Le libéralisme politique est-il soluble dans la justice sociale ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
Le libéralisme politique est-il soluble dans la justice sociale ?
©DENIS CHARLET / AFP

Bonnes feuilles

Le libéralisme politique est-il soluble dans la justice sociale ?

Alain Policar publie "Le libéralisme politique expliqué aux jeunes gens" aux éditions Le Bord de l’eau. Dans cet ouvrage, il dénonce les idées reçues sur le libéralisme politique. Contrairement à de nombreux auteurs, Alain Policar refuse de se plier à l'injonction de ne pas séparer le libéralisme politique du libéralisme économique. Extrait 2/2.

Alain  Policar

Alain Policar

Agrégé de sciences sociales, docteur en science politique (IEP de Paris), Alain Policar a accompli l'essentiel de sa carrière à la faculté de droit et des sciences économiques de Limoges. Il est actuellement chercheur associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).

Voir la bio »

Tu nous as beaucoup parlé de la liberté et nous comprenons bien l’importance de cette valeur pour le libéralisme. Mais pourrais-tu être plus précis sur ce dont il est concrètement question ? 

Rawls parle de « libertés de base », et il en établit une liste : libertés politiques (droit de vote et d’occuper un emploi public), libertés d’expression, de réunion, de pensée et de conscience, liberté de la personne qui comporte la protection à l’égard de l’oppression psychologique et de l’agression physique, le droit de propriété personnelle et la protection à l’égard de l’arrestation et de l’emprisonnement arbitraires, tels qu’ils sont définis par l’État de droit. Mais, nous en avons parlé, il ne suffit pas de s’accorder sur une liste pour garantir les conditions de leur mise en pratique. 

Il faut que nous soyons capables d’en user.

Je vois que vous suivez. En simplifiant, on voit bien qu’il existe deux courants irréconciliables au sein du libéralisme. D’un côté, ceux qui fondent leur conception de la liberté sur l’égalité, de l’autre ceux qui la fondent sur la sauvegarde de la propriété matérielle. Les premiers considèrent que le devoir de solidarité est beaucoup trop négligé, les seconds le décrivent comme contraire au libéralisme. Et on en revient au champ d’intervention de l’État. La mise en œuvre de la justice sociale, la logique redistributive, fondamentale pour les égalitaristes, accentuerait, pour les libertariens (par exemple, Robert Nozick, 1938-2002, auteur d’un livre important, Anarchie, État et utopie, publié en 1974, soit trois ans après le livre majeur de Rawls), le risque d’un pouvoir fort, voire d’une société quasi totalitaire, aux antipodes des principes fondamentaux du libéralisme. Un auteur, assez difficilement classable, tant son œuvre est riche et foisonnante, Friedrich August Hayek (1899-1992), considère que l’on ne peut raisonnablement organiser une quelconque redistribution sans sacrifier la liberté. Dès lors, à ses yeux, la notion de justice sociale est dépourvue de sens. Il faut laisser le marché s’autoréguler, condition indispensable pour qu’il produise un maximum de bienfaits. L’État ne peut contribuer au bonheur des gouvernés sans courir le risque d’instaurer un système totalitaire. Mais Hayek néglige le fait qu’être libre c’est aussi pouvoir être capable d’user de cette liberté.

En effet, ces deux courants sont profondément irréconciliables. Ce qui explique que « libéral » puisse être utilisé comme une injure

Exactement. Ou, plus encore, comme une usurpation. De nombreux libéraux pensent que la priorité de la liberté exclut toute préoccupation sérieuse sur la solidarité, parce qu’alors la recherche chimérique d’une diminution significative des inégalités transformerait le libéralisme en socialisme. Ce qui remettrait en cause le rôle majeur de la souveraineté individuelle. Mon but est désormais de montrer que le libéralisme politique, s’il veut être fidèle aux promesses qui ont accompagné son élaboration, doit avoir la justice sociale comme préoccupation centrale.

Extrait du livre d’Alain Policar, "Le libéralisme politique expliqué aux jeunes gens", publié aux éditions Le Bord de l’eau

Lien vers la boutique Amazon : ICI

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !