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Un restaurateur vérifie les QR code et le pass sanitaire de ses clients avant de les installer à une table du restaurant à l'Ile Rousse, en Corse, le 23 juillet 2021.
Un restaurateur vérifie les QR code et le pass sanitaire de ses clients avant de les installer à une table du restaurant à l'Ile Rousse, en Corse, le 23 juillet 2021.
©PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Atlantico Business

Le contrôle des passes sanitaires va coûter moins cher aux entreprises que la nécessaire adaptation aux changements d’habitudes du consommateur

Les professionnels obligés de contrôler les passes sanitaires grognent contre le coût supplémentaire que ça représente, mais doivent surtout investir pour s’adapter aux changements d’habitudes du consommateur.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Depuis lundi, tous les professionnels qui accueillent du public doivent donc contrôler les passes sanitaires, sous peine de contraventions relativement lourdes, amendes financières, fermetures administratives ; sans parler des éventuels risques de poursuites pénales qui pourraient être engagées par des clients si, par malheur, les conditions sanitaires n’étaient pas réunies. Ce contrôle-là prend du temps, il représente un travail supplémentaire, donc il  va forcément coûter de l’argent. En personnel et en matériel. Dans bien des cas, il a fallu acheter du matériel ou le louer :  lecteurs de QR codes ou scanners. Les organisations professionnelles et l’administration n’ont pas encore faitd’estimations précises, mais on sait déjà que les grosses structures ont commencé à investir.

Dans les hôpitaux publics et privés, par exemple, on compte déjà 4800 sites qui ont commencé à s’équiper. Ils vont devoir recruter 10 000 vigiles environ pour effectuer les contrôles à l’entrée et s’équiper de scanner, ce qui représente un premier budget de 60 millions d’euros. D’où un début de débat avec certains syndicats qui regrettent que cet argent ne soit pas investi plutôt dans du matériel pour les soignants, à commencer par des lits supplémentaires.

Les centres commerciaux ont le même problème dès que les surfaces commerciales dépassent 20 000 m2. Ces centres commerciaux doivent contrôler les portes d’accès, ce qui  va représenter 30 000 euros par porte d’accès en personnel et en matériel, principalement des bornes équipées de scanner.

Tous les grands évènements, sportifs, culturels ou artistiques, sont obligatoirement soumis à la même obligation. Les salles de spectacle et de concert, les stades de foot et plus généralement tous les espaces dédiés à l’évènementiel ont dû s’équiper de bornes qui permettent de scanner le billet d’entrée et le QR code sanitaire. Techniquement, ça n’est pas très compliqué mais ça représente un coût supplémentaire, entre 5 et 10 euros par ticket. Qui paie ? Tout dépend de la politique commerciale de l’organisateur et de ses moyens. Soit l’organisateur le prend à sa charge et rogne sa marge, soit il s’arrange en le répercutant sur le prix du billet.

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Un problème identique se pose dans les grandes entreprises où il existe un brassage d’hommes et de femmes très important. Le matin, le midi et le soir. Toutes les entreprises installées à la Défense, par exemple, se sont équipées.

Les petites entreprises, les restaurants, les bistrots, les cinémas ou théâtres, sont plus dans l’embarras que les grandes entreprises. Les patrons n’ont souvent pas les moyens d’embaucher quelqu’un pour faire le contrôle. Alors ils s’organisent avec leurs moyens propres, font appel à des volontaires, seniors à la retraite, ou alors prennent des étudiants. Ils doivent respecter la loi, bien sûr, mais ils doivent aussi respecter leurs clients. Le plus difficile pour eux est souvent de rassurer leur clientèle en leur apportant la preuve qu’eux-mêmes et leurs personnels ont été vaccinés ou sont à l’abri du risque.

Le coût du contrôle va donc s’ajouter à celui des réaménagements d’espace, des masques, des gels, de la distanciation qu’il ne faut pas abandonner. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, conscient que ces difficultés sont imposées par l’administration, a promis de réunir les professionnels pour faire un état des lieux et avoir une idée du coût global à la fin du mois d’aout et ainsi négocier une compensation financière éventuelle.  Le respect de cette obligation sanitaire sera inclus dans le «  quoi qu‘il en coûte ».

Cela dit, le coût de l’effort à faire pour lutter contre la circulation du virus sera toujours inferieur à ce que coûterait un nouveau confinement. Donc mieux vaut la vaccination et en attendant que cette vaccination soit généralisée, mieux vaut les tests et les contrôles qu’un risque de fermeture totale comme en outre-mer aujourd’hui.

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Ce qui est difficile à mesurer, au-delà du coût direct des opérations de contrôle, c’est l’impact du passe sanitaire sur l’activité de certains secteurs très en contact avec le public. La situation du cinéma, par exemple, va devenir un cas d’école. Les cinémas n’ont pas retrouvé leurs spectateurs, la fréquentation est inférieure de 50 % par rapport à ce qu’elle pourrait être.

Alors les professionnels peuvent évidemment se plaindre mais la vraie question que les plus éclairés d’entre eux se posent est de savoir pourquoi les cinémas ont perdu la moitié de leurs clients. Est-ce que c’est à cause des obligations sanitaires imposées et qui créent une barrière évidente, ou alors à cause d’un changement d’habitudes du spectateur qui a été séduit par la diversité, la richesse et la commodité d’accès des plateformes vidéo comme Netflix par exemple ? C’est la vraie question que les industriels du cinéma doivent se poser pour définir une offre attractive et regagner la confiance du public.   

Les restaurants, sont un peu touchés par le même phénomène. Leur activité a été hypothéquée par l’ampleur du télétravail et par le dynamisme du click and collect ou de la livraison à domicile.

Globalement, l’effet de l’obligation du passe sanitaire selon la plupart des économistes sur l’ensemble de l’économie sera limité et temporaire. D’abord parce que l’économie fonctionne à plein régime et on constate que beaucoup d’entreprises se sont adaptées aux difficultés.

D’autre part, il ne faut pas oublier que le passe sanitaire a été appliqué, pour dépister les gens contaminés et surtout pour inciter tout le monde à se faire vacciner. Quand tout le monde aura été vacciné ou immunisé, ce qui est actuellement le seul moyen de retrouver une vie normale, le passe sanitaire ne sera plus obligatoire. Le carnet de vaccination suffira,  comme il en existe un pour la fièvre jaune, la polyo ou la variole, et pour certaines activités ou déplacements seulement.

Actuellement, l’Etat dépense beaucoup d’argent sur ce chantier. Mais on peut prédire sans risque de se tromper qu’en septembre ou octobre, les test PCR ou antigéniques, qui sont obligatoires et qui sont gratuits, deviendront payants. L‘Allemagne vient de prendre la décision. La France le fera.

Pour l’instant, les prévisions d’activités économiques sont plutôt bonnes et le passe sanitaire contribue à soutenir la confiance des acteurs socio-économiques ; mieux vaut un  passe sanitaire avec tous les inconvénients qu’il porte, plutôt qu’un risque de confinement.

La visibilité est assez bonne et la préoccupation majeure des entreprises est de s’adapter à la demande du consommateur qui a profondément changé ses habitudes. Entre la contrainte sanitaire, le changement digital et la perspective écologique, les entreprises savent qu’on s’oriente vers un nouveau paradigme. Ces changements inquiètent mais offrent aussi des opportunités de croissance nouvelle.

Avec deux séries d’incertitudes qu’ils ne maitrisent pas :

La première série est d’ordre sanitaire. On peut tomber sur un variant qui se révèle résistant aux vaccins mais pour l’instant, il n’y en a pas. Le plus gros risque sanitaire serait que la vaccination n’avance pas.

La deuxième série de risques qui nous guette, c’est le risque de pénurie pour des matériaux ou de produits en provenance des pays émergents. Il y a beaucoup d’usines qui ferment en Asie, pour confinement. Donc on manque de ciment, de batteries, d’électrodes. On va sans doute manquer de textile. Et beaucoup d’industrie en Europe qui sont obligées de lever le pied. Il y a un risque d’essoufflement de l’activité en Asie et cet essoufflement peut freiner le moteur de l’Europe, parce que dans beaucoup de secteurs il n’y a pas, pour l’instant, d’alternative à certains composants, ou produits, importés d’Asie.

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