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Justice
Le garde des Sceaux, Eric-Dupond Moretti, à l'issue du Conseil des ministres.
Le garde des Sceaux, Eric-Dupond Moretti, à l'issue du Conseil des ministres.
©LUDOVIC MARIN / AFP

Justice et délinquance

Les très, très singuliers chiffres de Dupond-Moretti

Un avocat est en droit de mentir pour protéger son client. Mais un ministre de la Justice ?

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Ce fut la plus lamentable plaidoirie de sa carrière. Voulant défendre les juges contre les accusations de laxisme brandies par les policiers, il s’exclama : « la police sans la Justice c’est le totalitarisme ». Hitler était à nos portes.

Puis il poursuivit en accusant l’extrême droite d’avoir « pénétré nos institutions ». Visait-il la place Beauvau ? Mais en tout cas nous sommes rassurés, l’extrême droite n’a pas été accueillie place Vendôme.

Dénoncer l’extrême droite est une psalmodie éculée, bonne pour les avocats stagiaires. Dupond-Moretti nous avait habitués à mieux. Car sa formule est aussi riche et puissante que de pisser dans un violon. Mais il fallait bien annoncer qu’Hitler était rentré par la porte.

La suite passa du stade d’affligeant à celui de mensonger. Les services de la Chancellerie avaient préparé pour Dupond-Moretti un petit papier avec des chiffres. Aux policiers qui réclamaient le retour des peines planchers initiées par Sarkozy, il envoya un missile dans les gencives. Elles avaient été supprimées par Hollande.

Dupond-Moretti : « entre 2007 et 2014 (date de leur suppression) les peines étaient nettement inférieures à celles prononcées depuis ». Certes mais curieusement les chiffres de la délinquance qui ont connu une progression exponentielle après cette période ne figuraient pas sur son bout de papier. La prochaine fois, il les demandera à Darmanin ?

Le missile fit pschitt. Et le deuxième tiré ensuite par Dupond-Moretti fit plouf. Sans hésitation, il indiqua dans un pathétique effet de manches qu’en 2019, « 132 000 peines d’emprisonnement fermes avaient été prononcées contre 110 000 en 2014 ». Il avait juste oublié de préciser combien d’entre elles avaient été pleinement exécutées. Là aussi il lui faudrait aller voir Darmanin…

La suite fut proprement pitoyable. Avec cette phrase inoubliable sur l’affaire Nordahl Lelandais : « l’avocate générale avait demandé 30 ans de réclusion, le jury populaire l’a condamné à 20 ans. Est-ce du laxisme ? ».

Sont-ce des Nordahl Lelandais qui égorgent et assassinent des policiers ? Sont-ce des Nordahl Lelandais qui caillassent les pompiers ? Sont-ce des Nordahl Lelandais qui vous rouent de coups pour une clope refusée ? La place Vendôme est à des millions d’années lumières de la banlieue !

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