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Laurent Wauquiez, l’homme qui ne savait pas se faire aimer saura-t-il s'inscrire dans les pas de ceux qui ont su retourner l'opinion
©BERTRAND LANGLOIS / AFP

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Laurent Wauquiez, l’homme qui ne savait pas se faire aimer saura-t-il s'inscrire dans les pas de ceux qui ont su retourner l'opinion

Au delà de la ligne politique proposée par Laurent Wauquiez, sa personnalité doit évoluer auprès des Français pour permettre un rassemblement.

Maxime  Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est un haut fonctionnaire français, qui a été conseiller de Nicolas Sarkozy sur les questions relatives à l'immigration, l'intégration des populations d'origine étrangère, ainsi que les sujets relatifs au ministère de l'intérieur.

Il commente l'actualité sur son blog  personnel

 

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A l'occasion d'une rencontre entre Nicolas Sarkozy et les jeunes du parti, l'ancien président a pu déclarer : "​On peut se déchirer parfois en politique comme des chiens, mais on a pour obligation de toujours chasser en meute​"; critiquant ainsi au passage Alain Juppé et Xavier Bertrand, mais pouvant également mettre en doute la capacité de rassemblement de Laurent Wauquiez. Au delà de la ligne politique proposée par Laurent Wauquiez, sa personnalité semble ainsi être également un problème, auprès des Français, pour permettre ce rassemblement. Au regard des précédents, que cela soit Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy lui même, ces problèmes de personnalité ne sont ils pas dépassables ?
Maxime  Tandonnet : L'expérience prouve que les  problèmes de personnalité, ou plutôt d'image, peuvent être surmontés dans certaines hypothèses. Ainsi, François Mitterrand a été profondément détesté, en 1959, à la suite du faux attentat de l'Observatoire, ou encore à la suite de son faux pas de mai 1968, quand il s'est déclaré prêt à remplacer le général de Gaulle. Cela ne l'a pas empêché d'être élu président de la République en 1981 et réélu en 1988... Jacques Chirac a fait l'objet d'un rejet viscéral de l'opinion, en 1979, après "l'appel de Cochin", où il stigmatisait "le parti de l'étranger". Cela ne l'a pas empêché de réussir triomphalement... Nicolas Sarkozy eut aussi sa traversée du désert, après avoir choisi le camp d'Edouard Balladur en 1994. La suite lui a souri... Alain Juppé fut extrêmement impopulaire, après son passage à Matignon en 1995. Or, dans les années 2012-2017, il battait tous les records de popularité. Cependant, les faits montrent que d'autres personnalités, bien plus nombreuses, ne réussissent jamais à gagner les faveurs de  l'opinion malgré leurs efforts et leurs ambitions. Jean-François Copé en est un exemple, mais on pourrait parler aussi d'Arnaud Montebourg, de Nathalie Kosciusko-Morizet, de Benoit Hamon; tous ces espoirs qui se voyaient bien volontiers au plus haut niveau mais n'ont pas réussi à convaincre...

Quelles sont les conditions permettant ce dépassement et ainsi parvenir au rassemblement ? Quels sont les exemples de l'histoire contemporaine permettant d'illustrer un tel dépassement de problème de "personnalité" ? 

L'alchimie qui permet ce dépassement n'est pas simple... Dans le contexte d'une vie politique surmédiatisée, soumise à l'émotion et à la psychologie des foules, l'apparence l'emporte sur le fond. Lors de l'élection présidentielle, l'image de tel ou tel personnage l'emporte de manière écrasante sur le fond des projets. C'est la séduction qui compte. Nous l'avons vu en 2017. Il faut à un moment donné, savoir incarner un personnage, une image qui inspire la confiance, la sympathie, l'impression de la compétence. Or, l'opinion est extrêmement complexe, versatile, et contradictoire. Elle veut de la fermeté en matière d'immigration, mais ne manquera pas de s'émouvoir sur une reconduite à la frontière médiatisée. Elle veut la sécurité, en matière de terrorisme, mais elle est prête à s'enflammer contre des mesures qui lui apparaîtront comme attentatoires aux libertés. Elle est pour la liberté économique, mais réclame l'intervention de l'Etat, moins de fonctionnaires, mais plus de services publics. Elle veut la récompense du travail et du mérite, mais elle a soif d'égalité.  Elle est à la fois pour et contre l'Europe. Nous l'avons vu dans l'affaire de Notre-Dame-des-Landes, elle a horreur des tensions et des crises, attend avant tout, du pouvoir politique, la tranquillité... Pour s'emparer du Graal élyséen, et le conserver, il faut être capable d'incarner ces contradictions. Il faut être un acteur de talent, capable de souplesse et de se dédoubler en permanence. C'est ainsi. François Mitterrand et Jacques Chirac ont excellé à ce jeu.  

Quelles sont les conditions particulières qui pourraient faciliter ou empêcher un tel scénario pour Laurent Wauquiez ? 

L'enjeu décisif pour M. Wauquiez est de bien comprendre la psychologie actuelle des Français, qui diffère de celle des militants Républicains. Aujourd'hui, après la succession de gigantesques scandales politiques, la présidence hollande, le traumatisme lié aux attentats terroristes, la France n'est plus tout à fait la même qu'il y a dix ans. L'image de carriérisme et d'ambition personnelle, leur est devenue insupportable. Le chef des Républicains doit cesser de laisser entendre qu'il ambitionne l'Elysée et montrer au contraire que sa seule ambition est en faveur du bien commun. La relance de la course au saint Graal élyséen entre les leaders Républicains serait suicidaire. M. Wauquiez doit parvenir à prouver qu'il travaille pour la France, et non pour lui-même. Tant qu'il ne réussira pas à se défaire de cette image d'ambitieux, rien ne sera possible pour lui. D'ailleurs, au fil du temps et de l'usure du pouvoir qui ne manquera pas d'affaiblir la présidence Macron, la personnalisation excessive du pouvoir deviendra de plus en plus insupportable aux Français. M. Wauquiez doit donner une autre image de la politique, centrée sur le retour au collectif et au rassemblement au service du collectif.  A cet égard, il est bien évident qu'une réconciliation avec les autres ténors, notamment Mme Pécresse, serait un atout décisif. Par ailleurs, en élisant M. Macron et En Marche, les Français ont plébiscité le rejet du clivage droite/gauche, symbole à leurs yeux de sectarisme et de division. Les dirigeants Républicains doivent en prendre acte et cesser de marteler "la droite" à tout propos. Autant que la notion de gauche", celle de "droite" est devenue insoutenable  pour une immense majorité de Français qui a soif d'unité et ne se retrouve plus dans des notions aussi clivantes. Renoncer à une vision binaire de la politique sur la forme, n'empêche en rien, sur le fond, la fermeté et la détermination. L'opposition républicaine et M. Wauquiez auraient tout avantage à se positionner sur des thèmes susceptibles de rassembler largement les Français: la vérité et l'action authentique, contre la politique spectacle; l'intérêt général, contre la personnalisation narcissique du pouvoir; les convictions et les choix de long terme, contre l'opportunisme et la démagogie électoraliste. 

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