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Les avantages de la flexibilité de l'organisation du travail dont la France ferait bien de s'inspirer
©Jack Taylor / POOL / AFP

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Les avantages de la flexibilité de l'organisation du travail dont la France ferait bien de s'inspirer

Dans certains pays d'Europe, les heures de travail traditionnelles -de 9 heures à 17 heures- ne sont désormais la norme que pour une minorité de travailleurs. Le "flexible working" comporte de nombreux avantages.

Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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Atlantico : Au Royaume-Uni, chaque employé a le droit légal de demander un travail flexible après 26 semaines d'emploi, et ce, grâce à la création d’un « droit au flexible working » en juin 2014. Une organisation peut prendre différentes formes comme de jours de travail à distance, du temps partiel, mais aussi la possibilité de passer d'un travail de 09h à 17h à 08h ou 16h. Quel peuvent être les avantages du flexible working, en quoi est-ce novateur ?

Xavier Camby : Le travail flexible, adapté aux besoins variables des salariés comme à ceux des employeurs est une invention très ancienne. Sans aucun doute parce que de simple bon sens. Les Ateliers ou les Manufacture d'avant la révolution industrielle s'organisaient autour du savoir-faire d'un ou plusieurs Maîtres, selon leur art (menuisier, tisserrant, fondeur, tapissier, céramiste, verrier, ébéniste... la liste de ces métiers à forte connaissance ajoutée est très longue). L'expertise du maître dépassait de loin la seule technique et consistait très largement dans l'organisation optimisée du travail de ses collaborateurs ou de ses équipes. Il veillait aussi à les former, c'est à dire son savoir, ses savoir-faire, son savoir-être, son savoir-vivre et son savoir-devenir.

L'organisation soit-disant scientifique du travail, le taylorisme née de la révolution industrielle a peu à peu détruit cette façon de travailler. Eradiquant l'expérience patiemment acquise et utilement enseignée, un modèle antagoniste a été imposé : un petit groupe d'ingénieurs bien formé (en théorie principalement, dans les hautes universités) décide  de l'ordonnancement du travail, le saucissonnant à leur guise. L'ouvrier n'a rien besoin de comprendre, de savoir ni surtout d'inventer : Il doit seulement exécuter. Il est déjà perçu exclusivement comme imparfait, pâle et imparfait exécutant d'une logique et d'une rationalité pourtant parfaite, au sortir du bureau d'études et des méthodes. En fait, on rêve déjà des robots qu'on inventera, moins faillible que ces médiocres ouvriers, mal formés, abrutis de tâches répétitives et de cadences toujours accélérées.

Pour contrôler le travail au plus près, et faire fonctionner au mieux "les chaines" de production, l'inflexible working va être imposé partout dans le monde industriel : horaires collectifs drastiques, présence sur site impérative, badgage, mesure de la productivité imposée sans plus aucune liberté. Ni possibilité d'invention, par conséquent...

Je trouve très stimulant et assez amusant d'observer le sain réalisme des anglais : légiférer pour permettre le renouveau d'une légitime flexibilité au travail, à l'initiative même du travailleur. Alors même qu'ils furent jadis les plus violents promoteurs de l'instrumentalisation de l'homme par l'ingénieur...

Il est temps, car il y a déjà presque 40 ans que nous avons - définitivement - quitté le monde du taylorisme !

Dans la mesure où elle doit s'adapter aux besoins de chaque employé (l'un souhaiterait s'adapter aux transports, l'autre pour les besoins familiaux, enfants etc…) cette flexibilité n'est-elle pas difficile à mettre en place ? Quelles sont les difficultés que peuvent rencontrer les entreprises ?

Les entreprises qui veulent retenir les meilleurs de leurs collaborateurs et générer la plus durable performance ne peuvent plus se priver de l'inventivité de chacun de ses collaborateurs. Or cette inventivité ne s'exprime pas nécessairement sur commande, entre 8h30 et 17h00, bien installé dans son bureau ou égaré dans un open-space ! Depuis 70 ans, on sait même que la contrainte imposée, la subordination conflictuelle et les frustrations nées d'injustice castrent toute innovation, toute créativité.

 

Celui qui a des croyances un peu psycho-rigides et une non-pensée systémiques y résistera de toute ses forces et trouvera la flexibilité de l'organisation du travail très "compliquée". Le soupçonneux pathologique, incapable de confiance, prendra cette flexibilité pour la porte ouverte à la paresse, l'irresponsabilité ou la chienlit. L'égotique, très assuré d'être indispensable à tous pour le bon ordre des affaires, y verra sans doute la perte de son influence, de son autorité, voire de son pouvoir.

 

L'expérience montre cependant que les entreprise qui permettent la flexibilité auto-organisée connaissent des résultats et des performances surprenantes. Les collaborateurs, libérés de contraintes inutiles (voire idiotes), utilement connectés se consacrent essentiellement, avec toute leur intelligence à obtenir des résultats ! Non pas à faire des horaires et montrer sa bonne volonté en besognant, même inutilement. Concrètement, une certaine flexibilité dans l'auto-aménagement de son travail permet de faire passer les employés de la pâle obligation de moyen, à la jubilation des résultats !

 

Quelles formes le flexible working prend-il en France ? Accuse-t-on d'un retard par rapport à nos pays voisins ?

La France accuse un retard assez pathétique en terme de flexibilité de l'organisation du travail. L'environnement réglementaire et juridique est devenu un impossible labyrinthe. L'idéologie anti-travail ne cesse de s'y développer : le travail est un punition, voire un supplice et la vie ne commence, vraiment libre, que lorsqu'il cesse. La sur-valorisation des études théoriques, donc des diplômes aussi prestigieux qu'inutiles et élitistes, rend les grandes organisations qui les favorisent, incapable de tout changement de paradigme, d'utile transformation ou de simplification organisationnelle.

 

C'est d'une arrogance folle (c'est ainsi pourtant qu'ils sont formés), mais l'énarque, le polytechnicien, le MBA, répugnera à comprendre que le simple collaborateur puisse se passer de lui pour faire son travail au mieux et décider judicieusement de son organisation personnelle. Afin d'atteindre de lui-même le meilleur résultat possible, avec la moindre dépense d'énergie. On peut appeler cela l'efficience, l'homéostasie, l'élégance... 

 

Alors les meilleurs collaborateurs quittent les vieux dinosaures étriqués et pourtant obèses, inefficace autant qu'arrogants et vont apporter leur capacité de travail et d'invention, dans les start-up ou dans les entreprises un peu plus modernes, un peu plus libérée. A l'étranger, très souvent.

 

Mais là encore, notre monde change. Inexorablement et pour un mieux. De plus en plus de vrais entrepreneurs, réalistes, implantent la flexibilité ou la promeuvent, sous ses différentes et très libres formes.

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