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La France utilise-t-elle l’arme du sexe ?
La France utilise-t-elle l’arme du sexe ?
©Reuters

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Le ministère de la Défense britannique interdit à ses agents les relations avec les Russes et les Chinoises : et au fait, la France utilise-t-elle l’arme du sexe ?

Le ministère de la Défense britannique met en garde les hauts responsables militaires avant leur mutation en Chine ou en Russie et leur demande de "ne pas coucher avec des jolies Russes ou Chinoises".

Vladimir Fédorovski

Vladimir Fédorovski

Vladimir Fédorovski est un ancien diplomate russe, porte-parole du mouvement des réformes démocratiques pendant la résistance au putsch de Moscou, d'août 1991. Il est aujourd'hui écrivain. Ses derniers ouvrages s'intitulent : Le Roman des espionnes ; Poutine, l’itinéraire secret et La Magie de Moscou, publiés aux Éditions du Rocher.

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Atlantico : Dans quelle mesure peut-on dire que le recours à de jolies espionnes (lire ici en anglais) n'est pas nouveau dans l'histoire diplomatique ? Cela a-t-il toujours existé ?

Vladimir Fédorovski : Aujourd'hui, il y a un vrai problème. On est en train d'assister au retour des pratiques employées pendant la Guerre froide, ce qui montre que la période post communiste a été totalement ratée. On revient donc à des méthodes que l’on aurait pu croire révolues, méthodes qui sont multifacettes, et qui comprennent notamment le recours à de jolies femmes. Cela est en train de se produire des deux côtés, je tiens à le préciser : les Britanniques recrutent maintenant massivement des personnes sachant parler russe, y compris des femmes. Ces dernières jouent de nouveau un rôle important.

Cela prouve aussi le retour du facteur personnel de l’espionnage, là où les Américains ont pensé à tort que la technologie suffirait. Dans la tradition du XXe siècle, l’aspect humain de l’espionnage est incontournable, et la femme a été portée au pinacle par le KGB, la Stasi, mais aussi par les Occidentaux. Dans ce grand ballet, chacun a joué son rôle à sa façon.

Tous les services d’espionnage du monde mandatent-ils des femmes pour collecter des informations sur l’oreiller, ou est-ce le propre de certains pays uniquement ? Qu’en est-il en France, notamment ?

L’histoire russe est pittoresque. Celle-ci a en grande partie été portée par la tradition des "hirondelles" russes : des actrices, les danseuses de ballet, qui servaient à attirer les ambassadeurs. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un grand ambassadeur de la France Libre s’est fait piéger par l’une de ces hirondelles. Ce terme, journalistique au départ, a été récupéré par le chef de l’espionnage extérieur de l’Allemagne de l’Est, Markus Wolf. Mais les Occidentaux ne sont pas en reste. Comme je vous disais, les Britanniques recrutent massivement des femmes sachant parler russe. On me dira que cela ne veut pas forcément dire qu’elles sont chargées de voler des information en usant de leurs charmes, mais la tendance étant actuellement au retour aux techniques de la Guerre Froide...

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la France a utilisé des prostituées pour obtenir des informations. Ces femmes ont été de grandes patriotes. Cela dit, même de grandes aristocrates ont été sacrifiées à cette fin, parce qu’elles étaient prêtes à le faire. Les Britanniques, mais aussi les Belges et les Autrichiens, reconnaissent l’utilisation de "l’arme du sexe" dans le domaine de l’espionnage. En France, on n’aime pas trop en parler, mais cela est bien connu.

Si l'on va au bout de cette logique du retour aux techniques de la Guerre Froide, cela signifie-t-il qu’une femme qui voudrait être espionne doit être prête à tout, y compris coucher avec des personnes pour leur soutirer des informations ?

Pas nécessairement. En ma qualité de diplomate, j’ai connu de très grandes espionnes, qui ne sont pas allées jusqu’à soutirer des informations sur l’oreiller. En revanche, il est incontestable qu’elles ont utilisé leurs charmes. Pour les grandes espionnes, dont on sait qu’elles ont été performantes, le lit était secondaire. Elles étaient de grandes professionnelles. En revanche, là où on tombe dans le "bas de gamme", si j’ose dire, c’est dans le cas d’Anna Chapman, qui a couché avec quelques Américains, sans être une véritable espionne.

Ce qui est désolant, c’est qu’on revienne aux pratiques de la Guerre Froide. Le type d’espionnage dont nous parlons est pittoresque, certes, mais est surtout révélateur de la médiocrité diplomatique, qui nous conduit sur des chemins dangereux.

Dans quels cas de figure spécifiques l’arme du sexe est-elle utilisée ?

Une femme très discrète, extrêmement professionnelle, mais dont personne ne parle, a eu une histoire d’amour avec le président finlandais pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle a eu des aventures amoureuses en Finlande et en Suède, mais en même temps elle a été particulièrement efficace. C’est l’exemple type de la femme qui réussit à mener ses missions d’espionnage sans se limiter au seul outil que serait le fait de coucher avec un homme.

Autre exemple, la femme qui a placé un agent communiste auprès de Robert Oppenheimer, directeur scientifique du projet Manhattan, pour lui dérober la bombe atomique : par son charme époustouflant, et en allant au lit, en effet, elle a changé la face du monde. L’URSS disposait désormais de la Bombe.

En octobre 1941, la maîtresse du Premier ministre japonais a également couché avec le plus grand espion de Staline. C’est ainsi qu’elle a donné l’information essentielle pour les Russes, à savoir que les Japonais ne comptaient pas les attaquer, mais frapper les Américains. C’est ce qui a sauvé Moscou, et changé la face du monde.

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