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Bercy économie française PIB crise économique Covid-19 zone euro
Bercy économie française PIB crise économique Covid-19 zone euro
©LOIC VENANCE / AFP

SOS croissance

Le PIB de la zone euro plonge de 6,8%, celui de la France de 8,9%. Les raisons d’une très mauvaise contre-performance tricolore

La France est un pays plus serviciel qu’industriel et qui est par ailleurs porté par une forte part de dépenses publiques et un vaste secteur public. Nous aurions dû être plus protégés que d’autres, pourtant nous plongeons plus. Comment l’expliquer ?

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Atlantico.fr : Le PIB de la zone euro plonge de 6,8%, celui de la France de 8,9%. Comment expliquer que la situation française soit pire que celle d’autres pays européens ?

Jean-Yves Archer : Effectivement, notre tassement de PIB est sévère et assez singulier. Cela provient essentiellement de l'impact majeur du premier confinement de Mars 2020 et comme dirait le Directeur Général de la Santé ( DGS ) si nous avions eu des masques, nous aurions pu continuer de travailler et de laisser ouverts des pans entiers de notre économie.

L'imprévoyance publique en matière de stocks de masques a altéré notre croissance en contraignant à la décision de confiner.

Sébastien Laye : La France a abordé la crise du Covid en situation de faiblesse économique, avec une croissance au dernier trimestre 2019 de -0,1% et une croissance quasi nulle au premier trimestre 2020. Son chomage était par ailleurs élevé, à 8,2%, d'un point au dessus de la moyenne de la zone euro. Dans ces conditions, et avec un endettement considérable, de plus de 100% du PIB en Janvier 2020, il était difficile de juguler la crise avec célérité comme l'a fait dans une certaine mesure l'Allemagne. On peut etre effrayé par le montant des interventions publiques depuis la crise, mais nos vraies dépenses de soutien à l'économie sont restées deux fois inférieures au niveau allemand. Et leur mise en application fut laborieuse, ce qui explique que notre économie ait pris de plein fouet l'impact du premier confinement. Enfin, il y a la question de la gestion de la crise sanitaire; médicalement, je ne suis pas assez compétent pour dire si nous avons joué de malchance et avons été plus affectés par le Covid et ses nouveaux variants que d'autres pays, mais ce qui est certain c'est qu'objectivement, des instituts comme récemment le Lowy Institute, nous ont plutot classé parmi les mauvaises élèves en termes de gestion du risque sanitaire. Incapables de faire face logistiquement et industriellement à la crise sanitaire, nous avons du nous en remettre à cette féodale approche de confinements, la pire pour notre économie.

La France est un pays plus « serviciel » qu’industriel et qui par ailleurs dispose d’une forte part de dépenses publiques pour alimenter son vaste secteur public. Ces éléments n’auraient-ils pas dû nous protéger plus que certains autres membres de la zone euro ? Pourquoi cela n’a-t-il pas été le cas ? 

Jean-Yves Archer : Vous soulevez un débat éternel qui traite de la contribution nette de la sphère publique à la croissance. En comptabilité nationale, le débat est documenté mais complexe.

Là où vous évoquez un point central, c'est la socialisation de l'économie que Bruno Le Maire et le Président Macron ont décidé. Le chômage partiel a concerné jusqu'à plus de 9 millions de personnes soit deux fois le nombre d'agents publics !

" Un pognon de dingue " comme dirait le Chef de l'État soucieux de la paix sociale et finalement piètre connaisseur des rouages économiques. Ce n'est pas à Bercy que l'on apprend la notion de fonds de roulement ou celle, cruciale, du crédit fournisseurs. La mise sous cloche de l'économie était indispensable mais elle a été calibrée avec des chaussures de ski…

Ce qui nous a protégé en 2020 a constitué la dette additionnelle. Rappelons que celle-ci a bondi de 100% à 116,4% du PIB.

Sur le plan sectoriel, la crise a visé des activités où nos avantages comparatifs étaient nets. Ainsi, ce gigantesque trou d'air a heurté de plein fouet le tourisme, Airbus, l'automobile, etc.

Nous avons – sans aucune erreur – été atteints là où nous étions bien armés.

Sébastien Laye : Au contraire ces éléments furent procycliques et aggravèrent la crise. Notre économie fondée sur les services à la personne a été mise à l'arret: l'hotellerie, la restauration, le tourisme, les secteurs les plus importants en France ont été ceux les plus touchés par la pandémie de par le monde. Inversement, l'industrie, les centres de production, ont continué à tourner....mais cette industrie ne représente plus que 11% du PIB. Seule la construction, à 10% de notre PIB, a sauvé les meubles. S'agissant de la dépense publique, elle fut un handicap: quand on a déjà une dépense publique à 56% du PIB, on réfléchit à deux fois avant de relancer la dépense publique: nous n'avions pas les marges de manoeuvre de l'Allemagne et des USA. Avoir des cohortes de fonctionnaires, mal rémunérés et mal gérés (on l'a vu avec la crise de l'hopital), n'est pas forcément un atout en période de crise. Aujourd'hui encore, le Ministere de la Santé est incapable de déployer une campagne efficace de vaccination sur notre territoire: nous ferions mieux de la confier à de véritables professionnels de la logistique et de la distribution du secteur privé.

L’année 2021 se profile sous de mauvais auspices au niveau de la relance, comment rattraper notre retard et retrouver la croissance ?

Jean-Yves Archer : Si nous nous étions croisés début Janvier 2021, nous aurions eu le sourire. La perspective de la vaccination, ses espoirs et la route vers l'immunité collective nous ont fait espérer.

Patatras !  Nous sommes un mois plus tard et nous parlons reconfinement et pénurie de vaccins. Oui, vous avez raison 2021 a de quoi préoccuper.

Tout d'abord, le coût du soutien public à l'économie continue de courir.

Ce n'est plus Keynes, c'est le Docteur Folamour. Souvenons-nous que le déficit budgétaire de 154 Mds d'€uros représente 52% du total des recettes nettes fiscales de l'État. Nous ne pouvons pas poursuivre sur un tel chemin bien longtemps.

Puis, les deux Plans de relance sont dans l'ornière. On attend toujours le lancement du Plan européen de 750 Mds qui concerne notre pays à hauteur de 40 Mds.

Idem pour FranceRelance dont le démarrage est plus que poussif. Bruno Le Maire se gaussait d'un plan à 100 Mds. Pourquoi sommes-nous si bureaucratiques et lents ?

Il fallait un plan contra-cyclique dès fin 2020. D'évidence quelqu'un a crû pertinent de penser le glisser vers 2021 et 2022.

L'électoralisme a tué l'intérêt général pour le profit d'un seul.

Sébastien Laye : En effet, l'objectif initial de 6% est inatteignable et sera probablement réduit de moitié. Il y a deux leviers pour améliorer cette performance: la première réside dans la campagne de vaccination et une approche plus réaliste des mesures sanitaires. Les pays vaccinant rapidement vont pouvoir protéger leurs populations les plus à risques et réouvrir complètement leurs économies d'ici quelques mois. Pour l'instant, nous n'en faisons pas partie. Le second levier, c'est la résolution des problèmes légués par la crise: restructurer les PGEs et convertir certains en fonds propres, arreter le couteux chomage partiel.....Une politique d'austérite budgétaire en elle meme serait contreproductive, mais il faut se poser la question de l'utilité des mesures de soutien: le plan de relance Castex est décevant, je recommanderais d'en faire un vrai plan d'investissement public-privé car il faut désormais se projeter dans la nouvelle décennie, et créer les conditions de la croissance des cinq prochaines années. Sinon la France décrochera irrémédiablement.

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