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Les CRS en ont ras-le-bol : il faut réformer Vigipirate.
Les CRS en ont ras-le-bol : il faut réformer Vigipirate.
©Reuters

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Les CRS en ont ras-le-bol : il faut réformer Vigipirate

Une tribune de Marc Dubief, conseiller municipal de Bron.

Marc Dubief

Marc Dubief

Marc Dubief est conseiller municipal de Bron.

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« Les soldats au bord de la crise de nerf » « Les héros sont fatigués » ou « Vigipirate met les CRS K.O. » !  titre la presse. Si les CRS sont K.O. debout, le plan Vigipirate, mis en œuvre pour la première fois en septembre 1995, l’est aussi. Il a vingt ans. En vingt ans la menace terroriste a fortement évoluée.

Vigipirate a vingt, il est fatigué !

Le plan Vigipirate lui, est resté le même. Le gouvernement, souhaitant rassurer les citoyens par une démonstration de force, ne se pose pas la question de la pertinence du dispositif à la situation actuelle. Nous sommes en effet passés d’un terrorisme organisé, structuré, dont les actions nécessitaient une longue préparation, à des actions éparses, rapides, improbables. Ainsi, malgré Vigipirate, en un mois, la France a été agressée par des terroristes islamistes, pour la plupart français, à sept reprises.

 

Il y eut le 20 décembre, l’attentat au commissariat de Joué-lès-Tours.  Il y eut l’attentat de Dijon le 21 décembre. Il y  eut l’attentat de Nantes, le lundi 22 décembre 2014. Puis il y eut Charlie Hebdo, Montrouge, l’épicerie Casher début janvier, qui, par leur monstruosité ont effacé des mémoires les précédents attentats.

 

Il y eut l’attentat de Nice le 3 février 2015.

 

L’attentat de Nice montre combien ce dispositif, qui n’a plus rien de remarquable tant il fait parti de notre environnement depuis vingt ans, est inadapté désormais. Les soldats déployés pour protéger les sites sensibles, dont les lieux de cultes juifs et musulmans, sont devenus des cibles. Le plan Vigipirate n’a pas empêché ces sept attentats. C’est un peu comme l’abus d’antibiotiques : il provoque l’inefficacité de ceux-ci. Nos soldats deviennent, sous la tente prêtée par un voisin, des cibles. Les communautés et leurs bâtiments, telle la synagogue ou la mosquée, ainsi surveillées, sont mis en marge de la communauté nationale.   

 

Vigipirate n’est plus adapté au terrorisme de 2015

Les consignes données aux soldats sont simples : ne pas se faire désarmer…  A Nice, un, deux, trois soldats sont attaqués, deux sont blessés ! Si l’un d’entre eux avait eu l’idée de tirer pour défendre son camarade, il se serait rendu coupable d’assassinat… La passivité du dispositif  est une invitation pour les islamistes à frapper. D’un côté on met en examen pour apologie du terrorisme un enfant de 10 ans, et de l’autre trois soldats ne peuvent, car ils n’en ont pas l’autorisation, neutraliser un assaillant. Ce n’est pas cohérent. Et pendant que l’on joue à la marchande en France, Daesh brûle vif un pilote Jordanien et la Jordanie décapite deux prisonniers en représailles, décapite vingt-et-un chrétien copte d’Egypte. Deux poids, deux mesures…

 

Enfin les moyens mis à disposition de Vigipirate, détournent des moyens de vraies missions de protection et de renseignement. L’attaque du RER à Juvisy le 15 mars illustre l’incapacité des forces de l’ordre à être sur deux « fronts ». Les milliers d’euros dépensés pour Vigipirate seraient bien plus utiles pour équiper nos soldats qui opèrent au Mali ou en RCA, ou pou renforcer durablement les effectifs de police. Le patron du syndicat Alliance police Nationale va jusqu’à proposer de « déléguer certaines missions de garde statique à des officines privées » ! Aujourd’hui ce sont plusieurs compagnies de CRS qui se mettent en arrêt maladie, par « ras-le-bol ». Il faut agir, ne pas laisser la « fatigue » s’installer.

 

Vers un plan Vigipirate des valeurs

Le gouvernement doit donc réformer Vigipirate. Il doit l’adapter à la nouvelle donne du terrorisme islamique, à la nouvelle donne des ennemis de l’intérieur. Le renseignement doit être renforcé, la protection discrète par des différents symboles de la République doit être la règle. Surveillons les individus plutôt que les sites, redonnons du sens au dispositif en lui donnant un caractère exceptionnel et temporaire, appelons un chat un chat, ce ne sont pas des « pirates » qui attaquent mais des terroristes islamiques ! Les spécialistes du terrorisme doivent s’interroger et proposer. Par ailleurs, si le combat policier est indispensable, le meilleur additif de Vigipirate à long terme, pour lutter contre l’ennemi de l’intérieur, n’est-il pas le réarmement moral de la France ? C'est-à-dire l’affirmation de ce que nous sommes, un grand pays, par notre culture, notre histoire, nos rites et coutumes ! Les actions de « réarmement moral », comme une vraie instruction civique ou une histoire de France de nouveau épique, doivent être embarquées à l’occasion du renouveau de Vigipirate. Faire aimer la France en commençant à l’aimer nous même. Il nous faut paraître fort, l’ennemi abhorre les faibles. Avec un volet « passif » réinventé et un volet « actif » et préventif Vigipirate retrouvera l’efficacité perdue.

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