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Le Covid-19 a chassé Warren Buffett du club des plus riches du monde, mais pas des marchés financiers
©Steve Pope / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Atlantico Business

Le Covid-19 a chassé Warren Buffett du club des plus riches du monde, mais pas des marchés financiers

Le fonds d’investissement créé et animé par Warren Buffett a perdu 50 milliards de dollars au 1er trimestre, ce qui représente le tiers de sa fortune personnelle. Warren Buffett reconnaît qu’il s’est trompé.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Warren Buffett a été obligé d’annuler la grand’messe annuelle qu’il célèbre chaque année le dernier week end d’avril, au grand dam des milliers d’actionnaires et d’étudiants qui affluent d’ordinaire à Omaha. C’est dans cette petite ville du Nebraska qu’il est né et qu’il a grandi. C’est dans cette petite ville de l’Ouest américain qu’il a installé les bureaux de sa holding de tête. Et c’est là où chaque année, il publie ses résultats et commente la situation, livre des prophéties à tous ceux qui le suivent depuis plus de trente ans. Ils ne forment pas une secte mais parfois ça ressemble à une secte... sauf que cette année, corona oblige, l’oracle a été obligé d’officier en ligne. C’est la première fois, lui qui s’est converti au digital très tardivement. Il n’y croyait pas. « Moi je ne crois qu’aux entreprises qui délivrent des produits que je peux voir, toucher ou manger, Coca cola par exemple », dont il reste un des premiers actionnaires. Cette aversion l’a habité jusqu’au jour où il a rencontré Bill Gates qui allait quitter les commandes de Microsoft pour se consacrer à sa fondation caritative. Bill Gates lui a ouvert les yeux sur le potentiel de développement de l’industrie digitale, des Gafam et de toute la galaxie de Startup qui gravitent dans ce secteur.

« On ne vend pas que du vent » lui aurait dit le créateur de  Windows.

Warren Buffett était donc devenu investisseur et ce week-end, il est devenu consommateur, utilisateur d’internet et de conférence Web. Contraint et forcé. 

Et cela pour annoncer à tous ces fidèles la plus mauvaise nouvelle de sa longue vie :  une perte nette record de 49,7 milliards de dollars au premier trimestre. L’année dernière, à la même époque et au même endroit, il avait publié un bénéfice de 21,7 milliards de dollars qui le hissait à la deuxième place du hit-parade des hommes les plus riches du monde, juste derrière Jeff Bezos, le patron d’Amazon.

Cette année ressemble pour lui à une catastrophe, son holding paie cher les nouvelles règles de comptabilité et la chute de la bourse dans le sillage de la crise du coronavirus, parce qu’il est évidemment investi sur les plus grandes valeurs de la cote : Coca-cola c’est historique, mais aussi Bank of America, American express, Apple ou Microsoft.

Au niveau de ses résultats opérationnels, il ne peut pas se plaindre puisqu’il est encore bénéficiaire. L’exploitation a été difficile dans l’énergie, les services et le chemin de fer, et surtout dans le champion de l’agro-alimentaire Kraft-Heinz qui cumule les incertitudes de la demande, la montée du e-commerce ... mais il a pu compenser ses pertes dans l’assurance qui, aux Etats-Unis, a bénéficié d’un véritable boom.

Cela dit, au niveau des valeurs en portefeuille, il est tellement lourd et diversifié, que le portefeuille est à l’image de l’économie américaine toute entière. Si l’économie pique du nez, le portefeuille de Warren Buffett pique aussi du nez

Ce qui trouble beaucoup la communauté de fidèles de Warren Buffet, c’est qu'il a souvent fait sa fortune en investissant dans des entreprises en crise ou bien en leur consentant des prêts. Cette année, il a reconnu qu’il ne sentait pas la tendance. Il garde confiance dans l’économie américaine mais « nous avons été confrontés à des problèmes plus graves mais le génie américain prévaudra une fois encore. »  Warren Buffett se garde bien de dire ce qu’il pense de la gestion du président Donald Trump, mais il lâche quand même que la visibilité sur l’évolution de l’économie est mauvaise.

Exemple de ces hésitations : Son désinvestissement massif du secteur aérien. Warren Buffett a révélé samedi que sa holding Berkshire Hathaway avait vendu en avril la totalité de ses participations dans les quatre principales compagnies aériennes américaines. « Cette pandémie a changé la donne et je reconnais que l’investissement était "une erreur". « Je me suis trompé". Il avait acheté 10% en moyenne du capital d’American Airlines, de Delta Air Lines, de South West Airlines et d’United Airlines.

Berkshire Hathaway avait payé 7 à 8 milliards de dollars, et a vendu moitié moins, sans toute fois préciser la perte prise.

Pour le roi de l’investissement, c’est une claque parce qu’il ne vend pas pour des raisons conjoncturelles, sinon il aurait attendu que la tendance se renverse. Il vend parce qu’il n’y croit plus, il pense que le secteur aérien va être affecté pendant très longtemps. Les habitudes de consommation vont changer et les conditions de rentabilité ne permettront pas de justifier un investissement aussi lourd. Il y a d’autres cibles sans doute plus utiles. Cette révélation venant d’un des hommes les plus lucides sur l’avenir va évidemment peser encore sur des compagnies aériennes qui sont d’ores et déjà au bord du précipice à cause des effets de la pandémie de Covid-19 . Un secteur où le gouvernement fédéral a dépensé 25 milliards de dollars, pour éviter la faillite et des licenciements dans un secteur qui emploie  750.000 personnes rien qu’aux Etats-Unis. A noter qu'en Europe, les gouvernements font la même analyse. Berlin scrute les comptes de la Lufthansa et Paris garantit un prêt de 7 milliards dans Air France.

Le prêche 2020 de Warren Buffet est plus important par les tendances lourdes qu’il faut en dégager quant à la politique d’investissement que par le montant des pertes annoncées.

Les pertes boursières sont colossales bien sûr, les 50 milliards de moins-values sur Berkshire Hathaway représenteraient les deux tiers de sa fortune personnelle. Mais que les aficionados se rassurent. Warren Buffett n’est pas ruiné et son fonds a les moyens de rebondir.

Les 50 milliards de moins-values ne seraient des pertes que si et seulement il était contraint de vendre et de les réaliser. Warren Buffet a les moyens d’attendre que la bourse se relève et surtout d’attendre qu’il modifie ou infléchit sa politique d’investissement. Les fonds qu’il gère ont amassé des montagnes de cash, à la fin de l’année dernière. Il possédait en caisse 140 milliards de dollars en cash. De quoi préparer de opérations nouvelles. Warren Buffet a dit et répété qu’il a confiance dans le génie américain, il a laissé entendre que le modèle économique qui s’imposera après le Covid sera différent de ce qu‘il était avant, mais il n’a pas dit où et dans quel secteur il fallait investir. Or, le secret de Warren Buffett est là dans cette capacité qu’il a toujours eue d’acheter en période de crise des entreprises abîmées mais prometteuses. Des entreprises nouvelles aussi, mais sur des secteurs appelés à croître parce que leur produit ou leur service répondraient aux besoins du plus grand nombre. 

La seule indication que les marchés décodent se situe dans sa proximité de plus en plus fréquente avec Bill Gates. Et quand on sait les moyens que la fondation Bill Gates, dans laquelle Warren Buffett a mis beaucoup d’argent, consacre à la recherche médicale et sanitaire et notamment à la mise au point, d’un côté de vaccins contre les virus (le Covid-19 mais pas seulement) et de l’autre des moyens de prévention ou tout simplement d’hygiène, on peut logiquement penser que la prochaine vague d’investissements massifs touchera au domaine médical et sanitaire.        

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