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François Hollande a encore 1 700 jours pour convaincre.
François Hollande a encore 1 700 jours pour convaincre.
©Reuters

Austerlitz ou Waterloo ?

Les 100 prochains jours... ce que le capitaine François Hollande doit à tout prix réussir pour éviter le naufrage de son quinquennat

François Hollande fête ses 100 jours à l’Élysée. Mais l’état de grâce semble déjà loin. Moins populaire que Nicolas Sarkozy à la même période en 2007, il dispose encore de 1 700 jours pour convaincre...

Josée Pochat, Serge Moati et André Bercoff

Josée Pochat, Serge Moati et André Bercoff

Josée Pochat est chef du service politique de Valeurs actuelles.

Serge Moati est un journaliste et réalisateur. Il fut également un conseiller de François Mitterrand.

André Bercoff est journaliste et écrivain. Il est l'auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), et plus récemment Qui choisir (First editions, 2012)

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Atlantico : L'heure du bilan des cent jours, l’état de grâce semble terminé pour François Hollande. Le président de la République est en baisse dans les sondages et les premiers bilans des éditorialistes sont plutôt mitigés. Il lui reste 1 700 jours pour se relancer. « La rentrée c’est maintenant », fini le temps des concertations, le président va-t-il passer à l’action ?

Josée Pochat : Deux petites phrases m'ont particulièrement amusée dans les commentaires sur les 100 jours de François Hollande. Celle de Jean-Christophe Cambadélis qui a parlé de "sans fautes" et Jean-Luc Mélenchon qui a dit : " 100 jours pour presque rien ! ". Si on mêle leurs deux réflexions, ils ont un peu raison : c'est effectivement 100 jours presque sans faute parce que presque sans rien !

Durant 100 jours, François Hollande s'est contenté de faire de la communication politique et de prendre des mesures symboliques pour donner des gages de "normalité". Le président passe ses vacances en France, baisse le salaire des ministres, montre que le "bling-bling" c'est fini ! Sur le plan du "style", François Hollande troque les santiags de Nicolas Sarkozy contre les pantoufles de Jacques Chirac, mais sur le fond rien ne change... On est passé de l'agitation de l'"hyperprésidence" à une gestion plus" corrézienne". On reste dans une politique d'image désespérément conventionnelle.

Serge Moati : Je ne crois pas forcément que les choses sérieuses arrivent seulement aujourd’hui. Elles ont commencé le lendemain de son élection. François Hollande n’a pas connu d’état de grâce pendant ses 100 premiers jours à l’Elysée, il n’en avait déjà pas connu pendant la campagne. Dès le début, il a été attaqué, on a même parlé de la « flotte » et du fait qu’il pleuvait tout le temps…Comment voulez-vous qu’il y ait un état de grâce à l’heure d’une crise nationale et mondiale ?

André Bercoff : Il serait avisé, pour ses adversaires comme pour les commentateurs, de ne pas vendre de sitôt la peau de l’ours Hollande. Trois mois et cinq ans, ce n’est pas tout à fait la même chose. Reste que les contradictions du camp socialiste, déjà apparentes dans la campagne présidentielle, ont surgi spectaculairement sur la place publique.

Au-delà des appels aux orages désirés de la gauche radicale qui se demande pour qui elle a voté, et des ricanements de bonne guerre de la droite, les « terrifiants pépins de la réalité » obligent Hollande à choisir, ici et maintenant, entre une social-démocratie à l’allemande, qui joue avec le marché et la mondialisation, et une « centralisation démocratique » où l’Etat dresse les barricades protectionnnistes. Angela ou Vladimir, il faut choisir. 

Quelles sont les mesures prioritaires selon vous ?

Josée Pochat : Il faut vraiment agir sur la dépense publique. Les dépenses de l'Etat représentent 130 milliards ! Il faut poursuivre la baisse du nombre de fonctionnaires notamment dans les collectivités locales. Ces dernières ont créé 350 000 postes de fonctionnaires en 20 ans !

La santé est aussi un énorme chantier. La dépense publique française représente 1 100 milliards. Sur ces 1 100 milliards, 600 sont consacrés aux dépenses de santé. Il y a des économies massives à faire notamment parce que les hôpitaux se lancent dans une course folle à l'"acte".

Enfin, faute de TVA sociale, la hausse de la CSG serait aussi une mesure courageuse et nécessaire. Pourtant, cette annonce pourrait être différée d'un an. Ce n'est pas dans un an que nous en avons besoin, mais tout de suite. Il y a le feu ! Il est urgent de redonner de la compétitivité à nos entreprises ! On ne peut plus faire peser la fiscalité sur le travail. La TVA sociale permettait de faire peser la fiscalité sur les produits importés.

Serge Moati : François Hollande va devoir s’occuper de tout à la fois. Tout est prioritaire ! Par exemple, la sécurité n’est pas plus prioritaire que les licenciements boursiers, que l’Europe ou le chômage. Tous les clignotants sont au rouge. La situation est rare, l’héritage laissé à François Hollande n’est pas facile.

Cependant, la gauche est souvent très forte sur les questions culturelles et il n'y a pas de véritable révolution sans révolution culturelle. François Hollande doit s'emparer de ces questions pour donner une dimension historique à son personnage comme l'avait fait François Mitterrand.

André Bercoff : Dire enfin la vérité aux Français. Refaire du François Fillon dans le texte : le pays est en faillite, disait-il dès 2007, aussitôt censuré par Sarko. Arrêter d’avoir peur des mots, organiser à la télévision les premiers Etats Généraux pour informer les Français sur la situation réelle de la dette, des dépenses publiques, du rapport des retraites et de la démographie, de la sécurité sociale et des inégalités, des agressions des uns et de l’angélisme des autres, des devoirs et des droits, de la liberté et de la responsabilité. Tout découle en fait du système de valeurs sur lequel nous voulons que notre pays fonctionne. Le beurre et l’argent du beurre, c’est fini depuis longtemps. Tout le monde le sait. Mais aucun responsable politique ne le dit avec la brutalité nécessaire. Hollande devrait savoir que dans les circonstances actuelles, la normalité bonhomme est pire qu’un crime : une faute.

La cote de popularité de François Hollande (55% d'opinions favorables en juillet selon Ipsos) est plus basse que celle de Nicolas Sarkozy à la même période en 2007 (66% d'opinions favorables). Comment l’expliquez-vous ?

Josée Pochat : Nicolas Sarkozy est un incroyable homme de théâtre. Il avait fait espérer les Français beaucoup plus que François Hollande. Ils ont réellement cru que Nicolas Sarkozy allait changer la France, voire le monde. Et puis la crise n'avait pas encore éclaté. Le contexte est différent ; les Français sont échaudés et anxieux. Ils avaient signé un chèque en blanc à Nicolas Sarkozy. Ils ne l'ont pas signé à François Hollande.

Serge Moati : La campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 était extraordinairement forte, très flamboyante. On sortait d’un deuxième quinquennat de Jacques Chirac, remarquable sur le plan républicain mais qui se « trainait » un peu. Nicolas Sarkozy symbolisait une sorte de renouveau, un type bondissant, jaillissant.

La campagne de François Hollande a surfé sur l’exact contraire de la campagne de Sarkozy en 2007.

André Bercoff : Ceux qui ont voté pour l’actuel président attendent légitimement un véritable changement de cap. Une rupture avec le sarkozysme qu'ils détestaient. Mais à ce moment-là, il fallait voter Mélenchon. Qu’on l’aime ou pas, le général Castagnetas préconisait un autre choix. Hollande ne peut pas se proclamer contre la finance et agir… tout contre. Voir la relative bonne santé de la Bourse…

Jean-Luc Mélenchon a dénoncé "100 jours pour presque rien". François Hollande peut-il être fragilisé par ses alliés ? L’UMP peut-elle en tirer profit ?

Josée Pochat : Le Front de gauche et Les Verts vont attaquer le gouvernement en étant dans l'irréalisme le plus total. Le programme de Jean-Luc Mélenchon, c'est le grand délire du tout social. A chaque fois que le gouvernement socialiste tentera d'être un peu réaliste, il sera attaqué par ses alliés. La situation n'est pas confortable pour François Hollande.

Pour autant, l'UMP a ses propres problèmes à régler qui ne sont pas minces non plus. A commencer par se trouver un leader.

Serge Moati : Finalement les critiques de l’UMP et celles de Jean-Luc Mélenchon sont à peu près les mêmes. Ils veulent forcer François Hollande à bouger mais je pense qu’il ne tombera pas dans ce piège. François Hollande est l’homme de la raison. Il joue sur le côté « je suis sérieux, celui qui ne promet pas plus qu’il ne peut tenir ». Comme Jacques Chirac et François Mitterrand, il est l’homme de la distance, de l’ironie et de la gravité.

André Bercoff : Les écolos vont essayer de sauver leurs plâtres. Mélenchon a déjà sorti l’artillerie lourde, quant à Montebourg, Hamon, et la gauche du PS, comment vont-ils gérer la célèbre affirmation de Hegel selon laquelle toute conscience malheureuse s’empêtre dans ses contradictions ? Quant à l’UMP, ses cris d’orfraie ne signifieront pas grand chose tant qu’elle n’en n’aura pas fini avec cette guerre des sous-chefs et qu’elle parlera d’une seule voix, ce qui, au spectacle actuellement prodigué, risque de se faire attendre. Alors que pour elle aussi, demain il sera trop tard : la désespérance sociale, l’absence de repères et de bonne gouvernance économique, la violence urbaine devenue quotidienne ne tarderont pas si longtemps à s’additionner. 

Propos recueillis par Alexandre Devecchio et Jean-Benoît Raynaud

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