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Au lendemain de l'élection, 
comment financer l'économie ?
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Investissement

Au lendemain de l'élection, comment financer l'économie ?

Les mesures proposées pendant la campagne ne se révèlent pas à la hauteur des enjeux qui devraient bouleverser l’épargne et l’investissement dans les années à venir.

Robin Rivaton

Robin Rivaton

Robin Rivaton est chargé de mission d'un groupe dans le domaine des infrastructures. Il a connu plusieurs expériences en conseil financier, juridique et stratégique à Paris et à Londres.

Impliqué dans vie des idées, il écrit régulièrement dans plusieurs journaux et collabore avec des organismes de recherche sur les questions économiques et politiques. Il siège au Conseil scientifique du think-tank Fondapol où il a publié différents travaux sur la compétitivité, l'industrie ou les nouvelles technologies. Il est diplômé de l’ESCP Europe et de Sciences Po.

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Il est regrettable de constater que, dans cette campagne présidentielle, la compétitivité de l’économie n’a été essentiellement abordée que du point de vue du travail, alors que la création de richesse résulte de la rencontre du travail et du capital. Bien que le « financement de l’économie » soit rentré dans le lexique de la campagne et s’est trouvé au cœur du volet productif de nombreux programmes, les mesures proposées ne se révèlent pas à la hauteur des enjeux qui devraient bouleverser l’épargne et l’investissement dans les années à venir.

Des investissements productifs en retard

Le bon système financier n’est pas celui qui va financer le plus de projets en apportant le plus de capitaux mais celui qui va permettre d’allouer les ressources financières disponibles aux investissements les plus bénéfiques pour la suite. Or la France accuse un retard important en termes d’investissements productifs. L’évolution du nombre de robots industriels en est le parfait exemple. Le stock de robots installés au 31 décembre 2010 était plus de quatre fois supérieur en Allemagne et presque deux fois supérieur en Italie. Rapporté au nombre de travailleurs dans le secteur manufacturier, les usines françaises présentaient 104 robots pour 10 000 salariés quand ce rapport était de 161 en Italie et 253 en Allemagne, ces deux pays se classant respectivement numéro trois et quatre mondiaux pour la densité de robots industriels.

Le maintien de la qualité des infrastructures

En outre si la qualité des infrastructures en France est depuis longtemps saluée par les experts mondiaux comme facteur d’attractivité du pays, -selon le World Economic Forum, la France a obtenu le quatrième rang mondial en 2011 faisant suite à la quatrième place en 2010, troisième en 2009 et deuxième en 2008 - le besoin de financement sera très important pour conserver à un haut niveau les externalités générées par ces infrastructures. Les montants évoqués à l’échelle de l’Union européenne font état de 1 500 à 2 000 milliards d’euros d’investissements nécessaires d’ici 2020.

La mobilisation de l’épargne nationale

La France considérée globalement – sociétés financières, sociétés non financières, ménages et administrations publiques -  a un important besoin de financement externe, proche de 2 % de son PIB, et doit donc attirer des investisseurs étrangers. Pourtant, la capacité de financement des ménages reste très forte. Le taux d’épargne des ménages français a atteint 16,7 % au troisième trimestre 2011, leur endettement en hausse restant encore inférieur à la moyenne européenne à 82,6 % contre 92 %. Il s’agit de mobiliser cette épargne alors que le retour à l’équilibre budgétaire des comptes publics devrait s’accompagner d’un désengagement massif de capitaux aujourd’hui consacrés au financement de l’économie.

L’adéquation entre épargne et investissement

Afin de réaliser l’adéquation entre les capacités de financement, l’épargne, et les besoins de financement, l’investissement, des acteurs prennent la place d’intermédiaires. En Europe et en France, ce sont principalement les banques qui jouent ce rôle. Or Nicolas Sarkozy avait fait, lors de ses vœux aux forces économiques de la Nation, le 19 janvier, une allusion aux banques accusées « de ne pas faire leur travail, de ne pas financer l’économie ». Force est de constater que l’épargne des investisseurs particuliers s’oriente vers un nombre assez réduit de produits très liquides et très sécurisés. En conséquent, la tendance forte des quinze dernières années a été la diminution du financement à destination des entreprises françaises, qui captaient 43 % de l’épargne des ménages en 2000 contre moins de 38 % dix ans plus tard.

L’aggravation par les réformes prudentielles

L’impact des réformes prudentielles Bâle III pour les banques comme Solvabilité II pour les assureurs sera double : en termes de qualité du crédit, les banques et assureurs vont de moins en moins se sentir capable de financer les projets à moyen et long terme et par là donc les infrastructures et l’automatisation industrielle ; en termes de quantité du crédit, certains secteurs devraient souffrir d’une raréfaction du crédit et des financements en fonds propre auparavant intermédiés.

Une solution parmi d’autre, la désintermédiation

Aujourd’hui l’épargne des Français est en effet très intermédiée, à hauteur de 83 %. Or les particuliers sont de plus en plus intéressés par savoir à quoi est destinée leur épargne, aussi peut-on imaginer une relation plus désintermédiée à l’avenir, en ouvrant le marché obligataire primaire aux particuliers. C’est ainsi que la région Auvergne a lancé une initiative inédite en émettant en octobre 2011 un emprunt obligataire de 20 millions d’euros auprès des Auvergnats pour alimenter le Fonds d’investissement Auvergne durable (FIAD) assurant le financement des projets innovants et créateurs d’emplois des TPE et PME auvergnates. De la même manière, l’Etat italien a annoncé au début du mois de mars 2012 la création d’une obligation « BTP Italia » à destination des particuliers qui pourront l’acheter directement sur Internet. Indexée sur l'inflation italienne, donnant lieu à un coupon semestriel avec une maturité de quatre ans cette obligation a été façonnée pour répondre aux exigences des épargnants individuels. Le montant minimum de souscription est 1.000 euros et une prime de fidélité de 4 pour mille du montant investi sera versée en cas de détention des obligations jusqu’à leur échéance.

Retrouvez ici l'intégralité de la note de Robin Rivaton sur le financement de l'économie sur le site du think tank Fondapol

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