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Les entreprises ne pourront pas se passer des marchés étrangers que leur offre la mondialisation
©ludovic MARIN / POOL / AFP

Relance axée sur l’international

Les entreprises ne pourront pas se passer des marchés étrangers que leur offre la mondialisation

Pierre Goguet, président de CCI France, revient sur l'impact de la crise du coronavirus sur l'économie et pour les entreprises françaises ainsi que sur les enjeux de la reprise de l'activité après le déconfinement.

Pierre Goguet

Pierre Goguet

Pierre Goguet est président de CCI France. 

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Atlantico.fr : L’activité économique peut-elle redémarrer en France dès aujourd’hui ?

Pierre Goguet : La capacité des entreprises à pouvoir s’équiper en matériel de sécurité est le prérequis au redémarrage de l’activité économique. Ils nous faut des masques, des gants, pour pouvoir travailler en sécurité. Certaines entreprises commencent à fabriquer du matériel de protection alternatif avec des artisans locaux, mais cela reste encore insuffisant. Toutes les entreprises, quel que soit leur secteur, ne pourront rouvrir que si on peut assurer une protection avec du matériel adapté aux salariés. Je pense qu’une généralisation des masques au-delà des secteurs prioritaires doit être mis en place. 

Car notre activité économique continue de régresser. Beaucoup d’entreprises qui étaient restées ouvertes sont en train de souffrir du manque de clients, de l’inquiétude de leurs salariés et sont en train de basculer en chômage partiel et pour certaines de s’arrêter. Il faut absolument arriver au stade où nous avons suffisamment mis en confiance, avec les outils adaptés et en respectant les consignes sanitaires, les salariés et les entrepreneurs. 

Dans ce contexte d'urgence sanitaire et en concertation avec CCI France et CMA France, Cdiscount, filiale du Groupe Casino, se mobilise en faveur de la continuité économique des TPE et PME. Elle met en vente des masques chirurgicaux (EN 14683 ou équivalent) à leur destination dans toute la France métropolitaine après une période de test réussie en région Auvergne-Rhône-Alpes. Une démarche accompagnée par la Direction générale des entreprises au Ministère de l'Économie et des Finances et la Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer au Secrétariat d'État chargé des transports.

Après la crise, comment relancer les entreprises françaises ?

La réponse à cette question s’adapte au territoire touché par l’épidémie. Certains départements, comme la Côte d’Azur ou celui de Lourdes, seront très impactés par la problématique du tourisme. Nos CCI auront un rôle essentiel à jouer avec les préfets afin de déterminer les mesures adaptées, filière par filière, secteur par secteur, voire par typologie d’entreprise pour aider les territoires. Dans un secteur comme l’aéronautique, l’approche « filière et sous-traitant » est essentielle. Si vous tuez l’écosystème qui permet à un grand groupe comme Airbus de fonctionner en laissant mourir ses sous-traitants, vous risquez d’avoir un vrai problème.

Les problématiques sont nombreuses, et propres à chaque entreprise : il peut y avoir un besoin de capitaux propres, d’investissements mais aussi de relocalisation. On voit bien qu’à force de délocaliser la production de certains produits dans des pays à bas coût, dont les médicaments, on a créé des dépendances industrielles catastrophiques.

Nos entreprises vont sortir de l’épidémie en convalescence. Spontanément, de nombreuses entreprises ne vont plus investir.  Elles vont essayer avant tout de rattraper leurs pertes, de reconstituer la capacité de production. Or c’est l’investissement qui fait la compétitivité de la France et de l’Europe et qui déterminera leur puissance économique dans l’avenir. Il va falloir déterminer des programmes européens et nationaux  importants sur l’investissement pour convaincre des entrepreneurs d’investir. 

Aussi, il faudra axer la relance sur l’international. Cette crise ne tuera pas la mondialisation. Les entreprises chinoises sont en train de revenir sur le marché. Si nous n’y revenons pas très vite, d’ici l’été, nous allons reculer. C’est le sort de notre industrie et donc de nos emplois à moyen terme qui est en jeu. 

Enfin, j’ajouterai que la solidarité entre entreprises est également un enjeu majeur de la relance économique de notre pays. Il faut que les grands groupes alimentent et fasse travailler des écosystèmes de proximité. Il faut que cette alternative continue d’exister, qu’elle soit préservée. La question de la souveraineté industrielle, technologique et médicale est essentielle pour l’avenir. Notre réseau des CCI est et sera aux côtés de toutes ces entreprises françaises.

Les mesures d’aide prises jusqu'à présent par le gouvernement pour aider les PME et les TPE sont-elles suffisantes au vu de la crise économique profonde qui s’annonce ?

Il faut saluer l’importance de ces mesures. Le gouvernement a pris la mesure de la situation: 300 milliards d’euros de prêts garantis par l’État, 45 milliards de mesures de trésorerie et de dépenses publiques portées à 110 milliards dont un fonds de solidarité pour les TPE-PME qui passe d’un milliard à 7 milliards, auxquels s’ajoutent 500 milliards d’aides de l’Europe ( même si nous n’en connaissons pas le fléchage direct jusqu’à notre pays ) … Les aides aux entreprises et l’étendue des entreprises couvertes sont ajustées au fur et à mesure que nous faisons remonter les trous dans la raquette. Dès que nous avons signalé que certaines catégories d’entreprises n’étaient pas inclues dans le dispositif d’aide (entreprises en difficulté, start-up qui doivent lever des fonds, entreprises au chiffre d’affaires irréguliers, conjoints collaborateurs, etc…) le gouvernement a répondu présent systématiquement. Il est probable que les chiffres liés à l’impact de la crise économique aillent bien au-delà de ce qui est mis à disposition des entreprises aujourd’hui, mais le gouvernement reste proactif sur cette question, et s’adapte au fur et à mesure de l’identification pertinente des besoins sur le terrain.  

Comment les besoins des entreprises sont-ils identifiés sur le terrain ?

Depuis le 17 mars dernier, Bruno Lemaire a souhaité que les Chambres de commerce et d’industrie soient le premier interlocuteur. Les CCI ont mis en place une cellule d’accompagnement pour les entreprises dans chaque territoire. Nous avons eu en moyenne 40 000 appels par semaine, pendant les trois premières semaines. La semaine dernière, le chiffre a doublé : 90 000 appels. Cela souligne ce besoin de contact qu’ont les entrepreneurs. L’aspect psychologique est essentiel. L’entrepreneur qui se pose des questions doit avoir un interlocuteur qui est au sein de son territoire, qui en connait les enjeux et les problématiques. En plus du travail psychologique pour rassurer les entrepreneurs, les CCI rappellent certaines entreprises en difficulté pour savoir si elles ont trouvé la solution au problème posé, mais elles se chargent d’appeler celles qui ne l’ont pas fait. Le non appel d’une entreprise n’est pas forcément bon signe. La CCI a la chance d’être un  établissement hybride : un organisme public piloté par des chefs d’entreprise issus des territoires. Nous connaissons nos collègues et leurs difficultés. Les CCI ont également mis en place de nombreuses initiatives pour aider les entreprises qui maintiennent des activités autorisées. La CCI d’Aix Marseille Provence a, par exemple, mis en place une carte géolocalisée des commerces, artisans, producteurs locaux ouverts dans la région. Ce système a été mis en place dans 50 de nos CCI et continuera d’être déployé.

Propos recueillis par Mark Samba

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