votre équipe et vous-même pourriez donner est précisément lié à vos qualités de chef d'entreprise. Bien sûr la France n'est pas une entreprise. Tant mieux d'ailleurs, car si tel était le cas, elle serait depuis bien longtemps sous administration judiciaire. Dans un pays où 1 salarié sur 6 est un salarié public, l’État, les collectivités majoritairement dirigées par vos amis et la fonction publique hospitalière font de vous le premier employeur du pays. Les chefs d'entreprise du secteur privé savent que les dépenses publiques supplémentaires se traduisent en général en impôts supplémentaires. Impôts que payent les personnes physiques, les citoyens et les personnes morales, les sociétés. Les entreprises petites et moyennes sont aujourd'hui entre les deux mâchoires de l'étau. D'un côté l'Etat, sans cesse plus gourmand, qui fait financer par d'autres son train de vie, de l'autre les mastodontes de l'économie qui exercent sur leurs fournisseurs un droit de cuissage économique odieux au nom du maintien du pouvoir d'achat. Dans une société de consommation, ouverte aux quatre vents, alourdir la fiscalité sur la production revient à donner un avantage de plus aux concurrents étrangers et renforce les barrières d'entrée pour les plus petits.

Dans ce contexte, chacune de vos nominations et chacun de vos gestes seront scrutés avec attention par le "marché". Non pas celui du CAC 40, mais celui plus laborieux des entreprises de France attachées à la reconquête de leur souveraineté économique.

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