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"François Hollande a déjà tellement raconté d’histoires dans sa carrière qu’il faudra juger sur pièce."
"François Hollande a déjà tellement raconté d’histoires dans sa carrière qu’il faudra juger sur pièce."
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Trompe-l'œil : pourquoi les annonces de François Hollande pour les entreprises n'ont pas toute l'ampleur financière annoncée

Hier, tout le monde était content. François Hollande le premier, ses ministres, et surtout le monde des affaires. Tout le monde était content parce que le programme allait plutôt dans le bon sens. Et puis le lendemain, le réveil a été plus difficile.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Depuis 24 heures, la gauche de la gauche commence à crier à la trahison, les écolos ne digèrent pas, la droite considère qu’il y a plagiat sur les projets mais que toute façon ça ne marchera pas. Quant aux chefs d’entreprise, ils attendent pour voir si la réalité tient les promesses du nouvel an. La bourse elle-même, qui avait anticipé un virage social-démocrate revient à la raison. 

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François Hollande a déjà tellement raconté d’histoires dans sa carrière qu’il faudra juger sur pièce. Pas de chèque en blanc. Son principal adversaire aujourd’hui c’est sa perte de crédibilité politique. Comment faire passer un texte qui correspond aux nécessités après avoir raconté à sa majorité et aux Français qu'il fallait faire autrement. Le décalage entre ce qu’il a fait et dit pendant dix-huit mois et ce qu'il faudrait faire maintenant est trop grand. Le décryptage du discours présidentiel souligne cinq zones d’ombre ou de grand flou qui occultent ce décalage entre la promesse et l’obligation et brouillent complètement le message.

Première zone de flou, le calendrier. On ne sait pas à quelle date les entreprises commenceront à bénéficier de la baisse des charges. Sans doute pas avant 2016. François Hollande a peut-être volontairement brouillé les pistes.

Deuxième zone d’ombre, on ne sait plus, 24 heures après la fête, quel sera le montant exact du bénéfice compétitivité pour les entreprises de la suppression des charges. François Hollande nous dit 30 milliards, c’est le montant du produit de la cotisation famille. Ok, mais il dit aussi que le crédit impôt compétitivité qui représente un transfert de 20 milliards vers les entreprises sera progressivement supprimé. Ce qui veut dire que l’effort supplémentaire de compétitivité impacté par ce nouveau contrat de confiance, versus 2014 ne sera que de 10 milliards d’euros soit au total 30 milliards d’euros… mais surement pas 50 milliards.

>>>>>>>> A lire également : Non, vraiment, même en recalculant, ça ne passe pas... Retour sur les mauvais comptes des annonces de François Hollande

Troisième zone d’ombre, on ne sait pas comment seront définies les contreparties emplois. Il y aura bien une agence des contreparties mais sur quel critère ? Avec quel objectif ? Aucune précision. Les chefs d’entreprise sont plutôt satisfaits de ne pas avoir de contraintes et d’engagements gravés dans les tables de la loi, sauf que, s’il n’y a pas de résultats et que tout le monde a promis des emplois, le réveil sera violent pour tout le monde. Or, aucun chef d’entreprise est capable de dire si la baisse des charges entrainera des créations d’emplois et quand. Tout le monde pense que ça participe à un écosystème plutôt favorable mais sans plus…

Quatrième zone d’ombre, la baisse des dépenses publiques. Le propos est purement incantatoire. François Hollande annonce 50 milliards de baisses de dépenses d’ici 2017. Il ne dit pas où et comment ! Supposons qu’on y arrive, après tout, cela doit représenter 4% du budget global en 3 ans. C’est faisable de raboter 4%. Sauf que si on ajoute à ces 50 milliards tout ce qui a été promis l’année dernière et cette année à la Commission de Bruxelles et aux marchés, ce n’est pas 50 milliards d’ici 2017 qu'il faudra trouver c’est 50 milliards par an. Trouver de telles sommes c’est possible à condition que l’État abandonne des pans entiers de son activité et réduise son périmètre. Or sauf erreur, François Hollande n’a annoncé aucun abandon sérieux sur les budgets que l’on pourrait couper, la défense par exemple ou encore la sécurité sociale. Il n’a annoncé aucune privatisation.

Cinquième zone d’ombre, le renforcement de la gouvernance européenne. Là encore, l’intention est cohérente avec ce qu'il vaut faire. Il faut nécessairement renforcer la gouvernance du couple franco-allemand pour construire une autre solidarité monétaire par exemple. Mais sur ce chapitre, il se berce d’illusions. L’Allemagne d’un côté et l’opinion publique française de l’autre ne sont certainement pas prêts à renforcer le couple franco- allemand dans les conditions actuelles. Que la France commence sérieusement à faire le ménage avant de demander aux autres de l’emmener plus loin. L’opinion voit mal François Hollande devenir l’architecte d’une construction qu'il a contribué à affaiblir pendant 2 ans.

Pour sortir de ce flou, il va falloir que la majorité politique fasse preuve d’une grande indulgence à l’égard de son chef. Il va falloir que l’opinion publique oublie ce qu'on lui a fait subir. Il va falloir aussi que le président de la République se découvre des qualités de magiciens. La logique et la cohérence ne suffisent pas, pour séduire des chefs d’entreprise. Il leur faut aussi du crédit et de la légitimité. Ce pays n’a plus de crédit et son chef n’est plus légitime.

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