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Les scandales de la République : le fichier des francs-maçons
Les scandales de la République : le fichier des francs-maçons
©REUTERS/Regis Duvignau

Bonnes feuilles

Les scandales de la République : le fichier des francs-maçons

Cet ouvrage démontre, sans esprit polémique mais sans complaisance, que tous obéissent à une même mécanique. Car le scandale est rarement un épiphénomène ou un événement autonome, il est bien au contraire un élément moteur de notre histoire politique, une arme dont tous les partis, à un moment ou à un autre, se sont servis. Extrait de "Les scandales de la République", de Jean Garrigues, publié chez Nouveau Monde Éditions (2/2).

Jean Garrigues

Jean Garrigues

Jean Garrigues est historien, spécialiste d'histoire politique.

Il est professeur d'histoire contemporaine à l' Université d'Orléans et à Sciences Po Paris.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages comme Histoire du Parlement de 1789 à nos jours (Armand Colin, 2007), La France de la Ve République 1958-2008  (Armand Colin, 2008) et Les hommes providentiels : histoire d’une fascination française (Seuil, 2012). Son dernier livre, Le monde selon Clemenceau est paru en 2014 aux éditions Tallandier. 

Voir la bio »

Il y a foule dans les tribunes de la Chambre, le 28 octobre 1904, lorsque le député de la droite nationaliste Jean Guyot de Villeneuve monte à la tribune pour interpeller le général André, ministre de la Guerre du gouvernement radical dirigé par Émile Combes. Depuis quelques jours, une rumeur s’est propagée dans la classe politique, relayée par un article paru la veille dans Le Figaro sous ce titre prometteur : « La délation dans l’armée. Une nouvelle mafia. » L’opposition nationaliste aurait la preuve que le ministre de la Guerre a organisé un vaste système d’espionnage parmi les officiers. Guyot de Villeneuve va révéler le scandale.

« L’armée n’a plus de chef »

Livide, comme habité par sa mission, il monte à la tribune dans un silence impressionnant. Devant lui, il dispose calmement plusieurs chemises jaunes. Il annonce qu’elles contiennent des documents provenant de trois sources : le ministère de la Guerre, le Grand Orient, ainsi que des personnalités francmaçonnes. À l’en croire, ces documents sont autant de preuves de la culpabilité du ministre de la Guerre, accusé de faire appel aux loges maçonniques pour collecter des renseignements sur les officiers de l’armée française.

À gauche et à l’extrême gauche, on s’indigne bruyamment contre cette nouvelle perfidie de l’extrême droite. Mais Guyot de Villeneuve, imperturbable, commence la lecture d’une correspondance, très explicite, entre le capitaine Mollin, officier d’ordonnance du ministre, et Vadecard, le secrétaire général du Grand Orient de France. La gauche vocifère, on frappe sur les pupitres, la droite réplique, on se lève, on s’injurie, mais le député nationaliste continue sa lecture. Les lettres sont accablantes : elles montrent que Mollin a sollicité pendant plusieurs années les services des francs-maçons, en dehors ou à l’intérieur même de l’armée, pour confectionner des fiches sur les officiers suspects de royalisme ou de cléricalisme.

Pris à partie par les députés socialistes, qui ne peuvent croire à un tel système, Guyot de Villeneuve interrompt soudain sa lecture : « Que M. le Ministre de la Guerre réponde, lance-t-il. Il sait, lui, si ces lettres ont ou non été écrites. Qu’il le dise ! Qu’il se lève ! » Mais le général André ne bouge pas, cloué au banc des ministres. « Vous n’osez pas le dire, mais parlez, parlez donc », l’exhorte Guyot de Villeneuve. On voit alors Émile Combes, le président du Conseil, s’approcher de son ministre pour lui demander d’intervenir. Le général André s’exécute, petit homme sec, écrasé par les circonstances : « J’ignore absolument l’existence de ces lettres. Je voulais que vous ayez terminé cette lecture pour faire cette déclaration ; mais puisqu’on me pousse beaucoup à parler tout de suite, je déclare que j’ignore absolument l’existence de ces lettres. »

Émile Combes, crâne chauve et moustache blanche, se jette à son tour dans la bataille, accusant Guyot de Villeneuve d’entretenir volontairement « la confusion entre la conduite personnelle du ministre de la Guerre et les actes, ignorés de lui, d’un de ses officiers d’ordonnance ». Mais Guyot de Villeneuve, arrimé à la tribune, reprend la lecture de ses lettres, puis de quelques fiches confectionnées par les francs-maçons. Au bout de trois heures de discours, de lectures et d’interruptions, il conclut : « Ministre de la Guerre à qui la France avait confié la force et l’honneur de son armée, vous avez divisé les officiers, vous avez semé la discorde dans le corps des officiers en y introduisant la politique et ses passions (…) Vous ne pouvez plus rester sur ces bancs. L’armée est trahie, l’armée n’a plus de chef, l’armée en appelle au Parlement. »

La réponse d’André est peu convaincante, comme s’il voulait noyer le poisson. Affirmant blâmer « très énergiquement les agissements qui viennent d’être dévoilés », il demande néanmoins « vérification » : « Je vous assure, messieurs de la droite, que si je viens à constater la réalité de ces faits, je n’hésiterai pas une minute à considérer que ma responsabilité est engagée et à venir vous l’offrir. » Jean Jaurès, le chef de file des socialistes, vient à sa rescousse : « Sera dupe qui voudra, sera complice qui voudra dans cette intrigue politique. » À ses yeux, la vraie question est de savoir comment Guyot de Villeneuve a pu se procurer les documents qu’il cite. Et le tribun socialiste de conclure : « À cette heure obscure et redoutable où des complications extérieures peuvent à tout moment surgir, le parti républicain se demandera s’il lui plaît de livrer le pays aux césariens d’aventure. »

Finalement, un ordre du jour favorable au gouvernement est adopté par 294 voix contre 263 : Émile Combes sauve sa tête. Mais on note qu’une bonne trentaine de députés de son parti, tels Paul Doumer, Georges Leygues et Joseph Caillaux, ont refusé de le soutenir. Doumer se déclare même choqué que le ministre de la Guerre essaie de rejeter sur son subordonné Mollin la responsabilité d’un « système de basse police que beaucoup soupçonnaient ». L’affaire semble ébranler sérieusement la majorité gouvernementale. Et ce n’est que le début du scandale.

Les vingt mille fiches du Grand Orient

Comment expliquer le scandale des fiches ? Très simplement par la lutte au couteau qui oppose depuis l’affaire Dreyfus les républicains de gouvernement, et notamment Émile Combes, à l’Église catholique et à ses soutiens politiques. Président du Conseil depuis juin 1902, Émile Combes traque impitoyablement les monarchistes, cléricaux et antidreyfusards de tous poils.

Quelles sont ses cibles ? L’Église, au premier rang, car cet ancien séminariste, surnommé « le petit père Combes », est un anticlérical convaincu. Engagé dans une véritable « campagne laïque », il multiplie les provocations et les brimades, notamment envers les congrégations religieuses. Par la loi du 7 juillet 1904, il fait même interdire l’enseignement à tous les congréganistes. Multipliant les provocations envers l’Église, il s’attire les foudres du pape, ce qui le conduit à rompre les relations diplomatiques avec le Vatican trois semaines plus tard.

L’épuration de l’appareil d’État est son deuxième objectif. Par l’intermédiaire de son fils, secrétaire général du ministère de l’Intérieur, il tente de débarrasser l’administration de tous les éléments suspects. Selon une circulaire du 20 juin 1902, les préfets sont tenus de réserver les postes administratifs à ceux « qui ont donné des preuves non équivoques de fidélité aux institutions républicaines ». Enfin, il s’en prend à l’armée, considérée, non sans raison, comme une pépinière d’anti-républicains. C’est en tout cas l’opinion du ministre de la Guerre, le général André, ancien directeur de l’École polytechnique et fervent républicain. L’un de ses officiers d’ordonnance, le capitaine Mollin, frère d’une loge maçonnique, est chargé de mettre en place la collaboration avec le Grand Orient. Ayant sympathisé avec Vadecard, le secrétaire général de l’ordre, Mollin lui a d’abord demandé des fiches sur une trentaine d’officiers, au printemps 1901. Satisfait du résultat, il a étendu les demandes de renseignements à des centaines d’officiers supérieurs et généraux. Des dizaines de loges sont mises à contribution, et les officiers francs-maçons fournissent eux-mêmes de nombreux renseignements. Au total, ce sont plus de vingt mille fiches qui sont ainsi transmises au ministère de la Guerre par le Grand Orient de France.

L’épuration de l’appareil d’État est son deuxième objectif. Par l’intermédiaire de son fils, secrétaire général du ministère de l’Intérieur, il tente de débarrasser l’administration de tous les éléments suspects. Selon une circulaire du 20 juin 1902, les préfets sont tenus de réserver les postes administratifs à ceux « qui ont donné des preuves non équivoques de fidélité aux institutions républicaines ». Enfin, il s’en prend à l’armée, considérée, non sans raison, comme une pépinière d’anti-républicains. C’est en tout cas l’opinion du ministre de la Guerre, le général André, ancien directeur de l’École polytechnique et fervent républicain. L’un de ses officiers d’ordonnance, le capitaine Mollin, frère d’une loge maçonnique, est chargé de mettre en place la collaboration avec le Grand Orient. Ayant sympathisé avec Vadecard, le secrétaire général de l’ordre, Mollin lui a d’abord demandé des fiches sur une trentaine d’officiers, au printemps 1901. Satisfait du résultat, il a étendu les demandes de renseignements à des centaines d’officiers supérieurs et généraux. Des dizaines de loges sont mises à contribution, et les officiers francs-maçons fournissent eux-mêmes de nombreux renseignements. Au total, ce sont plus de vingt mille fiches qui sont ainsi transmises au ministère de la Guerre par le Grand Orient de France.

Les dossiers explosifs de GT-104

Le général André aurait dû se méfier de Guyot de Villeneuve. Officier d’état-major, ce dernier a démissionné de l’armée avec fracas, en décembre 1901, en lui adressant une lettre incendiaire : « Il serait trop long d’énumérer ici tout ce que vous avez fait contre l’armée (…) Vous voulez de nos officiers faire les valets de la Défense républicaine ; ils veulent et doivent rester les soldats de la France. » Placé dans la réserve avec le grade de sergent, il a rejoint la Ligue de la Patrie française, avant d’être élu à Neuilly en mars 1902. Sa première intervention parlementaire, le 12 novembre 1903, a été pour dénoncer les interventions politiques dans l’avancement des officiers. Déjà, à cette époque, il se disait persuadé que le ministre de la Guerre avait organisé un réseau de mouchards pour les espionner.

Le 28 mai 1904, lors d’une conférence consacrée à « La franc-maçonnerie diabolique » chez Boni de Castellane, le « roi de Paris », Guyot de Villeneuve a reçu une lettre cachetée apportée par un valet de pied : « Monsieur le député. Je suis un F. M. disposé à me venger en divulguant tout à votre parti à condition d’obtenir de lui une rétribution équitable (…) Adresser propositions déguisées dans les annonces du Petit Parisien aux initiales GT-104. » Qui était ce mystérieux correspondant si bien informé ? Le numéro deux du Grand Orient, Jean-Baptiste Bidegain, l’adjoint de Vadecard. Très déçu que ce dernier ne lui ait pas laissé sa place, ce Basque d’origine est revenu à la foi catholique de son adolescence. Sous l’influence de l’abbé Bessonies, il a décidé de trahir le Grand Orient, en livrant les fameux fichiers.

Le 25 juin 1904, chez Bessonies, Guyot de Villeneuve a découvert avec stupéfaction les dossiers dérobés par Bidegain : ils contenaient les fiches de centaines d’officiers, ainsi qu’une trentaine de lettres du capitaine Mollin à Vadecard. Les fiches étaient d’abord et avant tout consacrées aux opinions religieuses des officiers : « … ultra ou archiclérical, très militant, violent et sectaire, enragé, méchant, actif, féroce, honteux, absolu, intransigeant, farouche, nuisible, fanatique, exalté, cléricaille, jésuite, jésuitard, jésuite en robe rouge, ou jésuitique jésuitisant. » On y trouvait aussi des informations sur les pratiques religieuses des officiers, sur leurs opinions politiques, leurs journaux préférés, leur famille, leurs relations, voire leurs vices cachés : « cherche l’oubli dans l’absinthe », « ne pense qu’au plaisir », « court la fillette », « reçoit le soir une femme réactionnaire »… Une bombe à retardement que Guyot de Villeneuve a fait exploser à son heure dans l’hémicycle.

Deux gifles et un suicide

À peine remis de leurs émotions du 28 octobre, les députés assistent le 4 novembre à une nouvelle séance très animée. Guyot de Villeneuve brandit à la tribune une note reçue par Émile Combes en décembre 1902 prouvant de manière irréfutable qu’il était au courant du système des fiches. Or, six jours plus tôt, il a affirmé le contraire. En conséquence, le député nationaliste exige la démission immédiate du président du Conseil.

Au moment d’ouvrir le scrutin sur l’ordre du jour de confiance, un nouvel incident éclate. « Je sais qu’un certain nombre de mes ennemis ont juré d’avoir ma peau ! Je résisterai à toutes les attaques et je resterai à mon poste jusqu’à ce qu’un vote manifeste de la Chambre m’en ait exclu », déclare le général André. À ces mots, le député nationaliste Gabriel Syveton se lève de son banc et vient gifler par deux fois le ministre de la Guerre. Les proches du gouvernement se précipitent pour le ceinturer, ceux de la droite viennent à sa rescousse, et une bagarre générale s’ensuit, tandis que le général André quitte l’hémicycle entre deux huissiers. C’est une des séances les plus chaudes de notre histoire parlementaire !

À Paris comme en province, l’agitation est grande, les camps se forment, les comptes se règlent, comme aux plus beaux jours de l’affaire Dreyfus. Une frénésie de duels s’empare des nationalistes, à commencer par Guyot de Villeneuve, qui se bat plusieurs fois à l’épée pendant le mois de novembre. Quant à Gabriel Syveton, il échange deux balles avec le capitaine de Gail, qui défend l’honneur du ministre de la Guerre. Ce dernier, alité, épuisé par le scandale, présente finalement sa démission le 15 novembre 1904. À Émile Combes, venu aussitôt à son chevet, il déclare : « Depuis huit jours, je ne vis plus. Je veux dormir tranquillement dans mon lit la nuit prochaine. » Dans L’Aurore, Georges Clemenceau le considère comme un bouc émissaire : « Combes a démissionné le général André », écrit-il, ajoutant que le président du Conseil « a connu et encouragé, tacitement du moins, toutes les fautes ». Après Doumer, Leygues et Caillaux, voilà encore un ténor du radicalisme qui attaque Émile Combes !

Le 8 décembre, un événement imprévu survient au coeur du scandale : la mort mystérieuse de Gabriel Syveton. Sa femme, qui a découvert le corps, pense qu’il s’agit d’une fuite du chauffage au gaz qui l’a asphyxié. La presse nationaliste crie aussitôt au meurtre : « À l’assassin ! », titre L’Intransigeant, tandis que La Libre Parole évoque un « assassinat maçonnique ». Mais, quelques jours plus tard, nouveau coup de théâtre : on apprend que le gendre de Syveton, Ménard, était sur le point de porter plainte contre son beau-père. Le député nationaliste aurait en effet abusé de Marguerite de Bruyn, fille d’un premier mariage de sa femme, et épouse de Ménard. Il se serait suicidé au gaz pour échapper au déshonneur. Cette révélation surprenante est aussitôt confirmée par Marguerite, puis par sa mère, l’épouse de Syveton, ainsi que par deux servantes de la famille, qu’il aurait forcées à participer à des orgies érotiques.

C’est le grand déballage, qui fait apparaître un véritable obsédé sexuel, amateur de plaisirs pervers et de maisons closes. Les faits sont si choquants que plusieurs journaux refusent d’en faire mention, et que Le Matin choisit de les publier en grec… afin d’épargner la pudeur des masses. Mme Syveton révèle en outre que son mari aurait détourné quatre-vingt-dixhuit mille francs des caisses de la Ligue de la Patrie française, dont il était le trésorier. Cela fait beaucoup de charges pour celui qui voulait apparaître comme l’un des chevaliers blancs de la droite nationaliste. Pour Émile Combes, c’est une aubaine, car l’extrême droite se trouve discréditée. Mais c’est dans son propre camp que se trouvent ses plus dangereux adversaires.

La chute du « combisme »

Combes est cerné par les attaques. Le 9 décembre 1904, le député socialiste Alexandre Millerand demande à la Chambre de le renverser : « À vous de libérer ce pays de la domination la plus abjecte et la plus répugnante que jamais gouvernement ait entreprise de faire peser sur l’honneur et les intérêts des citoyens. » De son côté, Guyot de Villeneuve reprend le 12 décembre la publication quotidienne des fiches. Il écrit au général Florentin, grand chancelier de la Légion d’honneur, pour lui demander d’interdire le port de la croix à ceux qui ont collaboré aux fichiers. Une pétition, rendue publique le 23 décembre, porte la signature de six mille membres de la Légion d’honneur favorables à cette mesure. Le même jour, au Palais-Bourbon, une large majorité de députés vote un ordre du jour condamnant la délation.

Élu président de la Chambre le 10 janvier 1905, Paul Doumer s’en prend à son tour ouvertement à Émile Combes : « Par les pratiques corruptrices dont il use, par la délation qu’il protège, ce ministère est devenu pour le pays une cause de scandale en même temps qu’un véritable danger. » Trois jours plus tard, à l’occasion d’une énième interpellation sur la politique générale du gouvernement, le marquis Baudry d’Asson, député royaliste de Vendée, bondit sur le président du Conseil avec une casserole en cuivre dissimulée sous sa redingote et tente de l’en coiffer : « Recevez cette couronne, monsieur l’abbé, vous l’avez bien méritée. » Le marquis subit évidemment la censure de la part d’une large majorité de députés, mais cette nouvelle agression reflète la fragilité du ministère, attaqué de toutes parts..

Lorsque Émile Combes monte à la tribune pour répondre à l’interpellation, le lendemain, chacun a compris qu’il va prononcer son testament politique. En dépit des interruptions multiples, le président du Conseil présente longuement le bilan de son action, ne reniant rien de sa politique anticléricale, insistant notamment sur la fermeture des écoles religieuses, « l’un des actes les plus considérables accomplis depuis un siècle ». S’il exprime sa réprobation pour le système des fiches, dont il rappelle qu’il a été installé par son prédécesseur Waldeck- Rousseau dès 1901, il estime injuste de frapper ceux qui y ont participé de bonne foi, ceux que ses adversaires appellent les « délateurs ». Se déclarant « fier » des services rendus à la République, il évoque de nouvelles réformes, à discuter à Pâques. Des bancs de la droite, on lui crie : « Et à la Trinité ? »

Le 18 janvier 1905, Combes envoie sa lettre de démission au président de la République Émile Loubet, qui l’accueille avec plaisir. Joint à cette lettre, un rapport manuscrit condamne « la coalition d’ambitions impatientes et de haines cléricales et nationalistes », invitant le président de la République à nommer un successeur qui continuera sa politique. Juste après sa démission, paraît sous forme de faire-part bordé de noir le Testament politique et d’intérêt supérieur d’Émile Combes, dit Concombre, ex-président du ministère de la Désorganisation Nationale. On ricane sur les Boulevards.

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