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Depuis près de deux semaines des clowns décrits comme terrifiants affolent les riverains, d'abord dans le Nord puis dans le reste de la France.

"Ça"

Les clowns terrifiants, face visible d’une progression inquiétante de la violence que les pouvoirs publics refusent de voir ?

Depuis plusieurs semaines, des personnes déguisées en clowns s'amusent à faire peur aux riverains, à tel point que la police incite les citoyens à l'alerter. Car si la plupart semble animée par un désir d'alimenter les réseaux sociaux de leur canular, certains clowns pourraient aussi cacher de vrais délinquants.

Jean-Pierre Bouchard

Jean-Pierre Bouchard

Jean-Pierre Bouchard est psychologue et criminologue spécialiste des agresseurs et des victimes. 

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Atlantico : Depuis près de deux semaines des clowns décrits comme terrifiants affolent les riverains, d'abord dans le Nord puis dans le reste de la France. Quel est le profil des personnes ayant recours à cette pratique et comment expliquer un tel engouement ?

Jean-Pierre Bouchard : Il n'y a pas qu'un type de profil. Mais d'une manière générale, il s'agit de personnes plutôt jeunes qui peuvent peut-être s'inspirer de vidéo ou encore de films. Je pense notamment au personnage du joker dans Batman qui était  grimé en clown et qui a connu un grand succès. Eh bien, en  janvier 2009, un belge déguisé en Joker avait été inculpé pour assassinats et tentative d'assassinat. Dans la région de Nantes, un lycéen inspiré du film Scream avait commis un homicide en 2002. Le masque et le déguisement ont toujours attiré des esprits qui avaient déjà une part de violence.

Mais aujourd'hui les clowns concernent également des personnes qui ont simplement envie de s'amuser et qui n'ont pas conscience qu'avec des armes, même factices, elles peuvent terroriser les gens. Si la majorité cherche à s'amuser, derrière ces masques de clowns, de vrais délinquants ont agressé des personnes comme à Montpellier par exemple. Certains profitent donc de ce phénomène pour mal agir. Et avec les réseaux sociaux tout s'accélère.

Par ailleurs, je suis assez surpris de voir tout un mouvement gore qui semble renaitre auprès des jeunes. On constate le besoin de se déguiser avec des costumes sanguinolents. Sur la masse il peut toujours y avoir des déséquilibrés. Cela pose un problème de sécurité publique car il y a eu des cas avérés. Et les forces de l'ordre doivent se préoccuper de cela car certain sont peut-être dangereux. Ainsi, sous les mêmes apparences se cachent des phénomènes différents et des psychologies très différentes.

Les violences contre les personnes ont progressé de 3,8% entre mai 2013 et juin 2014 (lire ici). Quel rôle le contexte joue-t-il dans la compréhension de ce phénomène ? Encourage-t-il le passage à l'acte des aspirants clowns terrifiants ? 

Encore une fois, certaines personnes peuvent vouloir jouer de façon nigaude, ce n'est certes pas très habile et social. Mais on peut aussi retrouver des personnes délinquantes. On part d'un phénomène à petite échelle qui recouvre plusieurs modes opératoires et des psychologies différentes.

>>A lire également : Chiffres de l’insécurité : le désastre dont personne n’osait vraiment parler

Pour les "joueurs", le contexte c'est les réseaux sociaux, la mise en ligne des vidéos. Pour les autres, ce sont bien les intentions délinquantes qui comptent et dans ce cas le contexte de violence joue bien évidemment un rôle.

Un certain climat d'insécurité ressenti par la population alimente-t-il la psychose sur le sujet ?

Oui, bien sûr car si ce phénomène est minime, la plupart des gens se sentent en insécurité car ils ont effectivement vu des vols ou en ont subi. Et ce sentiment n'est pas infondé, il s'appuie sur une réalité.

Les riverains ne sont d'ailleurs pas les seuls à se préoccuper de la présence de ces clowns, la police diffuse des messages incitant les citoyens à signaler la présence de clowns. Qu'est-ce que cela dit de l'évolution de la violence ?

Il s'agit d'une apparence de plus de la violence mais qui s'appuie sur les mêmes ressorts de la nature humaine, à savoir le désir de se faire remarquer, le désir de nuire gratuitement et le désir de nuire pour s'approprier des choses.

En revanche, si je ne crois pas au copycat pour les tueurs cela peut s'appliquer dans les formes de délinquance mineure. Il est tout à fait possible qu'il y ait un phénomène d'imitation et d'entrainement d'autant plus grand étant donné le rôle joué par les réseaux sociaux et les médias traditionnels. 

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