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Jamais il n'y avait eu une telle unanimité chez les responsables politiques pour s'asseoir sur les règles et les contraintes budgétaires européennes.
Jamais il n'y avait eu une telle unanimité chez les responsables politiques pour s'asseoir sur les règles et les contraintes budgétaires européennes.
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Les candidats à la présidentielle vont tous s’asseoir sur les règles budgétaires européennes, et après ?

Tous les candidats à la présidentielle, à droite comme à gauche, font des promesses qui vont les obliger à s’affranchir du pacte de stabilité, mais aucun ne dit comment, concrètement, cette liberté coûteuse pourra s’exercer après l'élection.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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C'est quand même extraordinaire : jamais il n'y avait eu une telle unanimité chez les responsables politiques pour s'asseoir sur les règles et les contraintes budgétaires européennes.

Si l'on écoute bien Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et même Manuel Valls ou Emmanuel Macron, tous annoncent des procédures et des programmes de baisse d'impôts, ou des projets d'aides sociales et de soutiens économiques. Aucun ne se préoccupe du déséquilibre budgétaire et tous affirment crânement qu'il faudra négocier avec Bruxelles mais que la négociation sera rapide parce que "les projets politiques ne sont pas discutables par les eurocrates". Il faudra donc que Bruxelles se plie aux exigences. Bien sûr que Bruxelles écoutera, mais les partenaires européens n'accepteront pas de payer l'addition à notre place.

Les candidats de droite sont un peu moins arrogants. Certains parlent de la nécessité de réduire les dépenses publiques, comme François Fillon ou Nicolas Sarkozy, mais tous, comme Bruno Le Maire ou Alain Juppé, ont en réserve l'arme fiscale pour acheter des voix ou marquer leur volonté de faire repartir la machine économique. Et là encore, quand on fait les comptes, l'équilibre n'est pas protégé et le respect des contraintes budgétaires est suspendu à une conjoncture très incertaine qu'on occulte par des hypothèses un peu optimistes. Classique !

Tous affirment qu'ils iront à Bruxelles négocier une refonte des traités. Quant à l'extrême-droite, le Front national, et Marine Le Pen en tête, annonce des référendums sur l'Europe, le traité de Maastricht et l'euro. Ca promet !!!

C'est d'ailleurs assez curieux, cette démarche de responsables politiques qui se présentent avec un programme et qui promettent de faire valider ce programme par un référendum. Comme s'ils n'avaient pas confiance en ceux qui vont voter pour eux. A moins que ce ne soit l'inverse. Peut-être n'ont ils pas totalement confiance dans le programme qu'ils présentent. Du coup, ils essaient de le faire valider par le référendum. Comme si la légitimité de la présidentielle n'était pas suffisante.

Le vrai problème dans cette affaire est posé par la probabilité d'un débat après la présidentielle sur les modalités de financement des promesses faites. La France vit à crédit depuis plus de dix ans et son endettement est considérable. La France vit à crédit parce qu'elle trouve assez facilement des financements internationaux. Les dettes en euro sont acceptées dans le monde entier parce que les prêteurs d'argent ont la conviction que ces prêts sont garantis par l'Union européenne, et d'une certaine façon c'est vrai.

L'endettement français est garanti par notre proximité avec l'Allemagne ou par l'imagination de la Banque Centrale Européenne.

La France réussit à trouver des endettements parce que les taux d'intérêt sont très bas mais encore légèrement supérieurs à ce que le dollar offre. Pour l'instant, le rendement de l'euro est donc supérieur au rendement du dollar.

Imaginons que dans six mois ce soit l'inverse parce que les taux américains auront augmenté. Ce jour-là, l'Europe et les pays en Europe les plus endettés, comme la France, ne trouveront plus de financement. La panne sèche.

Les responsables politiques sont parfaitement conscients de ce piège qui peut se refermer du jour au lendemain et qui reviendrait à ruiner les épargnants investis en assurance-vie (l'enjeu est là), ce qui est inacceptable politiquement.

Les responsables politiques ont tous dans l'idée de demander une renégociation des traités. En clair, ils demanderont des facilités de crédit supplémentaires. Un peu comme une entreprise qui est en difficulté et qui va voir son banquier pour éviter d'être étranglée.

Ce que les responsables politiques ne disent pas, c'est que cette négociation ne sera possible que si nous apportons en échange des projets de coordinations politiques ou des hypothèques.

En d'autres termes, ceux-là même qui veulent prendre de la distance par rapport à l'Europe sont en train de se lier les pieds et les poings pour obtenir de la trésorerie.

La négociation, si négociation il y a, aboutira à plus d'Europe, plus de coordination, plus de fédéralisme. Les hommes politiques qui bombent le torse en disant qu'ils vont se battre avec Bruxelles ne disent pas comment ils le feront.

Leur marge est étroite. La seule façon de gagner en liberté serait d'être riche et dynamique. Ils n'en prennent pas le chemin.

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