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Le livre jaune du Medef a été publié.
Le livre jaune du Medef a été publié.
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Le Medef veut engager la confrontation mais il n’invente rien

Dans son livre jaune, le Medef indique qu’un million d’emplois c’est possible et dresse un diagnostic qui, entre nous, est partagé par tout le monde. Mais une fois de plus, il ne dit rien sur le mode opératoire.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La vie économique et sociale française est une perpétuelle comédie avec des jeux de rôle. Des méchants libéraux et des gentils socio-démocrates. A moins que ce soit l’inverse. Mais que de bruits. Le plus étonnant dans le livre jaune que publie le Medef, c’est que les propositions fassent autant de bruit, cela doit rendre service à beaucoup. Il y a évidemment plusieurs niveaux de lecture.

A la première lecture, ce document fait un diagnostic extrêmement sévère de la situation de l’emploi et, à partir de ce diagnostic, le Medef met l’emploi en tête de ses priorités. Pour travailler à cette priorité, le Medef dresse les contours d’une nouvelle politique économique. Il prône toute une batterie de mesures pour améliorer la productivité des entreprises. Si elles gagnent des parts de marché, elles investiront donc elles créeront des emplois. Pourquoi pas un million d’emplois en 5 ans ? C’est effectivement tout à fait possible.

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Pour améliorer la compétitivité, il faut une politique d’allègement des prélèvements obligatoires, une politique monétaire plus  volontariste, agir sur la BCE pour faire baisser l’euro, une politique fiscale plus favorable au capital et une politique d’investissement publique et de réduction des dépenses. Et évidemment, une politique de l’emploi plus pointue qui passe par une pléiade d’assouplissements  au niveau de code du travail, des statuts, de la durée du travail, des jours fériés, de l’âge de départ à la retraite, des 35 heures, du marché de l’emploi, de la formation... Bref, on prône une rénovation de la maison France de la cave au grenier.

Un immense programme dont toutes les idées sont bonnes et même partagées par une majorité de partenaires sociaux. Lu comme cela, le petit livre jaune du Medef passe pour un brulot politique. Sauf qu’il y a d’autres lectures et personne n’est dupe.

2e lecture : ce n’est pas la première fois que l’organisation patronale fait une telle analyse. Sans remonter à très loin, le patronat avait pris l’habitude de jouer cartes sur table. Il l’a fait en 2005, puis en 2008. A chaque fois qu’il y a eu une grande élection. Le réquisitoire s’appuyait sur la même analyse. On peut d’ailleurs dire que le rapport de la commission Attali, le rapport Gallois abordaient les mêmes questions. Le Medef aujourd’hui ne fait que reprendre ces lignes de force. L’expression est plus violente mais Pierre Gattaz est plus politique que Laurence Parisot l’était. La conjoncture est plus dégradée aussi mais sur le fond, on tourne  en rond.

3e niveau de lecture : tout le monde sait cela. De droite à gauche et dans les syndicats mais tout le monde fait semblant de pousser des cris d’orfraie.
C’est le jeu. Manuel Valls avait le livre jaune avant de venir à l’université d’été du Medef embrasser les patrons sur la bouche. A la limite, la sortie inopinée du livre jaune lui rend service. Enfin une opposition constructive. Il refusera les réformes les plus symboliques pour sponsoriser auprès de la gauche les plus responsables et les plus techniques. Jeu de rôle, encore et toujours.

Le problème dans ce type de théâtre, c’est que l’on n’avance pas. Le gouvernement va dire aux partenaires sociaux de travailler ensemble, de se mettre autour d’une table, ce qu'ils n’arrêtent pas de faire. Les partenaires sociaux vont dire qu’ils participent à un dialogue de sourd et on va encore tourner en rond.

Le fait nouveau, c’est le ton utilisé par Pierre Gattaz. Très politique. Comme s’il voulait forcer la main du gouvernement. Lequel est aussi prêt à se faire violer sur cette question.


Pierre Gattaz prend le risque de braquer les partenaires sociaux, et une partie de ses membres qui protègent la fiction d’un dialogue social. Après tout, il a été élu contre Laurence Parisot pour changer la posture et taper fort : il est dans son rôle. Maintenant, il aurait aussi besoin d’un pouvoir politique fort.

Sur le papier, Manuel Valls parait déterminé mais à l’Assemblée il est beaucoup plus fragile. La stratégie de Pierre Gattaz pour faire changer les choses a besoin d’un Valls fort. C’est sans doute le pari qu’il a fait en engageant le Medef sur la voie de la confrontation et sur des dossiers très emblématiques.  

Tout se passe désormais comme si chacun était convaincu que l’on ne changera pas le modèle social dans la négociation mais dans le conflit.

On va se battre sur l’accessoire comme les jours fériés, la durée légale du travail, l’âge de la retraite, ça occupera les leaders politiques et les journalistes pense-t-on. Pendant ce temps-là, on fera passer la réforme du code du travail, la réforme de la formation ou celle des statuts : ce sont certainement les projets cachés.

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